Si Winner Industrie venait à fermer, ce sont 140 employés au chômage et une dépendance totale du pays à des piles de marques et de qualité douteuses. (Ecodufaso)

Winner Industrie : Une pionnière en danger de mort

• 140 employés aux abois

• La société en quête d’un sauveur

 

Le tissu industriel de la ville de Bobo-Dioulasso s’amincit au fil des ans. Des entreprises, confrontées à la fraude, à la concurrence déloyale et à des difficultés structurelles de gestion pour certaines, tournent au ralenti quand elles ne sont pas à l’arrêt.
C’est le cas de cette pionnière dans le secteur des piles et autres batteries, Winners Industrie. Depuis 8 mois au moins, les 140 employés sont livrés à une sorte de chômage technique qui ne dit pas son nom, puisqu’aucune notification officielle ne leur a encore été faite. Les représentants des travailleurs sont écartelés entre la réclamation de leurs arriérés de salaire et l’espoir d’une reprise des activités.
Il y en a encore parmi eux qui y croient. Ils sont convaincus que la relance est possible parce que le marché et l’expertise existent.
Les difficultés ont vraiment commencé avec des ruptures dans la chaine d’approvisionnement en intrants en 2008, pour s’accentuer en 2015, explique un des travailleurs. Cette année-là, à cause d’une rupture en matière première une cinquantaine d’entre eux avait été mise en «congé anticipé».
Cette situation ne s’est pas améliorée jusqu’à l’arrêt aujourd’hui de l’usine. C’est le constat qu’a pu faire un groupe de deputés de l’opposition la semaine dernière, venu s’informer de la réalité de la crise et envisager des propositions.
Les représentants des travailleurs, eux, restent convaincus que le problème de Winner Industrie est plutôt lié au management qu’à autre chose. L’Economiste du Faso a tenté d’entrer en contact avec la directrice générale de la société, mais sans suite. Leurs regards sont désormais tournés vers le gouvernement, voire vers un nouveau partenaire stratégique. Sur les arrières de salaire, l’inspection du travail a été saisie et l’entreprise a reconnu ce qu’il doit pour le moment aux travailleurs. Cela dit, les états définitifs sont en élaboration et la procédure en cours.
Sur le sauvetage de la société elle-même, les travailleurs disent attendre une réaction forte de l’Etat qui a promis de ne pas laisser sombrer les industries de la région, au nom de la relance promise dans le Plan national de développement économique et social (PNDES).
Des pistes sont envisagées, mais cela dépendra de l’évaluation définitive de la situation économique et financière de la société. Parmi les scenarii possibles, il y a l’ouverture du capital à une participation minimum de l’Etat et/ou l’introduction d’un nouvel actionnaire majoritaire qui renflouerait la société.
Ces hypothèses ne sont valables que si la direction actuelle s’accorde sur le mode de gestion à adopter. L’entreprise est détenue majoritairement par une famille Ouédraogo qui devrait faire fi d’un certain nombre de considérations si elle veut préserver et pérenniser l’outil de production, sinon la liquidation n’est pas loin. L’entreprise doit, selon les explications des travailleurs lors de leur point de presse de janvier 2017, pas moins de 800 millions de F CFA au titre des impôts et autres taxes à reverser.

FW


La mort annoncée d’une pionnière

Winner Industrie est installée à Bobo-Dioulasso depuis 1972. Elle a été créée par l’homme d’affaires burkinabè Salif Ouédraogo alias «Salif Déré», décédé en 2013. Spécialisée dans la fabrication de piles, la société faisait face à l’importation frauduleuse des piles qui inondaient le marché local.
Au temps fort de la lutte contre la fraude, cette société rachetait pour destruction les cargaisons saisies par la douane, afin de protéger sa part de marché au niveau national. Mais selon le rapport de la Commission d’enquête parlementaire (CEP) du CNT sur la fraude fiscale, l’impunité fiscale, les restes à recouvrer des régies de recettes ainsi que les chèques revenus impayés du Trésor sur les années 2012, 2013 et 2014, ce dispositif qui impliquait la douane a fait long feu, parce que trop coûteux pour l’entreprise.
Mais pour les travailleurs, la part de marché de la société existe dans la mesure où elle ne couvre pas la demande. Ils préfèrent questionner le management et les stratégies mises en œuvre.

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Numéro d'édition: 195

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