Le FMI aide les autorités à atteindre leurs objectifs de stabilité et la viabilité macroéconomiques en leur fournissant des conseils, de l’assistance technique et des financements. (Ph: FMI)

Visite du DGA du FMI à Ouaga : Renforcement de la coopération entre l’institution de Bretton Woods et le Faso

Le directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), M. Mitsuhiro Furusawa, effectue depuis ce lundi 11 septembre 2017 une visite officielle au Burkina Faso. c’est une première pour lui, en qualité de Directeur général adjoint du FMI.
En marge de ce déplacement qui intervient après la conclusion du programme économique 2013-2017 au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), il a accordé une interview exclusive à L’Economiste du Faso.
Dans cet entretien, M. Furusawa revient sur la croissance économique du pays, basée notamment sur le Plan national de développement économique et social qui privilégie les PPP.

L’Economiste du Faso: Monsieur le directeur général adjoint, c’est votre première visite au Burkina Faso, en tant que DGA du FMI. Quel est l’objet de cette visite et quel message apportez-vous au peuple burkinabè?
M. Mitsuhiro Furusawa, DGA du FMI: Le FMI et le Burkina Faso ont bâti une étroite et longue relation de partenariat. Comme vous le savez sans doute, le Burkina Faso vient d’achever son programme économique 2013-2017 mis en œuvre avec l’appui du FMI dans le cadre de la facilité élargie de crédit. C’est donc en ami que j’ai le plaisir de visiter votre beau pays. Bien évidemment, le FMI se tient prêt à continuer à accompagner le Burkina Faso dans ses efforts visant à asseoir une croissance plus forte et durable, et à combattre la pauvreté.

Quel est votre regard sur l’économie burkinabè, et pensez-vous que les tendances actuelles puissent infléchir durablement la courbe de la pauvreté ?
Les résultats économiques du Burkina Faso sont encourageants. Après avoir enregistré une moyenne de 4 % en 2014-2015, la croissance du PIB réel s’est hissée à 5,9 % en 2016. Cette solide performance économique a aidé le Burkina Faso à combler l’écart de croissance avec la région UEMOA.
Les perspectives du pays sont globalement positives, grâce notamment à une augmentation sensible des investissements publics et à la dynamique que devraient connaître les secteurs minier et agricole. Nos estimations tablent sur une croissance du PIB réel d’environ 6,5 %, à moyen terme. Cependant, des risques existent. Ils sont liés aux menaces sécuritaires, à la volatilité des prix internationaux des produits de base (or, coton, pétrole) et aux chocs environnementaux pouvant nuire à l’agriculture.

La faiblesse de l’investissement public et le déficit d’infrastructures sont considérés comme des obstacles à la croissance économique. Dans ce cas, quelles sont les réformes structurelles à mener pour dépasser ces obstacles et impulser une croissance plus élevée et mieux partagée par un plus grand nombre de Burkinabè?
Le développement soutenu des infrastructures est essentiel pour relever le potentiel de croissance du Burkina Faso. A titre d’illustration, il a été noté que l’écart entre la demande et l’offre d’électricité nuit aux conditions de vie des ménages et à la productivité des entreprises, et exerce un effet dissuasif sur l’investissement.
Pour combler le déficit d’infrastructures, les autorités doivent réussir à renforcer l’investissement public tout en évitant toute accumulation insoutenable de la dette publique. Dans cette optique, certaines options de financement des infrastructures peuvent être privilégiées.
Ainsi, une augmentation des recettes intérieures devrait offrir le moyen le plus durable et le plus sûr de financer l’investissement dans les infrastructures. Les autorités burkinabè doivent également s’efforcer d’améliorer la qualité de la dépense.
Elles doivent notamment veiller à maîtriser les dépenses courantes, y compris en limitant la croissance de la masse salariale et en réduisant les transferts inefficients. Les ressources ainsi dégagées pourraient être redéployées vers des dépenses d’infrastructures. L’investissement privé, y compris par le biais des partenariats public-privé, offre par ailleurs la possibilité de réduire le déficit infrastructurel du pays.

Pensez-vous que la solution des PPP soit la panacée ?
Les Partenariats public-privé (PPP) peuvent accélérer la croissance en offrant des financements pour les infrastructures qui, autrement, ne seraient pas à la disposition de l’État. En fait, une grande partie des projets du Plan national de développement économique et social (PNDES) pourrait être financée sous forme PPP.
Mais, les PPP peuvent exposer les finances publiques à des risques budgétaires, et exigent donc un solide dispositif institutionnel conjugué à une bonne gouvernance et à de bonnes capacités réglementaires.
En particulier, il est important de disposer d’un solide dispositif global de planification de l’investissement public et d’un dispositif juridique détaillé en matière de PPP, d’accorder un rôle important au ministère des Finances, en ce qui concerne la gestion des PPP et leur compatibilité avec le cadre macroéconomique global, et d’assurer la transparence de la comptabilité et de l’information.

Le Burkina Faso démarrera un nouveau programme triennal avec le FMI en 2018. Est-ce donc une bonne chose pour le pays que d’entrer dans un nouveau programme? Si oui, pourquoi ?
Un nouveau programme appuyé par le FMI peut avoir des avantages importants pour le Burkina Faso. Il apporterait un certain financement, mais il permettrait aussi et surtout de catalyser le soutien d’autres partenaires techniques et financiers et de mobiliser des investissements extérieurs dans les infrastructures ; le FMI assurant une évaluation positive de la crédibilité des politiques macroéconomiques nationales.

Depuis plus d’une décennie, notre pays a souvent été désigné dans les instances internationales comme un «bon élève du FMI». Paradoxalement, la majorité des Burkinabè reste pauvre. Les programmes du FMI produisent-ils vraiment les effets souhaités? 
Grace à ses propres efforts, le Burkina Faso a enregistré un taux élevé de croissance de l’ordre de 6% en moyenne annuelle au cours des 20 dernières années. Du fait de cette croissance, la pauvreté a reculé et les conditions de vie des populations se sont améliorées. Le nombre de personnes vivant avec moins de 1,90 Dollar par jour a considérablement baissé, passant de 83 % en 1994 à 44 % en 2014.
Le nombre de personnes ayant accès à l’enseignement de base, aux soins de santé et à l’eau potable a également grandement augmenté. Il reste bien sûr beaucoup à faire pour réduire la pauvreté et pour rendre la croissance plus inclusive.
Dans ce cadre, je crois raisonnable de dire que les programmes appuyés par le FMI ont aidé les autorités à définir des politiques économiques appropriées pour établir cette croissance durable et inclusive. De fait, durant ces deux dernières décennies, le FMI a accordé une importance grandissante à la protection des couches de populations les plus vulnérables dans les programmes mis en œuvre par les pays à faibles revenus, y compris en Afrique subsaharienne.

Le Burkina Faso a-t-il la capacité d’absorber les fonds mis à sa disposition?
La capacité d’absorption est une question que nous rencontrons dans beaucoup de pays en développement. Dans le cas du Burkina Faso, les autorités burkinabè peuvent prendre un certain nombre de mesures pour corriger les contraintes de capacité d’absorption. Les réformes visant à s’attaquer aux derniers goulots d’étranglement dont souffrent les capacités de conception, de budgétisation et d’exécution des projets d’investissement sont essentielles pour que des volumes élevés d’investissements puissent être exécutés sans compromettre la qualité et le rapport coût/efficacité.
La combinaison de ces réformes et les efforts visant à mobiliser des financements supplémentaires pourraient permettre des volumes plus élevés d’exécution des investissements publics.
A titre d’exemple; je note que dans le secteur énergétique, le Burkina Faso a entrepris d’élaborer avec la Banque mondiale une stratégie visant à encourager la participation du secteur privé pour basculer vers des importations moins coûteuses et vers des sources renouvelables, afin d’améliorer la disponibilité énergétique.

Pourtant nos autorités imputent ce faible taux d’absorption aux règles de gestion que vous imposez à vos partenaires…
Le FMI aide les autorités à atteindre leurs objectifs de stabilité et la viabilité macroéconomiques en leur fournissant des conseils, de l’assistance technique et des financements.
C’est ainsi que nous formulons des recommandations aux autorités du Burkina Faso dans les domaines la stabilité macroéconomique, notamment en ce qui concerne la mobilisation des ressources budgétaires intérieures supplémentaires et la gestion efficiente des dépenses dans les infrastructures et les services sociaux essentiels.

Le FMI aide également le Burkina Faso à travers un vaste programme d’assistance technique et de nombreuses formations qui lui permettent de renforcer les capacités de conception et d’exécution de ses experts.
Dans ce cadre, le Burkina Faso a bénéficié récemment d’une évaluation de la gestion de l’investissement public (PIMA); avec pour objectif le renforcement de la sélection et la hiérarchisation des investissements dans les infrastructures.
Enfin, lorsqu’un pays applique un programme appuyé par le FMI, cela lui ouvre voie à l’appui d’autres partenaires au développement, ainsi qu’à d’autres investissements étrangers.

Selon le FMI, quel est la place et le rôle du secteur privé dans le développement économique d’un pays comme le Burkina Faso?
Pour que le Burkina Faso atteigne les objectifs sociaux, économiques et de développement qui sont énoncés dans le PNDES, l’action des pouvoirs publics doit favoriser le développement d’un secteur privé solide qui puisse créer les emplois nécessaires à une population nationale en croissance rapide.
Je tiens à souligner ici que la stabilité macroéconomique est un facteur crucial pour la prospérité du secteur privé. Le développement de ce dernier exige aussi d’améliorer le climat des affaires, de renforcer les institutions et la gouvernance, ainsi que de surveiller et de réglementer de manière adéquate le secteur financier afin qu’il puisse constituer une source fiable de financement pour l’activité du secteur privé. Les indicateurs de compétitivité structurelle soulignent par exemple qu’il convient d’accorder une priorité aux réformes de la justice qui permettent de faire exécuter les contrats de manière plus fiable, et aux mesures qui facilitent les échanges commerciaux. À son tour, le secteur privé peut contribuer au développement des infrastructures sous la forme de partenariats public-privé.
Les risques budgétaires liés à ces partenariats public-privé peuvent être considérables ; si bien qu’un dispositif juridique clair, un dispositif institutionnel approprié et un suivi transparent sont essentiels.

Parmi les risques de dégradation de l’économie burkinabè, figurent notamment les problèmes de sécurité, de volatilité des cours internationaux des produits importants pour le Burkina comme l’or, le coton et le pétrole ; sans oublier les chocs environnementaux impactant le secteur agricole. Pour limiter ces risques, que recommande le FMI à notre pays ?
Les risques actuels constituent un rappel important de la nécessité de faire avancer le programme de diversification de l’économie et de rendre la croissance plus inclusive. Cela renforcera la résilience de l’économie face aux fluctuations des prix des produits de base, et permettra à une plus grande partie de la population de bénéficier du développement économique. Il y a en particulier trois domaines où il faut continuer d’avancer pour atténuer les risques. Premièrement, il est crucial de mettre en place des infrastructures énergiétiques, routières et des réseaux technologiques, pour accélérer la diversification de l’économie et en favoriser la transformation structurelle.
En plus, il faut renforcer le dispositif institutionnel et de gouvernance, pour permettre de mieux gérer les ressources du pays, de faciliter la croissance du secteur privé et de rendre le pays plus attractif pour les investisseurs étrangers. Il sera aussi important de bien surveiller et réglementer le secteur financier afin de promouvoir l’inclusion financière ; ce qui, à son tour, stimulera l’activité du secteur privé. Enfin, il convient aussi de mettre l’accent sur le renforcement des capacités de la ressource la plus importante du pays, à savoir sa population, à l’aide de programmes qui améliorent la santé et l’éducation pour tous.

E.S.S


Notice biographique

M. Mitsuhiro Furusawa a pris ses fonctions de directeur général adjoint du Fonds monétaire international le 2 mars 2015. M. Furusawa a rejoint le FMI après une carrière prestigieuse au sein du gouvernement japonais, durant laquelle il a notamment occupé plusieurs postes de haut rang au ministère des Finances. Immédiatement avant d’entrer au FMI, il était conseiller spécial du Premier ministre Shinzo Abe et Conseiller spécial du ministre des Finances. Auparavant, M. Furusawa avait occupé divers postes ministériels: Vice-ministre des finances pour les affaires internationales (2013–14), directeur général du bureau financier (2012–13) et directeur général adjoint principal au bureau international (2009–10).
M. Furusawa a aussi représenté le gouvernement japonais à l’étranger à plusieurs reprises, aux fonctions d’administrateur du FMI (2010–12), de ministre Financier à l’Ambassade du Japon aux États-Unis (2007–09) et de conseiller financier à l’Ambassade du Japon en France (1997–99).
Titulaire d’une licence en droit de l’université de Tokyo obtenue en 1979, M. Furusawa est également diplômé de l’École nationale d’administration (ENA) de Paris (1983).

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Numéro d'édition: 219

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