Lors du premier congrès du MPP, les 5 et 6 avril 2015, la réflexion avait été axée sur comment «écrire une nouvelle page de l’histoire [du] pays en consolidant l’implantation [du] parti au sein du peuple pour l’alternance démocratique en 2015». (DR)

MPP : Fin des contradictions, et début de réponses?

• Conquérir, plus facile que gérer

• Rassurer maintenant !

• Construire le pont justice-réconciliation et développement

 

Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), parti au pouvoir, a organisé les 11 et 12 mars 2017 son 2e congrès ordinaire à Ouagadougou. Après la tenue effective de ce congrès dont la préparation a cristallisé tant d’intérêts et d’attention, l’enjeu pour le pays est de voir cette formation politique au pouvoir travailler à l’avènement d’une gouvernance porteuse d’espérance pour un Burkina meilleur.
Une chose est de conquérir le pouvoir, une autre chose est de pouvoir le gérer afin de répondre aux préoccupations du peuple. Et généralement, la gestion du pouvoir est plus exigeante et éprouvante que sa conquête. Le Mouvement du peuple pour le progrès(MPP), après avoir réussi l’épreuve du suffrage le 29 novembre 2015, est depuis à la tâche comme un maçon au pied du mur.
Une rude épreuve pour ce parti qui a conquis le pouvoir dans un contexte économique qui rime avec précarité. Et malheureusement, la situation va en se complexifiant de jour en jour, avec la résurgence de l’hydre islamiste qui cherche à faire du Nord du pays son terreau.
Face à cette situation de difficulté économique et de péril sécuritaire, le parti au pouvoir n’aura pas du tout brillé, pour l’instant, en réponses rassurantes. La fronde sociale via le printemps des revendications syndicales et les attaques répétitives des terroristes prouvent à souhait que le pouvoir a de sérieuses difficultés à apporter les réponses qui siéent aux urgences de l’heure. Et selon toute vraisemblance, au-delà du caractère limité des ressources du pays, le semblant de désinvolture du pouvoir s’expliquerait par des querelles byzantines entre les piliers du parti. Toute chose qui plomberait les bonnes initiatives de gouvernance, lesquelles seraient in fine sacrifiées sur l’autel des intérêts claniques et individualistes.
Cette perception chez les gouvernés est tenace depuis l’avènement du MPP au pouvoir, et persiste encore. La nécessité de battre en brèche une telle thèse et de rassurer la population sur sa bonne intention et sa capacité de bien gouverner l’Etat burkinabè se posait désormais avec acuité pour le MPP. Et le congrès se présentait comme une belle opportunité de liquider les contentieux et resserrer les rangs afin de pouvoir être efficace dans la gouvernance du pays.

Rassurer désormais par la discipline et la cohésion
De l’indiscipline, il n’y en a eu vraiment dans ce parti. L’on pourrait à ce propos se rappeler des lézardes tous azimuts qui ont eu lieu au lendemain des élections municipales du 22 mai 2016.
L’on aura remarqué que sur le plan disciplinaire, cette formation n’avait que des pieds d’argile. En effet, après avoir engrangé une moisson électorale honorable qui lui permettait de contrôler la quasi-totalité des municipalités sur le territoire national, les conseillers élus sous la bannière du MPP avaient montré une face hideuse de leur cheval politique. La conséquence concrète de ce manque de cohésion solide à l’interne a bien entendu permis à d’autres partis bien que battus au suffrage de supplanter le vainqueur à la tête des exécutifs municipaux. Pour sûr, le spectacle d’indiscipline qui a marqué l’installation des conseils municipaux a provoqué une certaine déception chez bon nombre Burkinabè doutant raisonnablement de la capacité des élus de ce parti à être des vecteurs authentiques de la gouvernance décentralisée et du développement local. Le 18 février 2017, le Bureau politique national (BPN) a dû sanctionner 129 militants pour séquestration des listes de candidatures, inscription des camarades du parti sur des listes d’autres partis politiques, présentation de certains camarades à des postes contre des camarades désignés à ces mêmes postes par le parti…
En tout cas, il y a urgence que ce parti, afin de mettre fin au doute grandissant sur sa capacité à bien gérer le pays, relève à tout prix le défi de l’indiscipline en son sein. Le nouvel exécutif mis en place le 12 mars devra y travailler inlassablement et efficacement. Il y va non seulement du salut électorale du parti, mais encore et surtout de la bonne marche de l’Etat et du bien-être de tous les Burkinabè, fondés sur leur droit de lui exiger le meilleur, parce que détenteur du pouvoir. L’accentuation du débat au congrès sur les perspectives et les engagements pour la mise en œuvre opérationnelle du programme du président Roch Marc Christian Kaboré n’aura véritablement de sens et de portée que dans un cadre de cohésion. La profession de foi au Plan national de développement économique et social (PNDES) n’est pas suffisante pour apporter le changement qu’espèrent les Burkinabè. Il faudra aller au-delà du discursif pour poser des actions concrètes. Mais sans discipline, ce n’est guère possible.

GL


La vérité et la justice: l’autre défi du parti au pouvoir

Lors du premier congrès du MPP, les 5 et 6 avril 2015, la réflexion avait été axée sur comment «écrire une nouvelle page de l’histoire [du] pays en consolidant l’implantation [du] parti au sein du peuple pour l’alternance démocratique en 2015». Pari réussi à l’analyse de ce qui s’était passé les 30 et 31 octobre 2014 et le 29 novembre 2015. Au demeurant, tous ces évènements se sont opérés dans un contexte assez particulier qui commande que les nouveaux dépositaires du pouvoir étatique filent le coton de la réconciliation nationale. Dans cette perspective, deux semaines après son élection, lors d’une interview accordée notre confrère France 24, le président nouvellement élu, Roch Marc Christian Kaboré, avait précisé avec emphase que la réconciliation et la justice faisaient partie de ses priorités de gouvernance. Lors du dernier congrès, il en a encore été question.
La réconciliation est naturellement tributaire de la vérité et de la justice. Sans vérité et justice sur les dossiers pendants sur lesquels foisonnent tant d’attentes, la réconciliation risque fort bien d’être un vœu pieux. Mais pour l’instant, tout semble aller de sorte à ce que la vérité et la justice ne soient pas contristées. Des dossiers emblématiques comme celui de Thomas Sankara, celui Dabo Boukary, de Norbert Zongo continuent d’avancer. Gageons que la justice va toujours résister à l’épreuve des intrusions saboteuses de personnalités du parti citées dans certains dossiers et que le pari de la vraie réconciliation nationale sera relevé pour permettre au Burkina Faso d’envisager son avenir sous de meilleurs auspices, dans l’unité de ses fils.

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Numéro d'édition: 198

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