Coopération ivoiro-burkinabè : Le TAC avance à pas de caméléon

• Un tri en fonction de l’urgence

• Des grands dossiers en somnolence

 

Au regard des éléments de l’histoire et de la géographique, la Côte d’Ivoire et le Burkina seront toujours proches. Toutefois, la volonté politique manifestée à travers la mise en place du Traité d’amitié et de coopération (TAC), instrument de construction d’un destin commun privilégié, peine aujourd’hui à retrouver l’effervescence du début. Depuis la chute de Blaise Compaoré en octobre 2014, l’enthousiasme autour des dossiers du TAC est retombé. Le Traité a même connu une sorte de passage à vide avant que les deux pays ne parviennent formellement à renouer le fil de la coopération par ce canal, à l’occasion de la 5e la conférence au sommet des chefs d’Etat, fin juillet 2016 à Yamoussoukro. Mais le véritable enjeu autour de cette conférence était les retrouvailles entre deux pays après les évènements politiques au Burkina et ses conséquences sur la Côte d’Ivoire.
Plutôt que de discuter de chantiers de développement économique, le vrai sujet visait surtout à se rassurer et à montrer les volontés réciproques de dialoguer sur des points touchant notamment à la sécurité et à la quiétude dans les deux pays. En plus d’accueillir des Burkinabè cités dans les dossiers judiciaires de l’insurrection et du putsch manqué, la Côte d’Ivoire apparaissait aux yeux d’une bonne partie de l’opinion comme réticente à la nouvelle donne politique enclenchée au Burkina. Il fallait donc se rassurer avant de reparler véritablement des chantiers du TAC. Néanmoins, la rencontre de fin juillet 2016 avait permis de faire le point de la trentaine de dossiers que compte le TAC à ce jour. Mais depuis lors, les activités significatives entrant dans le cadre du TAC ont été très rares. Les retrouvailles entre la Côte d’Ivoire et le Burkina, depuis la tenue de la conférence de Yamoussoukro, relèvent le plus souvent d’activités ordinaires, de situations opportunistes ou de l’urgence de traiter certaines questions qui se trouvent par coïncidence inscrites dans le TAC. A l’occasion de la 25e édition du Fespaco, la Côte d’Ivoire pays invité d’honneur, a marqué sa participation par une forte délégation d’acteurs du cinéma, une contribution financière de 50 millions de F CFA à l’organisation de l’événement et la présence du président de la République ivoirienne à la clôture du festival. C’est une excellente manifestation de l’amitié entre les deux pays, mais c’est une situation plutôt opportuniste qui n’est pas prévue dans les dossiers du TAC, à proprement parlé.
Une autre retrouvaille ivoiro-burkinabè de ces derniers jours c’est celle relative à la visite d’amitié et de travail du ministre ivoirien des Transports les 12 au 14 mars 2017 à Ouagadougou. Cette fois-ci, il a été question de dossiers inscrits dans le TAC; même si c’est l’urgence du moment qui commande d’examiner ces dossiers. Avec son homologue burkinabè, le ministre ivoirien des Transports a conduit des travaux sur la Convention de concession révisée (CCR) de l’exploitation du chemin de fer Abidjan-Ouaga-Kaya.
Laquelle convention traite de la question de la réhabilitation de cette ligne ferroviaire. Entre le groupe Bolloré, concessionnaire du chemin de fer, et les Etats de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso, tous les détails sur l’application de la convention ne sont pas réglés. Les discussions trainent depuis 2015, alors que les Etats sont pressés de boucler le dossier pour passer à la réhabilitation du chemin de fer. En fin juillet 2016, la conférence au sommet des chefs d’Etat avait en encouragé les deux gouvernements à poursuivre leurs concertations et leurs actions de sensibilisation pour la mise en œuvre effective des textes et protocoles de la CEDEAO et de l’UEMOA sur la libre circulation des personnes, des biens et le droit d’établissement.
La présence à Ouagadougou du ministre ivoirien des Transports a permis de travailler sur cette question inscrite dans le TAC. C’est l’un des rares cas d’activités sur le TAC depuis la tenue de la grande rencontre de Yamoussoukro. Sur des chantiers comme l’autoroute Yamoussoukro-Ouaga où les deux pays avaient convenu d’harmoniser les études de faisabilité, on attend encore. Le projet de construction de pipeline entre les deux pays n’a pas été évoqué depuis un bon moment. A propos de l’approvisionnement du Burkina en électricité, l’engagement de la Côte d’Ivoire de porter la puissance régulière de 70mW à 80mW doit être confirmée. La prochaine conférence au sommet, prévue normalement pour fin juillet 2017 à Ouagadougou, devrait être l’occasion de donner une véritable impulsion au TAC. Cette conférence aura le bénéfice de se tenir à un moment où les deux pays semblent avoir réussi définitivement à dissiper les nuages qui gênaient la poursuite des dossiers économiques.

Joël BOUDA


Des divergences avec Bolloré sur le chemin de fer

A propos de la réhabilitation du chemin de fer Abidjan-Kaya, le communiqué final, à l’issue de la visite de travail du ministre ivoirien des Transports les 12 et 14 mars 2017, nous apprend que les discussions entre les deux Etats et le groupe Bolloré ne sont pas terminées. «Après la signature le 29 juillet 2016 à Yamoussoukro de la Convention de concession révisée de l’exploitation des transports ferroviaires sur l’axe Abidjan-Kaya, trois réunions d’experts tenues alternativement à Ouagadougou et Abidjan ont permis de finaliser et d’adopter les annexes constituant des conditions suspensives, à l’exception d’une seule.
L’Annexe F7 relative aux modalités et mécanismes de compensation et d’indemnisation du concessionnaire en cas de force majeure, fait de prince, imprévision, changement de loi et résiliation n’a pu être finalisée en raison de divergences profondes entre les experts des Etats et ceux du groupe Bolloré. Constatant les difficultés à aplanir ces divergences au niveau des experts commis à la finalisation de l’Annexe F7 et réaffirmant l’urgence d’un démarrage immédiat des travaux de réhabilitation du chemin de fer Abidjan-Kaya, les deux ministres conviennent de s’impliquer personnellement par la tenue d’échanges directs avec les premiers responsables du groupe Bolloré».

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Numéro d'édition: 198

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