Tidiane Barry, président de la Chambre des mines du Burkina Faso. (DR)

«Les ressources n’ont pas de frontière»: Dixit Tidiane Barry, président de la Chambre des mines

Il se tiendra les 26 et 27 septembre 2017 la rencontre statutaire de la fédération de la Chambre des mines de la CEDEAO à Ouagadougou, au Burkina Faso. A cette rencontre de haut niveau, les pays participants vont aborder les maux qui minent le développement du secteur minier et valider l’adhésion des nouveaux membres. Dans cet entretien, le président de la Chambre des mines du Burkina Faso (CMB), Tidiane Barry, évoque les actions menées à la tête de cette structure faitière du secteur minier qu’il préside depuis le 16 janvier 2017.

L’Economiste du Faso : Quel bilan faites-vous de vos 8 mois passés à la tête de la Chambre des mines du Burkina ?
Tidiane Barry, président de la Chambre des mines du Burkina Faso: Nous avons pris les rênes de la Chambre des mines du Burkina avec pour souci premier de nous inscrire dans la continuité du travail déjà abattu par nos devanciers depuis plusieurs années. C’est ainsi que nous avons pu identifier quelques axes importants qui méritent d’être renforcés. Il s’agit du positionnement institutionnel de la CMB, du renforcement de la communication avec tous nos partenaires, du renforcement des capacités des ressources humaines et de la prospective.
Sur le positionnement institutionnel, plusieurs cadres de discussions ont été mis en place avec certaines administrations, notamment les services des impôts, la douane, le bureau national des études environnementales.
Ce partenariat avait pour but de voir comment ces structures étatiques peuvent accompagner le développement du secteur minier de façon efficace. Tous ces axes prioritaires préalablement définis ont pu être mis en œuvre. Il faut signaler qu’à l’entame de notre mandat, la nouvelle équipe dirigeante de la CMB a eu l’honneur d’avoir été reçue par le président du Faso.
Cette rencontre nous a permis d’élaborer une ligne d’activités en étroite collaboration avec notre premier partenaire qu’est l’Etat burkinabè. La communication est un axe prioritaire de la CMB, c’est ainsi que nous avons pu mettre en branle certaines actions de communication avec les parties prenantes que sont l’Etat, les populations qui entourent les sites miniers, les organisations de la société civile, le tissu économique et industriel, les fournisseurs de biens et services, etc. Toujours sur le volet communication, nous avons pu initier plusieurs rencontres avec les communes qui abritent les sites miniers. Toute chose qui a permis la création d’un cadre formel d’échanges entre les deux parties.
Nous avons aussi pu établir un lien avec les populations riveraines des mines à travers un réseau de populations. Pour nous, ce lien avec les populations est très important, car c’est une partie prenante essentielle avec laquelle il faut qu’il y ait un dialogue pour s’assurer que le secteur minier évolue dans un environnement serein et de paix sociale, afin qu’on puisse maximiser les retombées économiques au profit de notre pays. Autre point important à souligner, c’est la mise en place d’un cadre avec les journalistes du Burkina Faso qui s’intéressent aux questions minières. Ce cadre a pour objectif de voir comment mieux partager l’information minière, comment renforcer les capacités des journalistes sur les questions minières afin que ceux-ci puissent produire des articles de qualité sur le secteur minier. Cela est fondamental pour nous.
Je tiens aussi a mentionné un volet non moins important: celui de la prospective. C’est dans ce sens que nous avons pu convaincre la BCEAO d’acheter directement une partie de l’or produit ici au Burkina Faso auprès des entreprises minières exploitantes. Ce volet est vraiment une grande avancée. Je sais que certaines sociétés sont déjà dans le processus de protocoles avec la Banque centrale. Cela va permettre à la BCEAO de former un fonds des réserves en or au bénéfice des générations futures. C’est une avancée bénéfique à notre espace communautaire.
Nous avons mis un accent particulier sur la formation. C’est ainsi que nous avons pu susciter l’intérêt de certaines sociétés minières à faire certaines activités permettant de renforcer les capacités des ressources humaines. Ce volet inclus le partage de certaines expertises dans le secteur minier avec des étudiants issus de différentes écoles des mines, notamment celle de Fada N’Gourma.
L’employabilité, en lien avec le secteur minier, n’est pas en reste. Nous travaillons aussi à renforcer l’employabilité des jeunes, et plusieurs initiatives sont en cours dans ce sens. Nous avons aussi été à l’initiative de la création des journées portes ouvertes au profit des jeunes de la diaspora pour s’assurer de capter l’ensemble des profils qui peuvent participer au développement du secteur minier de notre pays.

Est-ce que vous pouvez nous parler de la rencontre de la fédération des Chambres des mines de la CEDEAO qui se tient la semaine prochaine ici au Burkina Faso ?
Vous savez, la fédération des Chambres des mines de la CEDEAO a été lancée en novembre 2016 avec pour siège à Accra au Ghana, et le Burkina Faso fait partie des quatre membres fondateurs de ladite structure. Nous allons tenir ici à Ouagadougou des réunions statutaires, un conseil d’administration et une assemblée générale. Nous avons voulu que cette rencontre statutaire puisse se tenir en marge de la 2e édition de la Semaine des activités minières d’Afrique de l’Ouest (SAMAO) qui aura lieu du 28 au 30 septembre 2017, car c’est un cadre propice à cette rencontre sous-régionale du secteur minier.
Les différents responsables des Chambres des mines seront présents, et ça sera une opportunité pour discuter des maux qui minent l’épanouissement de notre secteur d’activités, de proposer les solutions et d’envisager des perspectives. Nous allons aussi parler des opportunités communes, car vous savez que les ressources naturelles n’ont pas de frontière. Nous avons pour objectif de faire en sorte que l’exploitation minière dans l’espace CEDEAO puisse se faire dans les meilleures conditions de gouvernance et que ces ressources puissent servir au développement économique et social de notre espace tout entier. Nous avons des visions communes à mettre en œuvre pour faciliter la mise en œuvre de meilleures pratiques dans le secteur minier, pour permettre à ce secteur d’être toujours attractif auprès des potentiels investisseurs.
Vous n’ignorez pas que ces investisseurs regardent toujours l’espace économique beaucoup plus que les Etats. Pour cela, il est important que nous ayons des économies compétitives pour assurer la pérennité des ressources minières. Les 26 et 27 septembre 2017, vont se tenir la 2e rencontre du conseil exécutif et la 2e assemblée générale de la fédération des Chambres des mines de la CEDEAO.
A cette rencontre de haut niveau, nous attendons les délégations du Mali, du Bénin, du Niger, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Ghana. Ces rencontres sont importantes dans la mesure où elles concernent l’avenir de la fédération. Cette rencontre va permettre de finaliser les réflexions sur les activités à venir et à coopter de nouveaux pays membres.

Quel est votre regard sur le secteur minier burkinabè actuellement ?
Nous avons toujours pensé que le développement du secteur minier au Burkina représentait une grande opportunité pour permettre à notre pays d’avancer sur le chemin du développement économique et social. Effectivement, le boom minier a permis au secteur minier de se positionner comme un moteur de l’économie nationale. Pour confirmer cela, il n’y a qu’à regarder les chiffres. Comme retombées directes pour l’Etat burkinabè, c’est environ 200 milliards de FCFA qui sont perçus annuellement. En termes de retombées indirectes, c’est plus de 7.000 emplois directs et beaucoup plus d’emplois indirects. Sans oublier tout le tissu économique qui s’est construit autour de ces mines avec la fourniture des biens et services (c’est plus de 400 à 500 milliards de FCFA d’achats faits par les sociétés minières auprès d’entreprises de droit burkinabè).
Ce sont autant de richesses qui sont reparties dans l’économie nationale. Nous souhaitons que tout cela se poursuive, dans la mesure où le Burkina Faso est un pays qui a maintenu une certaine stabilité institutionnelle et qui dispose de beaucoup d’atouts pour continuer à attirer l’investissement minier. Nous sommes assez confiants en l’avenir du secteur, d’autant plus que le dialogue a toujours été privilégié entre les sociétés minières et l’Etat burkinabè pour continuer à renforcer la compétitivité minière.

Quelles sont vos attentes par rapport à la 2e édition de la SAMAO qui se tient du 28 au 30 septembre 2017, ici-même à Ouagadougou ?
Nous attendons que les échanges qui seront issus du thème «quelles stratégies pour une meilleure intégration du secteur minier aux économies des pays africains», à cette 2e édition, puissent de façon qualitative apporter une contribution quant à l’impact du développement minier sur les économies locales. Aussi, souhaitons- nous que ces échanges puissent montrer comment on peut optimiser les retombées de l’industrie minière dans nos économies. La CMB s’attend à ce que le Burkina Faso, une fois de plus, puisse démontrer aux partenaires et investisseurs sa capacité à capter les investissements qui viendraient à se faire à partir des opportunités d’affaires, des partenariats entre pays ou des partenariats entre le privé et l’Etat. Il s’agira de voir comment le secteur minier peut servir à développer d’autres types d’investissements dans l’énergie. Autant de préoccupations qui méritent une attention particulière afin de maximiser les investissements miniers qui sont faits dans notre pays.

Interview réalisée par Rachel DABIRE


 

La situation sécuritaire mérite une attention particulière

«Je voudrais en ce moment particulier avoir une pensée par rapport à la situation actuelle au niveau de la Société des mines de Bélahourou (SMB). Laquelle société présente beaucoup de difficultés financières ayant occasionné un arrêt de production et des travailleurs actuellement dans une situation très délicate. Cette situation nous interpelle beaucoup sur la fragilité de nos modèles économiques et la nécessaire attention qu’il faut y porter, la nécessaire flexibilité qu’il faut avoir dans l’accompagnement du développement des sociétés minières dans notre pays. Cela est très important, car nous sommes un pays où beaucoup de défis sont à relever au niveau des opérations minières.
La caractéristique des gisements au Burkina Faso est leur faible teneur, et nous avons beaucoup de défis sur les minerais réfractaires et autres qui empêchent une bonne récupération. Ce sont autant de problèmes structurels dont il faut toujours en tenir compte. Le cours de l’or est volatile, donc les modèles d’affaires doivent être basés sur une bonne gestion des coûts et une stabilité des conditions économique et fiscales. Notre souhait est que les activités puissent reprendre le plus tôt que possible au niveau de la mine de Bélahourou.
Je voudrais aussi attirer l’attention des uns et des autres sur la situation sécuritaire qui reste une préoccupation. Nous voudrions féliciter l’Etat burkinabè qui fait beaucoup d’efforts pour apporter la sécurité à la population, et singulièrement à l’industrie minière.
Il faut savoir que le secteur minier a besoin d’évoluer dans un environnement serein, et nous devons continuer à porter une grande attention à ce contexte sécuritaire difficile».

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Numéro d'édition: 221

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