L’étude reconnait qu’il reste encore des défis à relever pour maintenir l’agriculture familiale dans le contexte exacerbé d’orpaillage, car il n’existe pratiquement plus de main-d’œuvre pour l’agriculture familiale; les jeunes ayant fait l’option de l’orpaillage. (Ph:Miningglobal.com)

Orpaillage contre agriculture : Les impacts négatifs

• Quand un pays agricole devient un pays minier

• Les jeunes fuient l’agriculture pour l’orpaillage

• Quid des revenus tirés de l’orpaillage ?

L’école burkinabè enseigne que l’économie nationale repose sur l’agriculture et sur l’élevage. On estime à 32% la contribution de l’agriculture au produit intérieur brut; secteur qui par ailleurs occupe 80% de la population active. Les cultures vivrières participent principalement à l’alimentation des populations des villes et des campagnes. Une partie de cette production est vendue pour assurer les dépenses liées aux besoins familiaux.
Par la suite, le coton a été cité comme la culture de rente qui contribue le plus à l’économie du pays. De nos jours, le pays connait un développement remarquable à la fois industriel et artisanal de son secteur minier.
Depuis 2012, l’or est cité comme étant le premier produit d’exportation du pays, déclassant ainsi le coton.
L’exploitation artisanale plus connue sous l’appellation «orpaillage», pratiquée surtout en milieu rural, attire les jeunes et les femmes du monde rural qui sont les bras valides pour l’agriculture familiale. Cette activité qui manque d’organisation et d’encadrement entraine d’énormes préjudices environnementaux et humains.
En effet, l’orpaillage se positionne de nos jours comme une menace pour l’agriculture familiale du fait de son abandon par les jeunes au profit de l’orpaillage et de la dégradation profonde de l’environnement qu’il occasionne. Une des causes de la course des jeunes vers l’orpaillage est la pauvreté et le chômage.
En 2014, le taux de chômage était de 6,6%, avec 14,1% de jeunes urbains de 15 à 24 ans et un taux de 20% pour les filles et 8% pour les garçons. Il est plus élevé en milieu urbain (7,1%) qu’en milieu rural (6,4%). Par ailleurs, la moitié des emplois ruraux n’est pas décente, car ne couvrant pas 50% du temps des actifs occupés par l’agriculture.
Le pays compte une dizaine de mines industrielles en exploitation qui n’arrivent pas à créer des emplois permettant d’avoir un effet d’entrainement important sur les autres secteurs de l’économie. Le secteur public n’est pas à même d’absorber la totalité des demandeurs d’emplois. Et l’orpaillage est devenu une destination privilégiée pour de nombreux jeunes ruraux.
On estime à plus d’un millier le nombre de site artisanaux, et l’or produit sur ces sites s’avère important. Une production qui est frauduleusement vendue dans les pays de la sous-région.
Au regard de l’expansion de l’orpaillage, peut-on continuer à dire que l’économie burkinabè repose sur l’agriculture et l’élevage?
Comment l’orpaillage et l’agriculture familiale peuvent-ils être durablement des sources de revenus au sein des communautés?, s’est interrogé Jonas Hien, directeur exécutif de l’ONG Organisation pour le renforcement des capacités de développement (ORCADE). Pour répondre à ces préoccupations, ORCADE a mené une étude sur «l’impact de l’exploitation artisanale de l’or et l’agriculture familiale sur l’économie du Burkina Faso» sur 2 sites artisanaux dont celui de Diarkadougou et Kien, situés respectivement dans les régions du Sud-Ouest et des hauts-Bassins, dont la restitution a eu lieu le 7 mars 2017. L’étude renseigne que les revenus tirés de l’agriculture familiale se situent en moyenne entre 50.000 et 200.000 F CFA par an, tandis que ceux de l’orpaillage sont entre 700.000 et 2 millions de F CFA l’an. Les revenus de l’orpaillage sont tirés après de graves préjudices sur l’environnement, sans aucune action de restauration, même si des fois des reboisements sont faits sur certains sites.
Le gouvernement, dans ses tentatives de recherche de solutions, a inscrit l’agriculture dans le Plan national de développement économique et social (PNDES) et s’engage à réduire la dépendance du sous-secteur de l’agriculture afin d’intensifier la production. L’exploitation artisanale de l’or prenant du terrain avec une forte attirance des jeunes qui constituaient la main-d’œuvre agricole, le gouvernement entend inverser la tendance par la prise de mesures de valorisation de l’agriculture familiale et d’accompagnement des jeunes et des femmes pour susciter un intérêt à retourner à la terre.
Cela pourrait se matérialiser par la création d’écoles de métiers d’agriculteur et d’accompagnements par du matériel agricole moderne.
Sur le plan de la législation, des insuffisances existent. Si des textes balisent les conditions et procédures à observer pour les différentes opérations minières, ils se caractérisent par le manque de suivi de l’Etat pour leur application. La conséquence qui en découle est que de nombreuses actions sont mises en œuvre dans le cadre du développement, mais n’ont pas d’effets sur la réduction de la pauvreté des populations.
Au contraire, la pauvreté gagne du terrain, parce que d’autres actions négatives viennent contrarier les politiques et programmes.
L’étude a donc conclu en reconnaissant qu’il reste encore des défis à relever pour maintenir l’agriculture familiale dans un contexte exacerbé par l’orpaillage, car il n’existe pratiquement plus de main-d’œuvre pour l’agriculture familiale; les jeunes ayant fait leur option pour l’orpaillage.

Elie KABORE


Mieux encadrer les orpailleurs

L’étude recommande au gouvernement de mettre en place un mécanisme fiable de suivi et d’évaluation des lois prises, car leur finalité est de réduire la pauvreté des populations par des actions de développement durable. Le suivi et l’évaluation suppose l’existence effective des textes d’application de ces lois. Les orpailleurs recommandent aux organisations de la société civile de s’impliquer au cotés de l’Etat pour assurer l’organisation du secteur de l’orpaillage et l’encadrement des orpailleurs afin de leur permettre de mener cette activité dans la légalité et pour plus de retombées pour le pays.

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Numéro d'édition: 198