Les policiers contestataires exigent l’application du slogan cher aux insurgés: «Plus rien sera comme avant». (DR)

Services payés à la police nationale : Bruits de caserne pour un partage équitable

• Des banquiers inquiets

• 5.000 FCFA par jour

• Pour des contrats transparents

 

C’est un dialogue de sourds qui a cours actuellement entre les policiers et la hiérarchie policière. La raison : la répartition inéquitable des « services payés ». A propos des services payés : « Ce sont les policiers que l’on envoie dans les banques, dans les assurances, dans les hôtels, dans les sociétés minières, qui font la garde et assurent la sécurité. Régulièrement, soit par trimestre ou par mois, ces institutions payent par rapport au service rendu», selon le ministre en charge de la sécurité, Simon Compaoré.
D’après les policiers, les sociétés privées où ils assurent la sécurité font bénéficier aux caisses de la police nationale d’énormes rentrées d’argent. Mais de ce «trésor» acquis au risque de leur vie, ils disent n’en percevoir qu’une infinie partie, voire des «miettes», et que pendant ce temps la hiérarchie se «sucre» sur leur dos en prenant la grosse part du gâteau. Selon un agent qui a requis l’anonymat, ils sont rémunérés à 5.000 FCFA par jour pour lesdits services payés au lieu de 10.000 FCFA, selon ses sources.
Leur calvaire ne s’arrête pas là. «Il y a des missions d’escorte sur plus de 800 km qu’on effectue pour un site minier, et ce n’est que 2.500 FCFA qu’on donne à chaque élément», a confié un officier qui a requis l’anonymat. Pour lui, «c’est un problème de caserne et ça reste à la caserne». «On n’a pas de problème avec le gouvernement, on réclame ce qu’on nous doit», a-t-il indiqué.
Face à cette injustice que la hiérarchie tente de leur imposer, les agents, notamment ceux du Groupement de la compagnie républicaine de sécurité (GCRS), ont observé les 18 et 19 avril au sein de leur camp à Ouagadougou un sit-in. Conséquence de ce mouvement de colère, les différents établissements privés qui ont signé des contrats avec la police nationale ont été privés de policiers.
Les frondeurs exigent la présentation des contrats «authentiques» signés avec les services privés. Ils demandent également le départ du Directeur général de la police nationale, Lazare Tarpaga. Du reste, ces points «non négociables» ont été exposés au premier flic, Simon Compaoré, chez lui à domicile, par 8 éléments de la CRS, le 16 avril dernier, jour de la pâques. Mais de l’avis du ministre, tous ces problèmes, dont il dit être au courant, trouveront dans les prochains jours des solutions. C’est justement pour remédier à cette situation que plusieurs rencontres ont été initiées avec les différentes parties et dont la dernière a eu lieu dans la soirée du mardi 18 avril 2017. A cette rencontre de vérité, le ministre d’Etat n’a pas fait dans la langue de bois. D’entrée, il a fait savoir aux contestataires son mécontentement. «Je suis très très déçu», a-t-il dit aux policiers frondeurs. A ceux-ci, il dit avoir pris des décisions fortes pour résoudre définitivement cette crise.
La première porte sur l’arrêt définitif de soustractions de montants de ces services payés soi-disant pour le fonctionnement du service général. Et ce, «pas avant que nous ayons fait la lumière sur ces services payés dans les 13 régions du Burkina Faso. J’ai dit également qu’il n’y aura plus de ponction de 10% pour constituer la caisse de solidarité. Si les gens n’en veulent pas, laissez tomber». Il faut souligner que ces mesures ont été actées via une circulaire qui a fait le tour des 13 régions du pays. De plus, le ministre a ordonné à son inspecteur des services, Saïdou Zetiyenga, qui dirige quatre autres inspecteurs, de procéder à un travail de vérification dans toutes les régions par rapport à cette affaire. Ce rapport est très attendu, car il consistera pour les inspecteurs à dire «ce qui a été reçu comme rémunération de services payés auprès des banques, des assurances, des escortes; par qui ces recettes sont parvenues; comment elles ont été dépensées et qui en a été bénéficiaire». Selon l’inspecteur des services, Saïdou Zetiyenga, 7 équipes sont à cet effet sur le terrain. «Nous avons couvert 10 régions, dit-il. Il reste 3 régions: le centre-sud, le Sud-ouest et le centre ». D’autres instructions auraient été  données par rapport au compte 49, sans en dire plus sur ce dernier point (le compte 49 serait un compte de la police où l’argent des contraventions est reversé, NDLR). «A la fin de la tournée, le bilan sera fait devant tout le monde, y compris la presse », a déclaré Simon Compaoré. Le ministre d’Etat a révélé que la question des services payés ne concerne pas seulement la police, mais aussi la gendarmerie.
Avant de les quitter, Simon Compaoré les a invités à reprendre le service car, pour lui, il s’agit d’une faute grave pour un policier que d’abandonner son poste pour une revendication. Pas d’armes pour les sorties de terrain et pas de dotation suffisante en uniformes, ce sont les autres problèmes pointés du doigt par les policiers.
En cas de sanction contre un de leurs suite à leur manifestation, ils activeraient alors ce qu’ils appellent eux-mêmes la phase B, sans pour autant nous en donner le contenu. Au moment où nous bouclions cet article, les concertations se poursuivaient entre les policiers et le ministre de la Sécurité, après une sortie médiatique du syndicat de la police pour «dénoncer des manœuvres dilatoires» du ministre.

Rachel DABIRE


Les banquiers chez Simon Compaoré

Selon le porte-parole des contestataires qui a requis l’anonymat : «Les policiers ont assuré le service dans tous les services publics et les ambassades », contrairement à ce qu’affirme le ministre de la Sécurité. Quant à l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF-B), elle se dit préoccupée par le mouvement d’humeur des policiers. Pour s’enquérir de la situation, le président de l’association, Cheick Travaly, s’est rendu le 19 avril 2017 chez le ministre de la Sécurité, Simon Compaoré. «Ce mouvement a abouti à la cessation des services de sécurité au niveau des agences de banques de Ouagadougou. Nous avons pu exposer nos préoccupations et le ministre a apporté des réponses satisfaisantes », a affirmé Cheick Travaly qui espère «qu’une solution va être trouvée assez rapidement pour régler le problème». Cheick Travaly, a aussi révélé que la délégation qui a été à la rencontre a «aussi proposé un certain nombre de solutions qui répondent aux préoccupations du ministre, allant dans le sens d’une plus grande transparence dans la manière dont les contrats sont signés avec les privés en général et les établissements financiers en particulier ».

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Numéro d'édition: 203

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