Depuis l’inondation du 1er septembre 2009, tous les cœurs battent lorsqu’une pluie tombe sur le Burkina. (DR)

Inondations au Burkina Faso : A quand la fin des sinistres ?

• Plus de 42.000 personnes touchées

• Déjà 278 millions de FCFA de prise en charge

• Vivement, qu’on sorte de ce cercle vicieux

 

La saison des pluies constitue, chaque année, une source d’angoisse pour certains. Depuis quelques années, à la faveur du changement climatique, la saison des pluies fait de nombreux sinistrés à travers le Burkina Faso. De nombreuses inondations, suite à des pluies diluviennes, créent le désarroi. Cette année, le cap des 42.000 sinistrés est déjà atteint sur plus de 10 régions du Burkina Faso. La ville de Ouagadougou, à elle seule, a enregistré 9.000 sinistrés. 9.000 maisons ont été détruites à travers le pays, faisant 8.000 sans-abris et 18 décès, selon les statistiques du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (Conasur). Chaque année, le nombre de sinistrés est en hausse. En 2015, on dénombrait plus de 32.000 sinistrés, alors qu’ils étaient seulement plus de 5.000 en 2014. « Dans le temps, nous attendions la période des pluies avec impatience. Mais aujourd’hui, quand il pleut, nous ne sommes pas rassurés, car à tout moment le toit ou toute la maison peut s’écrouler. Les maisons sont inondées. Parfois, nous veillons jusqu’au matin pour nous assurer que rien ne va nous arriver », témoigne un sinistré. Beaucoup de facteurs sont à l’origine de ces inondations. Il y a certes la forte pluviométrie, mais également les modèles d’aménagement des villes qui ne permettent pas l’évacuation des eaux. La ville de Ouagadougou a un problème d’évacuation des eaux de pluies. De plus, l’incivisme n’arrange pas vraiment la situation. En effet, les caniveaux d’évacuations sont devenus des dépotoirs, empêchant du coup l’évacuation des eaux de pluies. Des zones à risques ont été répertoriées et, dans les normes, si les textes étaient respectés, il ne devrait plus se poser le problème de sinistrés, vu que ces endroits ne peuvent pas être habités. Force est de constater que les sinistrés d’hier, dans ces zones inondables, sont les mêmes d’aujourd’hui. C’est à croire que la situation de sinistré à parfois ses avantages. On assiste chaque année au même scénario dans ces zones dites inondables, car aucun suivi n’est fait pour assurer le déguerpissement des habitats de ces zones. C’est le cas de la zone du pont Kadiogo. Chaque année, les commerçants voient leurs voitures emportées par les eaux, mais ils restent toujours au même endroit et ne prennent aucune disposition pour éviter cette situation. Le secrétaire permanent du Conasur explique la réticence des populations sinistrées à quitter les zones inondables par le problème du foncier. En effet, les habitants des zones non-loties sont le plus souvent les plus touchés par ces situations, parce que vivant dans des zones non-aménagées. Espérant être propriétaires terriens, ces personnes n’ont d’autre choix que de vivre dans ces conditions en attendant une meilleure situation. Dans certaines localités, ce sont plutôt les valeurs culturelles qui posent problème. Certaines zones inondables restent malgré tout occupées parce que ceux qui y habitent sont attachés à l’histoire de la zone et refusent donc de déménager.
Pour venir en aide à ces sinistrés, le Conasur, avec l’aide de l’Etat et de ses partenaires, apporte une assistance alimentaire et une assistance matérielle aux sinistrés. Ils reçoivent ainsi des vivres (riz, mil, maïs et boîtes de conserves), mais aussi du matériel (nattes, tentes, seaux, couvertures) pour leur permettre de passer ce cap. Cette aide apportée chaque année aux sinistrés coûte cher au budget de l’Etat. En 2009, la somme dégagée par le Conasur pour la gestion des sinistrés était évaluée à 65,82 millions de Fcfa. En 2016, ce chiffre est passé à 278,85 millions, selon le Conasur.
Chaque année, le montant dont a besoin le Conasur pour faire face aux sinistres dus aux inondations gonfle. Le conseil fait parfois face à l’insuffisance de moyens, comme l’explique son secrétaire permanent, Florent Bakouan: « Cette année, le budget alloué au Conasur pour la prise en charge des sinistrés est de 100 millions de FCFA. Il est insuffisant pour gérer deux situations de sinistres. C’est pourquoi le gouvernement a pris l’engagement en début août de renforcer les capacités humaines, financières et matérielles du Conasur. 10.000 tonnes de vivres ont donc été mises à notre disposition». Le gouvernement pourra-t-il toujours s’occuper des sinistrés qui sont de plus en plus nombreux ? L’avenir nous le dira. o
Germaine Birba
Le business des sinistrés

Le changement climatique fait des ravages à travers le monde, car de plus en plus de catastrophes naturelles sont observées. Cependant, certains Etats n’anticipent pas ces catastrophes afin de les éviter ou de minimiser leurs impacts sur les populations. Depuis 2009, le Burkina Faso assiste chaque année à des inondations. Les sinistrés de ces inondations sont de plus en plus nombreux. Les solutions se penchent plus sur comment gérer les sinistrés que sur comment éviter d’avoir des sinistrés. L’aide rend certains si dépendants qu’ils donnent l’impression de ne pas vouloir sortir de ce statut de sinistré. Etre sinistré a fini par devenir un business pour certains. o

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Numéro d'édition: 172

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