Economie

Fonds minier de développement local : Quelle place pour les femmes ?

 

Les décrets d’application du Code minier de 2015 sont en cours adoption, mais des organisations de la société civile anticipent en menant des réflexions sur leur mise en œuvre.
Font partie de ces organisations, l’Association des femmes du secteur minier du Burkina (AFEMIB). Elle a organisé un atelier sur la représentativité, la place et le rôle des femmes dans la gestion et la gouvernance du fonds minier de développement local dans le cas burkinabé les 22 et 23 septembre 2016.
Une communication a été donnée en guise d’introduction par Adama Soro, spécialiste en gouvernance de l’industrie extractive. Analysant le contexte de décentralisation dans lequel évolue le Burkina Faso, il a reconnu que les acteurs du processus ne maitrisent pas encore le système du transfert de ressources et de compétences vers la base. Aussi, il a relevé une faible mobilisation des ressources et des difficultés d’accès aux services sociaux comme la santé, l’éducation, etc. Adama Soro a aussi fait le constat de la « faible adéquation dans la prise en charge d’objectifs spécifiques tels la réduction des inégalités et l’autonomisation des femmes ».
Aussi, il a relevé que les communautés affectées par l’installation des mines expriment de plus en plus des attentes vis-à-vis des compagnies minières. A cela s’ajoute la faible perception de la redistribution des richesses générées par l’exploitation minière en faveur des populations locales. En réponse à toutes ces préoccupations, Adama Soro informe qu’il été mis en place un fonds minier de développement local avec des organes de gestion composés d’un comité de suivi de la collecte, ainsi que d’un comité de la répartition et de l’utilisation du fonds.
Ce fonds a été institué pour accompagner le processus de développement au niveau local et sert principalement à financer les activités inscrites dans les plans communaux de développement.
Quelle place pour les femmes dans la mise en œuvre de ce fonds ? L’importance du rôle de la femme dans le développement économique, social et politique est largement reconnue, mais faiblement traduite en faits.

Le fonds minier de développement local est alimenté par 20% des redevances proportionnelles collectées et 1% du chiffre d’affaires mensuel hors taxes ou de la valeur des produits extraits au cours du mois par les sociétés minières.
Le fonds minier de développement local est alimenté par 20% des redevances proportionnelles collectées et 1% du chiffre d’affaires mensuel hors taxes ou de la valeur des produits extraits au cours du mois par les sociétés minières.

Des risques de voir les femmes qui représentent plus de la moitié (51,8 %) de la population mises à l’écart dans la mise en œuvre ce fonds existent.
On le sait déjà, la pauvreté frappe plus les femmes rurales. En effet, 90% des charges domestiques sont supportées par elles et elles consacrent trois quart (¾) de leur temps aux activités agricoles, contribuant ainsi largement à la production alimentaire. Paradoxallement, leurs possibilités d’accès aux meilleures terres et aux périmètres irrigués sont très limitées, puisque la proportion des terres cultivables affectée aux femmes est à peine de 8 à 16%, informe Adama Soro. Poursuivant son propos, il note que la femme qui est au cœur du processus de développement socio-économique, qui s’occupe de l’éducation, de la santé des enfants, mène des activités génératrices de revenus pour nourrir la famille et apporte des revenus à la famille, s’occupe de la protection de l’environnement et du cadre de vie familial n’est pas prise en compte dans les projets de textes d’application du fonds.
Quand on tient compte de cette faible représentativité de la femme, le risque que la femme soit sous-représentée dans la gouvernance et la gestion du fonds est élevé, soutient-il. Il est plus que nécessaire de prendre en compte les intérêts de la femme dans la gouvernance et la gestion du fonds, a-t-il conclu.

Elie KABORE


AFEMIB, pour une réduction des inégalités dans le secteur minier

L’AFEMIB est née de la volonté de femmes exerçant leurs activités professionnelles dans le domaine minier avec comme objectif de contribuer au renforcement des capacités des femmes et de leurs responsabilités dans le secteur minier en vue de répondre au mieux à leurs besoins spécifiques sur le plan socio-économique.
Créée le 3 novembre 2000, elle a été reconnue officiellement le 19 juillet 2004. L’association compte environ 100 femmes provenant des sociétés minières, du ministère des mines, des fournisseurs de biens et services miniers, de l’orpaillage, etc. L’AFEMIB s’inscrit dans une réflexion globale visant à réduire les inégalités dans le secteur minier. Elle veille à l’intégration active de la dimension genre dans le secteur minier et dans tous les actes de développement.
L’AFEMIB travaille en collaboration avec les organisations de la société civile qui ont pour mission l’amélioration des conditions de la femme.

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