Selon le docteur Labodi Lompo, la prise en charge des Avc est très chère. (Ph.: Y.S)

Dr Labodi Lompo: «Toutes les 6 secondes, quelqu’un meurt d’un AVC»

• 75% des hospitalisations

• 6 millions de décès par an

• Des conséquences économiques importantes

 

Ces dernières années, de plus en plus de personnes sont atteintes d’Accident vasculaire cérébral (AVC). Longtemps considéré à tort ou à raison comme la maladie des vieux et des obèses, le constat est tout autre de nos jours, car de plus en plus de jeunes meurent d’Avc. Pour mieux comprendre la maladie et sa prise en charge, nous avons rencontré Docteur Labodi Lompo, médecin neurologue, spécialiste des AVC de l’Hôpital Blaise Compaoré de Ouagadougou.

– L’Economiste du Faso: Qu’est-ce qu’un Accident vasculaire cérébral ?
Dr Lompo : Un Accident vasculaire cérébral (AVC) ou Attaque cérébrale n’est pas à proprement parlé un «accident», mais une complication brutale de maladies, le plus souvent chroniques, des vaisseaux sanguins, du cœur ou du sang, qui évoluaient à bas bruit depuis des années. Schématiquement, il existe 2 grandes variétés d’AVC que sont : l’AVC ischémique ou infarctus cérébral qui est le plus fréquent, soit environ 80% des Avc; il survient quand un caillot de sang bouche une artère ou beaucoup rarement une veine, empêchant brutalement le flux sanguin d’irriguer une partie du cerveau; et l’AVC hémorragique ou hémorragie cérébrale qui représente 20% des cas d’AVC. Il fait suite à la rupture d’une artère cérébrale ; ils comprennent l’hémorragie cérébrale (15%). Une artère intracérébrale se rompt, entrainant la diffusion du sang dans le tissu cérébral avoisinant et la formation d’une poche sanguine hématome dans le cerveau. L’hémorragie méningée ou sous arachnoïdienne (5%) qui survient lorsqu’une artère située dans les enveloppes du cerveau (méninges) se rompt. Elle se traduit par un saignement dans les espaces méningés, situés entre le cerveau et le crâne. Les conséquences sont dramatiques. Les cellules du cerveau ou neurones ne reçoivent plus l’oxygène et les nutriments dont elles ont besoin pour fonctionner normalement. Certaines sont endommagées, d’autres meurent.

– Quel est l’importance de la gravité des AVC?
L’AVC est un problème majeur de santé publique. Elle est la 3e cause de mortalité dans le monde, la 2e cause de détérioration des capacités intellectuelles des adultes (démence) et la 1re cause d’handicap acquis de l’adulte. L’OMS parle de pandémie et projette une augmentation de l’incidence des AVC passant de 16 millions en 2005 à 23 millions en 2030. A travers le monde, les AVC touchent 1 personne toutes les 5 secondes et toutes les 6 secondes quelqu’un en meurt. Une personne sur 6 sera touchée par un AVC au cours de sa vie. Cette maladie est la 1re cause d’hospitalisation dans les services de neurologie africains (Burkina Faso, Sénégal, Nigeria). Après un AVC, une personne sur 5 décède dans le mois qui suit, les 3/4 des survivants en gardent des séquelles définitives, 1/4 de ces survivants ne reprendra jamais d’activité professionnelle. Les AVC sont responsables de plus de décès chaque année que ceux attribués au SIDA, à la tuberculose et au paludisme réunis.
Chaque année, dans le monde, près de 6 millions de personnes meurent d’AVC, dont 87% dans les pays en voie de développement. Au Burkina Faso, environ 10 personnes seraient hospitalisées pour AVC quotidiennement dans la ville de Ouagadougou. Les AVC occupent plus de 75% des lits d’hospitalisation dans le service de neurologie du CHU de Tingandogo. La moyenne d’âge de survenue de la maladie est d’environ 60 ans, avec des extrêmes allant de 28 à 92 ans. 50% des patients avaient un âge inférieur à 65 ans. Le taux mortalité à 1 mois variait de 25 à 28%. Parmi les survivants, 35% étaient autonomes alors que 65% gardaient à la sortie un handicap plus ou moins lourd. Globalement, les mêmes résultats sont observés dans les autres pays d’Afrique subsaharienne.

– Quels sont les principaux facteurs de risque de la maladie ?
Les personnes à risque d’AVC sont les personnes qui présentent un ou plusieurs facteurs de risque de la maladie. Les facteurs de risque d’AVC, par ordre de fréquence décroissante, sont l’hypertension artérielle qui est le principal facteur de risque. On a ensuite le tabagisme qu’il soit actif ou passif, l’obésité, le mauvais régime alimentaire, la sédentarité, la dyslipidémie ou l’excès du mauvais cholestérol dans le sang, le diabète sucré, l’abus d’alcool, les facteurs psycho-sociaux tels que le stress et la dépression, les maladies cardiaques tels que l’arythmie cardiaque par fibrillation atriale. Il excite aussi d’autres facteurs de risque que sont l’âge, l’hérédité familiale, la drépanocytose, la migraine, la contraception hormonale, l’apnée du sommeil, le traitement hormonal substitutif de la ménopause.

– Quelle est la conduite à tenir face à un cas de suspicion d’AVC ?
Il faut se rendre aux urgences le plus rapidement possible, sans aucune perte de temps inutile, même si les symptômes régressent après quelques minutes. Plus les soins sont obtenus rapidement, plus le risque de décès ou de garder des séquelles diminue. Aux urgences, les médecins prescrivent plusieurs examens, dont le scanner cérébral (radiographie du cerveau). Une période de réadaptation, à domicile ou dans un centre spécialisé (Centre de rééducation fonctionnelle), est parfois nécessaire. La réadaptation vise, notamment, à entraîner les cellules nerveuses d’une partie non atteinte du cerveau à remplir des fonctions qui étaient remplies, avant l’AVC, par d’autres cellules nerveuses.
Un AVC est une urgence médicale et nécessite un traitement immédiat, curatif et préventif. Les objectifs du traitement sont de minimiser les dommages au cerveau en rétablissant la circulation sanguine en cas d’AVC ischémique ou en réduisant l’épanchement de sang en cas d’AVC hémorragique et enfin de traiter les causes de l’AVC. Dans le cas de l’AVC ischémique, le traitement thrombolytique ou fibrinolytique permettant de détruire le caillot qui obstrue le vaisseau doit être réalisé dans les 4h30, suivant l’apparition des symptômes.

– Quelles sont les conséquences économiques de l’AVC pour les patients?
Le coût des AVC peut être évalué à deux niveaux. Il y a tout d’abord les coûts directs liés à la personne qui vient d’être victime de la maladie. Il y a un ensemble de dépenses liées à la phase d’hospitalisation où le patient devrait bénéficier d’un scanner cérébral qui coûte environ 60.000 F CFA. Il peut arriver que le scanner à lui seul ne soit pas suffisant et il va falloir une IRM dont le coût avoisine 150.000 F CFA. Il faut également comptabiliser l’ensemble des examens biologiques estimés à environ 50.000 F CFA, l’ECG, l’échographie du cœur et bien d’autres à environ 60.000 F CFA et les médicaments à environ 50.000 F CFA sans compter le coût de l’hospitalisation.
En ce qui concerne les coûts indirects, il faut noter le traitement post-AVC évalué entre 25.000 à 30.000 F CFA, un traitement à vie pour éviter les récidives pour ceux qui s’en sortent sans séquelle. Pour les patients ayant une séquelle après l’AVC, le caractère invalidant des séquelles entraine une perte de productivité et de revenus importants. De plus, la prise en charge des séquelles coûte cher et peut conduire à d’autre maladies qui exigent d’autres examens. Le coût indirect est donc le coût le plus lourd dans le budget en ce qui concerne la prise en charge de la maladie.

Germaine BIRBA


Les symptômes d’alerte de l’Avc

Il faut savoir identifier les premiers symptômes d’un AVC, pour pouvoir agir vite. Parmi ces symptômes, on cite l’apparition d’un engourdissement, une faiblesse ou une paralysie brutale d’une partie ou de la moitié du corps. Des difficultés à parler, un trouble de la vision, des troubles de l’équilibre, de la coordination ou de la marche; un mal de tête sévère et soudain n’ayant aucune cause connue. Face à un Avc, il faut agir vite: visage paralysé, impossibilité de bouger un membre, trouble de la parole,… Evitez le pire en vous rendant immédiatement aux urgences médicales.


Un cri du cœur

Dans la prise en charge des malades des Avc, il faut une structure spécialisée dite Unité neuro-vasculaire ou UNV, disposant de ressources humaines qualifiées et médico-techniques adéquates, permettant d’augmenter les chances de survie et de récupération fonctionnelle des patients victimes d’AVC. Malheureusement, le Burkina Faso ne dispose pas encore de cette structure spécialisée, mais il a les ressources humaines qualifiées dans ce sens. Selon Dr Lompo, tout est une question de vision politique. Un projet de création de cette unité a été rédigé depuis plus d’une année. Toutefois, les choses tardent à avancer, tandis que la maladie fait rage dans le pays. Les neurologues lancent donc un cri du cœur afin que les autorités se penchent davantage sur la question et mettent rapidement en place une Unité neuro-vasculaire pour la prise en charge efficace des malades.o


Comment lutter contre les facteurs de risque d’AVC

Diminuer la tension artérielle : modifier les habitudes hygiéno-diététiques (régime hyposodé, diminuer la consommation d’alcool, consacrer du temps pour les loisirs et la distraction), un suivi médical en cas d’HTA avéré.
Contrôler sa consommation d’alcool : ne pas dépasser 4 verres (femmes) ou 5 verres (hommes) par jour et ne pas boire d’alcool au moins un jour par semaine.
Contrôler la contraception hormonale : arrêter de fumer ; ne pas donner de contraception hormonale en cas d’HTA, migraine ou surcharge pondérale.
Traiter l’apnée du sommeil : perdre du poids, dormir sur le côté, l’éviction d’alcool ou de tranquillisants le soir, consulter un spécialiste.
Augmenter le cholestérol HDL, diminuer le cholestérol LDL et les triglycérides: manger du poisson 2 fois par semaine ; utiliser de l’huile d’olive et de colza ; diminuer la consommation d’aliments riches en graisses cachées (viande grasse, charcuterie, fromage, plats pré-cuisinés, viennoiseries, fritures) ; consommer au moins un fruit ou légume par repas ; privilégier la cuisson à la vapeur sans graisse ; pratiquer régulièrement une activité physique (marche, jardinage).
Equilibrer la glycémie : manger des farineux (tô, pain, pâtes, riz, pommes de terre,..) à tous les repas ; limiter les sucreries, les pâtisseries et les boissons sucrées ; privilégier les légumes, les fruits et le pain complet pour leur richesse en fibres. Chez le diabétique : suivi régulier par le médecin ; surveillance du taux d’hémoglobine glyquée tous les 3 mois.
Eviter la sédentarité : pratiquer une activité physique régulière, adaptée à ses possibilités, au moins 30 minutes par jour: (marche, bicyclette, gymnastique aquatique,…) ; faire une activité domestique par jour (ménage ou rangement) ; privilégier la marche à la conduite automobile ou motocycliste.
Arrêter de fumer : écrire une liste des inconvénients du tabac et des bénéfices à l’arrêt (amélioration du souffle, du goût et de l’odorat, protection de son entourage, économie d’argent) ; utiliser un substitut nicotinique (patch, gomme à mâcher, tablette, inhalateur) ou un médicament pour atténuer les symptômes de manque.
Perdre du poids en cas de surpoids (IMC 25-30) ou d’obésité (IMC > 30) : une perte de 10% du poids habituel améliore la tension artérielle, le cholestérol total et la glycémie. Changer progressivement ses habitudes alimentaires: contrôler la consommation de graisses et de produits sucrés ; éviter les grignotages ; manger des fruits et des légumes à chaque repas ; pratiquer régulièrement de l’activité physique.
Gérer le stress : vacances, relaxation, exercices de relâchement musculaire, pratique des arts martiaux, natation, bains.o

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Numéro d'édition: 202

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