Grâce à la stratégie nationale de warrantage, la pratique consistant à garantir un stock de produits agricoles afin de bénéficier d’un financement devrait être plus connue et mieux encadrée. (DR)

Economie agricole : Le warrantage vient prêter main forte

• Une stratégie nationale dans les tuyaux

• Tirer avantages de ce nouvel outil de financement

• Promouvoir et encadrer une pratique encore balbutiante

 

Jusque-là, la pratique du warrantage ne se résume qu’aux actions de quelques organisations paysannes, en collaboration avec de rares institutions de microfinance ou des banques. Par ailleurs, elle reste circonscrite à quelques régions du Burkina. Désormais, le gouvernement, à travers le ministère à charge de l’Agriculture, appuyé par des partenaires, veut vulgariser cet outil de financement de la production rurale. Pour ce faire, il tient à tracer les canaux réglementaires pour une pratique saine.
C’est ainsi qu’il a été organisé à Ouagadougou, le 15 septembre dernier, un atelier de validation de la stratégie nationale de développement du warrantage au Burkina Faso.
Cette stratégie vise à permettre à l’activité du warrantage d’avoir un cadre réglementaire officiel qui oriente les interventions dans ce domaine, à l’échelle nationale. Le warrantage se définit comme «une technique de garantie de crédits à court terme, de quelques mois, développée au profit des producteurs agricoles, et dont la garantie est un stock de produits agricoles liquidable par la banque ou l’institution de microfinance, en cas de défaillance».
Tel qu’il est pratiqué au Burkina, le warrantage permet au producteur qui dépose son stock de produits agricoles auprès d’un système spécialisé dans le domaine (organisation paysanne, institution de financement…) de recevoir un financement équivalent à 70 ou 80% de la valeur du marché de son stock. Avec ce financement, il pourra entreprendre des activités génératrices de revenus et assumer certaines charges sociales. Des charges, notamment, au niveau de l’éducation de ses enfants.
Au bout du délai imparti pour la garde du stockage, ou même avant, il pourra rembourser son prêt et retirer son produit pour le vendre ou pour le consommer. Dans le cas contraire, la structure de warrantage pourra liquider le stock pour couvrir la créance de l’institution de financement. Généralement, les paysans stockent une partie de leurs récoltes en guise de garantie pour accéder aux crédits octroyés par les institutions de microfinance.
Suivant cette procédure, certains spécialistes estiment que le warrantage constitue pour le producteur «un système fiable lui permettant d’améliorer ses revenus en tirant profit de l’augmentation des prix des produits agricoles au cours des mois suivant la récolte et de répondre à ses besoins de liquidité au moment de la récolte et pendant la saison sèche».
Les produits agricoles utilisés dans cette pratique sont ceux qui sont non périssables et susceptibles de voir leurs prix augmenter au cours de l’année agricole. Il s’agit notamment du mil, du sorgho, du maïs, du riz, du haricot, du sésame, des arachides, du gombo, etc.
Au niveau du ministère en charge de l’Agriculture, on est convaincu que la stratégie nationale, en validation, va surtout permettre de sécuriser le warrantage et d’accroître le potentiel de financement au profit des paysans intéressés.
Un rapport de recherche de l’ONG Oxfam, datant d’octobre 2015, sur les réalités de la pratique du warrantage au Burkina, indique que l’activité a une plus grande trajectoire dans les zones du Sud et Sud-Ouest du pays, excédentaires en matière de production céréalière, alors que dans les zones situées plus au Nord, qui ont des récoltes plus faibles, les expériences n’en sont encore qu’à leur début.
Pour sa part, la Direction générale de la promotion de l’économie rurale (DGPER), au sein du ministère en charge de l’Agriculture, révèle qu’en 2016, le warrantage a permis à un total de 1.340 producteurs, souscripteurs à la pratique, de mobiliser plus de 330 millions de F CFA de financement, avec une quantité de 3.384,5 tonnes de céréales.
Le warrantage se présente à la fois comme un moyen pour dynamiser la production agricole, mais aussi pour permettre une diversification des activités des paysans dans les zones rurales. En effet, au-delà de la récolte annuelle qui représente pour certaines zones rurales la principale activité économique sur une courte période de l’année, le warrantage peut permettre de financer d’autres activités génératrices de revenus. Toute chose qui peut réduire l’émigration temporelle dont le but consiste à retrouver une activité rémunérée. A propos des avantages réels du warrantage sur le plan social et économique, Clara Delavallade, une spécialiste, qui a participé à une étude sur la pratique au Burkina, révèle que «les producteurs bénéficiant du warrantage ont plus que doublé les montants dépensés dans l’éducation de leurs enfants». «Un autre résultat notable est que le système de warrantage a également doublé le niveau des dépenses dans tous les intrants agricoles, semences, engrais, main-d’œuvre, équipements», ajoute-t-elle.
Sur la base de ces conclusions très édifiantes, cette spécialiste encourageait, déjà en décembre 2016, à travers une tribune publiée dans L’Economiste du Faso, l’élaboration de la stratégie nationale du warrantage pour le bien des paysans.

Karim GADIAGA


Quelques institutions de financement déjà favorables

Malgré l’absence de textes réglementaires au niveau national, certaines institutions de financement acceptent déjà de faire confiance au système du warrantage et de le créditer. La Fédération de caisses populaires du Burkina (FCPB) fait figure de principal partenaire financier du warrantage, grâce surtout à sa présence décentralisée dans toutes les régions. Parmi les autres entités travaillant avec le warrantage, il y a l’Union des mutuelles d’épargne et de crédit des artisans et des producteurs du Burkina (UMECAP) et la Mutualité femmes et développement du Burkina (MUFEDE), toutes deux dans la région du Centre-Nord. Coris Bank International a également commencé à faire du warrantage par le biais de la Coopérative de prestations de services agricoles (COOPSA-C).

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Numéro d'édition: 221

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