Newton Ahmed Barry, Président de la CENI. (Ph.: DR)

«Nous avons l’obligation d’ouvrir le scrutin», Newton Ahmed Barry, président de la CENI

• 900 bureaux de vote pour 350.000 électeurs

• Un scrutin ouvert

• 1,2 milliard de F CFA nécessaire

 

Le 28 mai prochain, les électeurs de certaines communes seront à nouveau sollicités pour des élections partielles et complémentaires. Demain mardi, 28 mars, chacun des 21 partis politiques qui ont déposé des candidatures sera situé sur la validation ou non de ses candidats. En attendant, L’Economiste du Faso s’est tourné vers le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Newton Ahmed Barry, pour cerner certains détails de cette consultation électorale.

– L’Economiste du Faso: Les électeurs de 19 communes seront appelés aux urnes le 28 mai 2017. Certains retourneront dans l’isoloir pour la deuxième fois pendant que d’autres le fouleront pour la première fois. Combien de partis politiques se sont-ils inscrits à l’expiration du délai de réception des dossiers ?
Newton Ahmed Barry (Président de la CENI): Déjà, il faut préciser qu’il s’agit des électeurs d’un arrondissement, précisément l’arrondissement 4 de Ouagadougou et ceux de 18 autres communes à l’intérieur du pays qui seront appelés aux urnes.
Sur ces 19, effectivement, les municipales du 22 mai 2016 n’avaient pas pu se tenir dans trois d’entre elles. Il s’agit de la commune de Bouroum Bouroum dans la province du Poni, de la commune de Zogoré dans la province du Yatenga et de la commune de Béguédo dans la province du Boulgou. Au terme du décret qui convoque le corps électoral, ces trois communes sont concernées par les complémentaires.
En attendant de faire un point exhaustif, on peut dire que 21 partis ont déposé leurs dossiers pour les élections à venir. Ce qui est un excellent chiffre, si vous comparez aux reprises de février 2013.
Les élections municipales, qui ont eu lieu le 22 mai 2016, ont été entachées de violences, empêchant le scrutin de se tenir dans certaines régions, notamment à Béguédo dans le Boulgou, Bouroum Bouroum dans le Poni et Zogoré dans le Yatenga.
– Quelles sont les garanties qu’offre la CENI que les vieux problèmes ne sont pas toujours en veille ?
Sur cette question, il est effectivement difficile de donner des garanties. La CENI fait confiance au gouvernement qui est responsable des questions de sécurité. Vous citez les trois communes où les élections n’ont pas pu avoir lieu.
Mais il y a les communes de Karangasso Vigué et de Kantchari où les municipales du 22 mai 2016 ont eu lieu. Mais des violences sont survenues bien après, entrainant même des morts d’hommes.
Ces crises graves n’ont pas permis la mise en place des exécutifs locaux dans lesdites communes. C’est pour vous dire que les crises sont diverses et concernent chacune des 19 communes. Le gouvernement, en décidant de ces partielles et ces complémentaires, a certainement pris la mesure de la situation dans chacune des communes.
Ce que je peux dire, en ce qui concerne le processus en cours, c’est que les choses se passent très bien. Il y avait trois étapes cruciales. Elles ont été franchies sans accroc. Le renouvellement des démembrements dans les 19 communes et les 14 provinces concernées par les élections a pu se faire sans problème. Nous avons aussi pu recevoir les dossiers de candidature sans aucune entrave. Ce qui est pour nous un bon signe.

– La CENI préconise la prise en compte du fichier électoral de 2015. Que fait-on des électeurs qui se sont enrôlés entretemps et qui figurent sur le fichier de 2016 ?
Le fichier électoral dont il est question concerne la commune de Béguédo, uniquement. Dans cette commune, la création de quatre nouveaux villages en avril 2014 n’a pas été du goût d’une partie des populations. Il faut signaler que ce n’est pas la CENI qui crée les villages. C’est une prérogative du gouvernement.
Quand la CENI a voulu engager la révision du fichier électoral en 2015, dans la perspective des élections de fin de la transition, ces mécontents se sont organisés pour bloquer l’opération.
En son temps, nous n’avions fait que deux jours d’enrôlement, avant l’empêchement. C’est avec ces personnes enrôlées que nous sommes allés à la présidentielle couplée aux législatives du 29 novembre 2015.
Quand les municipales du 22 mai 2016 ont été annoncées, le problème a ressurgi. Ceux qui avaient bloqué l’enrôlement de 2015 sont revenus à la charge pour demander, non pas qu’on supprime les quatre nouveaux villages objet de la querelle, mais qu’on reprenne l’enrôlement qui n’avait pas pu aller à son terme.
La CENI, en son temps, avait répondu par une opération «d’ajustement» du fichier électoral. Cet ajustement, sur le terrain, à Béguédo, était de fait devenu un enrôlement.
Ce qu’une autre partie des protagonistes a contesté, arguant que l’ajustement ne figure pas dans le Code électoral. Cette opération aussi n’est pas allée à son terme.
Quand il a fallu engager les complémentaires du 28 mai 2017, la CENI n’avait en sa possession que le fichier de 2015 qui remplissait les conditions de légalité requises.
Voilà pourquoi nous n’avons eu d’autre choix que de retenir le fichier de 2015. Mais la loi permet une ouverture qui prend en compte les résidents déjà inscrits avant l’ajustement de 2016.
Pour ceux-là, le Code électoral permet de les prendre en compte s’ils peuvent faire la preuve de leur résidence dans l’un des quatre nouveaux villages.
C’est cette ouverture que nous proposons et exceptionnellement, les inscriptions ont commencé depuis le 22 mars.
Ceux qui le désirent peuvent s’adresser à la CECI de Béguédo qui a été instruite pour recevoir les demandes.
– A ce niveau, le gouvernement et la CENI ne sont pas sur la même longueur d’onde, surtout que la CENI prend en compte tout parti qui le désire, alors que d’autres étaient exclus à l’expiration de la clôture de la réception des dossiers pour l’élection du 22 mai passé…
Je ne sais pas si le gouvernement a une objection sur cette question. En tout cas, il ne nous a pas encore saisi. Ce qu’il faut dire sur cette question également, pour éclairer notre opinion nationale, c’est que les complémentaires qui ont été décidées par le gouvernement ne figurent pas dans le Code électoral. Nous avons dans un premier temps écrit pour avoir l’entendement du gouvernement. Il nous a répondu sans indiquer la disposition du Code électoral à laquelle il fallait se référer.
Pour la CENI, en l’absence de toute disposition de la loi, il était impossible d’agir. C’est pourquoi en reprenant le code électoral qui est notre boussole, nous avons trouvé deux articles qui nous imposent l’ouverture du scrutin dans les trois communes concernées par les complémentaires.
Les articles 50 et 239, en l’absence de toute prescription spécifique, nous imposaient d’ouvrir le scrutin. Ensuite, la prescription constante en matière électorale c’est de rester très proche des normes et standards internationaux. Voilà ce qui a fondé notre décision. Mais nous avons ajouté à l’endroit des partis politiques qu’ils restaient libres de se pourvoir contre notre décision. Si le juge administratif nous désavoue, nous nous alignons.

– Ce sera le premier test pour la nouvelle équipe que vous dirigez. Y aurait-il des appréhensions ?
C’est effectivement notre baptême de feu. Comme toute première, nous avons effectivement des appréhensions. Mais pour l’instant, nous remercions Dieu, tout se passe bien.

– Quel budget sera nécessaire à la CENI pour la reprise de ces élections dans les 19 communes, puisque le gouvernement a dissout des conseils municipaux dans 15 communes et un conseil régional dont la mise en place avait été émaillée d’incidents ?
Ces élections vont concerner environ 900 bureaux de vote. Près de 350.000 électeurs sont concernés. Nous allons mobiliser près 4.500 membres de bureau de vote et 300 cadres électoraux en comptant nos commissaires et les cadres d’appui. Nous allons donc mettre en mouvement, pour réussir ces élections, près de 5.000 personnes.
En considérant le ratio moyen de 4.000 F CFA par électeur, en faisant le calcul on se retrouve avec un budget supérieur à 1,4 milliard. Mais nous avons fait un énorme effort pour contenir les coûts et nous avons pu économiser près de 150 millions. Ce qui ramène ces élections autour de 1,2 milliard.
Evidemment, c’est toujours cher, dans un pays comme le nôtre qui traverse une situation difficile où il y a des priorités urgentes.
C’est conscient de cela que nous avons engagé depuis notre arrivée à ce poste un processus de soutenabilité des dépenses électorales. Après un travail très sérieux, nous sommes en mesure aujourd’hui de faire plus de 20 milliards de F CFA d’économie sur le cycle électoral 2017-2021. Ce qui est énorme.

Propos recueillis par
Alexandre Le Grand ROUAMBA

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Numéro d'édition: 199

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