L’AFO pourra réaliser son ambition dans le cadre d’un bon contrat de PPP. (DR)

Abattoir frigorifique de Ouagadougou : Statut quo pour un projet à la peine

• A la recherche d’un repreneur professionnel depuis 2009

• A peine cité dans le programme PPP du PNDES

• Les contours de la réhabilitation restent flous

 

Lancé depuis 2009, le projet de transformation de l’Abattoir frigorifique de Ouagadougou (AFO) en véritable unité de production de viande pour le marché local et international piétine. Ce projet est prévu pour être réalisé suivant un schéma qui consacre l’arrivée à la tête de l’établissement d’un professionnel du secteur. Celui-ci apportera, non seulement, son expertise technique mais aussi les ressources financières attendues dans le cadre de cette ambition. Plusieurs sorties des personnes responsables du projet, dans le but de le vendre au Burkina, en Afrique et en Europe, n’ont pas permis jusque-là d’obtenir un résultat concret. L’AFO attend désespérément sa transformation qui doit lui permettre d’être un acteur-clé de la filière bétail-viande au Burkina.
Une filière stratégique dans l’économie, occupant environ 80% de la population et contribuant entre 12 et 15% au PIB. Tous les spécialistes s’accordent à dire que la contribution économique de la filière peut être largement améliorée en raison de son très fort potentiel de création d’emplois et de richesses.
Il suffit pour cela de mettre en place l’organisation et les mécanismes qui permettront de retenir sur place les fortes quantités d’animaux exportés sur pied pour la production de la viande dans des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana et autres. Pour ce qui concerne les ruminants, on estime le nombre d’animaux exportés sur pied à environ 30.000 chaque année. Les commerçants seraient surtout attirés par les marges bénéficiaires intéressantes au niveau de ces marchés. Dans une telle vision, l’AFO devrait être, à l’image de la BRAKINA (Brasseries du Burkina) dans la production la bière en ce moment, un puissant producteur de viande et ravitailleur des opérateurs grossistes sur le marché local. Au-delà du Burkina, sa production devrait également ravitailler des marchés à l’étranger. Une projection qui coïncide avec une réelle demande en viande burkinabè dans plusieurs pays.
Il s’agira, grâce à la qualité, la saveur, la fiabilité et la traçabilité de la viande made in Burkina, de récupérer des importantes parts de marchés aujourd’hui occupées par des viandes d’origines incertaines et de qualité douteuse.
Aujourd’hui, le rôle de l’AFO est très minoré. Son activité se limite quasiment à faire de la prestation de services au profit des bouchers. C’est-à-dire servir de cadre où ces derniers abattent leurs animaux en payant des taxes. Une situation qui fait que l’abattoir ne dispose pas d’une autonomie totale. «Au stade actuel, nous sommes presque soumis aux humeurs et aux désidérata des bouchers. Cela veut dire que quant ils ne viendront pas, l’abattoir ne fonctionnera pas», regrette Mamoudou Ouédraogo, actuel Dg de la Société de gestion de l’AFO (SOGEA).
La capacité théorique actuelle de l’AFO est de plus de 20.000 tonnes de viande par an, alors qu’il n’a produit que moins de la moitié ces dernières années.
Le nouveau statut visé par l’AFO devrait lui permettre d’acheter directement des animaux, de les abattre pour ensuite mettre des produits carnés variés sur les marchés. Tout un circuit de distribution incluant des grossistes et détaillants sur les points de vente certifiés sera mis en place. C’est un scénario qui inclut professionnalisme, organisation, fiabilité, création d’emplois et de richesses. Il prévoit l’inclusion de tous les acteurs traditionnels dans la chaine. Il s’agit notamment des bouchers, dont le nombre est estimé à plus de 270 dans la ville de Ouagadougou.
C’est un ambitieux projet pour lequel l’Etat a du mal réunir les moyens nécessaires à sa réalisation. Après avoir consenti 2,7 milliards de F CFA entre 2001 et 2003 pour la rénovation et l’équipement de l’établissement, le travail reste encore énorme par rapport à l’objectif visé. Le repreneur est donc attendu, dans une formule de Partenariat public-privé (PPP), pour combler les difficultés et impulser la nouvelle dynamique. Le type de contrat PPP prévu est l’affermage.
Après les tentatives non abouties, on espérait voir le projet de l’AFO repris de façon plus volontariste dans le programme de PPP prévu par le Pan national de développement économique et social (PNDES) du régime de Roch Kaboré. Mais l’AFO y est à peine évoquée. A son sujet, le PNDES parle vaguement d’une «réhabilitation». Cette éventualité est d’ailleurs citée dans le lot de projets ne disposant pas de fiches techniques. Le projet de l’AFO n’est-il pas perçu comme une priorité ?
Selon nos sources, la dernière réunion sur le projet date d’octobre 2015 sous la transition. Il était question de retravailler le dossier technique de cession à un repreneur pour que le gouvernement puisse décider de la suite. Mais les choses n’ont pas évolué depuis lors, laissant la situation en l’état. Pourtant, ce n’est pas l’intérêt pour la reprise qui manque. Un groupe franco-burkinabè se serait manifesté et d’autres pourraient également se signaler si le projet parvenait présenter les garanties nécessaires. L’Etat du Burkina devrait pouvoir notamment rassurer sur les mesures d’accompagnement et autres privilèges pour le repreneur. Par exemple, la question de l’abattage clandestin ou foraine hante l’esprit des investisseurs. Au-delà de ce problème, il y a tout un environnement fiscal, juridique et également en termes de marché qu’il faut installer.

Karim GADIAGA


Devenir un puissant outil économique

L’AFO est aujourd’hui à environ 43 % de ses capacités. Pas intéressant, selon les responsables. L’ambition est d’atteindre 40.000 tonnes de viande par an pour coïncider avec les capacités réelles prévues par les études au moment de sa construction en 1969.
Cela, dans le but d’être en phase, ou du moins tendre vers, une demande qui table sur 12 kg de viande par personne par an au Burkina, selon les estimations.
Le projet vise également à porter le chiffre d’affaires de l’établissement, qui oscille entre 200 et 250 millions de F CFA par an, à plus de 500 millions de F CFA dans un premier temps.
La SOGEA qui contrôle l’AFO a été créée en 2004 pour reprendre les activités d’exploitation à la suite des travaux de réhabilitation.
La SOGEA est une société anonyme au capital social de 187.950.000 F CFA.
L’Etat occupe 32 % et les 68 % sont détenus par d’autres partenaires parmi lesquels la Chambre de commerce, Tan Aliz, la commune de Ouagadougou.
La société emploie 109 personnes dont 60% se retrouvent dans la chaîne de l’abattage.
L’AFO est bâtie sur une superficie de 187.567 m². Ses équipements se composent, entre autres, de 14 chambres froides positives (0 à 2°C) et d’une chambre de congélation (25°C).

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Numéro d'édition: 190

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