CAMEG: une boîte à problèmes

• Déjà 148 millions de FCFA perdus dans les procès

• La chaine du médicament en danger

 

A la CAMEG (Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques), plus rien ne va! La centrale d’achat, une fois de plus, est sous les feux de la rampe. A chaque directeur général son lot d’angoisses. Rarement un directeur général de la CAMEG n’a effectué sa mission sans que la fin de son contrat n’engendre des problèmes. Les crises se suivent et se ressemblent: la CAMEG est une boîte à problèmes. Le poste de DG est toujours au centre de toutes les crises. La dernière des crises, non encore résolue, est cette initiative du ministre de la Santé de nommer un nouveau DG à la place de Dr Jean Chrysostome Kadeba. Nommé sous la transition, le 26 décembre 2014 en remplacement du Dr Mahamoudou Compaoré nommé puis contesté par le personnel, le Dr Kadeba et son équipe autour du Conseil d’administration avaient déjà entamé avec le ministère la relecture des textes de la CAMEG.
Mais, ils sont nombreux ceux qui ne s’imaginaient pas qu’avec le Dr Jean Chrysostome Kadeba un ancien scénario se répéterait. Le ministère de la Santé a tenté de débarquer le DG contre l’avis du Conseil d’administration qui avait déjà renouvelé le mandat du DG pour trois ans. Le clash était devenu inévitable quand le Conseil d’administration s’est opposé aux décisions du ministre. Ce dernier persiste, le CA résiste au point que son président, Bocar Kouyaté, est limogé de son poste de conseiller du ministre, ce qui met fin de facto à son mandant au Conseil d’administration. C’est le branle-bas. Mais, le ministre est sur la sellette. D’abord, en éjectant le Conseil d’administration, il brandit des textes de la CAMEG datant de 1998 qui fixent le mandat des membres à 2 ans, des textes désuets, puisque modifiés depuis 2000 et faisant passer le mandat à trois ans. Mieux, le ministre écrit une lettre au DG en le mettant en position d’intérimaire pendant que ce dernier avait déjà vu son mandat prolongé de trois ans par les administrateurs. Et le ministre poursuit. La nomination des membres du nouveau CA s’est faite après que ces derniers se soient déjà réunis. Preuve qu’il y a de l’empressement. Il n’en fallait donc pas plus pour que le Conseil d’administration, par le DG lui-même dont le contrat a été écourté par le ministre et remplacé par un autre, traine le ministre devant les juridictions. Le ministère s’en est sorti perdant. Mais il ne s’avoue tout de même pas vaincu. Il déclare que cette décision du tribunal administratif ne saurait prévaloir aux décisions prises en Conseil des ministres. Mais le juge administratif a été clair: le ministre a outrepassé ses prérogatives.

Seul contre tous
Dans la foulée, le ministre de la santé fait créer une nouvelle CAMEG. La demande introduite au ministère en charge des libertés publiques autorise l’existence de la nouvelle CAMEG avec les mêmes adresses et les mêmes missions. La crise s’accentue. Il reste à se poser la question de savoir si les deux structures pourront cohabiter. Inévitablement, l’une laissera la place à l’autre. Mais comment ?

Jean De Baptiste OUEDRAOGO


Menace sur la gratuité des soins

C’est le syndicat des pharmaciens qui le dit: il y a une menace sur le système de gratuité des soins dans les formations sanitaires. « Le syndicat des pharmaciens prend à témoin le gouvernement et l’opinion publique sur les conséquences sanitaires désastreuses que pourraient entrainer les actes du ministre de la Santé. Le syndicat des pharmaciens tient le ministre pour responsable d’un éventuel échec de la politique de la gratuité des soins engagée par le gouvernement et le rejet aux calendes grecques de l’Assurance Maladie Universelle dont la CAMEG est le pilier central. En effet, nous constatons déjà une augmentation des ruptures de stocks de certains produits essentiels fournis par la centrale et dont la résolution devrait être une préoccupation prioritaire du ministre de la Santé.»
Historique de la CAMEG
Créée par décret n° 92-127/SAN-ASF du 21 mai 1992, la CAMEG a débuté effectivement ses activités en 1994 sous la forme d’un projet avec le statut d’Etablissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). Selon les termes de ce décret, la CAMEG a pour objet de:
– contribuer à la mise en œuvre de l’Initiative de Bamako au Burkina Faso
– mettre en circulation, les médicaments essentiels génériques, à des prix sociaux sur toute l’étendue du territoire
– garantir la disponibilité des médicaments essentiels génériques de qualité conformément à la réglementation nationale et internationale en vigueur.


Limogeage des DG, l’Etat toujours perdant

Le Directeur général et le Conseil d’administration ne sont pas les seuls qui s’opposent au « forcing » du ministère. Dans une déclaration, la Confédération générale des travailleurs du Burkina (CGT-B) émet aussi des inquiétudes. Pour la CGT-B, le ministre sera tenu pour seul responsable si la CAMEG venait à devoir dédommager le DG pour rupture abusive du contrat. Mais en réalité, payer des dommages-intérêts à un DG évincé ne sera pas nouveau pour la CAMEG. Depuis le premier directeur général, tous ceux qui se sont succédé ont intenté et gagné des procès contre l’Etat. Ainsi, le DG de 1993 à 1997, Potin Poda, avait gagné son procès contre l’Etat qui lui a payé des dommages-intérêts à hauteur de 39 millions de FCFA. Le second DG, Lazare Bansé, a aussi suivi les pas de son prédécesseur et a engrangé la somme de 69 millions de FCFA dans un procès contre l’Etat, puisque le ministre Bouda l’avait sommé aussi de quitter son poste de DG. Le dernier DG de l’ère Compaoré, Moussa Sanfo, de 2012 à 2014, a lui également poursuivi l’Etat pour avoir rompu abusivement son contrat. Lui a gagné des dommages et intérêts de 37 millions de FCFA. Et le tout venant du Trésor public. Au total, l‘Etat s’est toujours fourvoyé avec les contrats des DG de la CAMEG et a toujours payé des dommages et intérêts. Les trois directeurs ont engrangé environs 148 millions de FCFA de l’Etat. La CGT-B s’inquiète donc parce le DG Kadeba n’est pas loin à son tour d’intenter un procès si les tentatives du ministère de la Santé ne cessaient pas. Outre la CGT-B, le syndicat des pharmaciens est aussi monté au créneau. Il perçoit déjà des signes d’inquiétudes sur la chaine du médicament. En rencontrant le ministre sur le sujet, le syndicat des pharmaciens a invité ce dernier à s’abstenir de tout acte qui pourrait porter atteinte à la chaine d’approvisionnement. Puis est né le comité de crise suite à cette bagarre généralisée. Le comité lui interpelle le Premier ministre et le gouvernement sur les risques encourus du fait de la crise. Ledit comité ne se reconnait pas dans une nouvelle CAMEG. Le climat est plus qu’explosif du fait des agissements du ministre de la Santé qui tente le passage en force pour que s’installent «ses hommes» à la CAMEG. Jusqu’où ira le ministre Smaïla Ouédraogo dans ce bras de fer ?

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Numéro d'édition: 170

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