Travail dans les mines : Inspecteurs du travail et syndicats se concertent

• Plus de nationaux dans la phase d’exploration

• Un manque de personnel qualifié pour l’exploitation

• Accentuer la formation aux métiers des mines

 

Sur invitation de la Chambre des mines du Burkina, les inspecteurs du travail et les syndicats se sont réunis du 21 et 22 juin 2016 autour du thème: «L’organisation du travail dans le secteur minier». Cette formation est la première activité d’une série de formations que la Chambre des mines compte dispenser à plusieurs acteurs.
Pour le représentant de la Chambre des mines, Saidou Idé, la formation se justifie par le fait que le secteur minier occupe une place importante dans l’économie du Burkina Faso. Elle a créé environ 5.500 emplois dont 90% occupés par des nationaux. Cette croissance du secteur minier ne se fait pas sans difficulté.
Des conflits sociaux entre les mines et les communautés sont légion. Certains conflits se terminent devant l’administration en charge du travail. C’est la raison pour laquelle la Chambre des mines a souhaité cette formation pour que d’une part les représentants des travailleurs que sont les syndicats et l’administration en charge du travail comprennent la spécificité du travail dans les mines et d’autre part permettre à la Chambre des mines de comprendre comment travaillent les Inspecteurs de travail. «Si les conditions sont favorables, plusieurs autres mines vont s’installer», a conclu M. Idé. Pour Koudbi Sinaré, Secrétaire général du ministère de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale, cette activité répond à une préoccupation du ministère. Il a rappelé qu’en 2012, le ministère avait exprimé le besoin d’organiser des voyages d’études sur les sites miniers au profit des Inspecteurs du travail afin qu’ils comprennent le travail dans ce milieu dans le sens de mieux l’accompagner. Il a rappelé que le rôle principal de l’administration du travail est d’accompagner et de conseiller les employés et employeurs. Le règlement des conflits intervient si le dialogue n’a pas abouti.
Des communications ont été données au cours de la formation. On retiendra qu’en 1974, alors que le président français de l’époque, Georges Pompidou, déclarait que le Burkina (Haute Volta à l’époque) n’avait pas d’avenir minier, les premiers géologues burkinabè formés à l’extérieur et rentrés des études vont prouver le contraire dans la décennie 70. Les travaux de recherche entrepris ont permis de mettre en évidence d’importants gisements.
Le BUMIGEB qui a été créé en 1976 a également contribué à mettre en évidence des gisements. La plupart des sites miniers exploités de nos jours industriellement par des sociétés étrangères ont été découverts depuis les années 70 et 80. Sous la période révolutionnaire, la tentative d’organisation de la filière or n’a pas abouti. Vers la fin des années 90, on assiste à une baisse drastique du cours de l’or.
De grandes entreprises minières, les majors, au Burkina quittent le pays. Mais les petites entreprises qu’on appelle les juniors dont certaines sont animées par des Burkinabè vont continuer les travaux de recherche.
Elles ont eu raison de croire au potentiel minier, puisque certains juniors vont vendre leur permis à de grandes entreprises. C’est le cas de Orezone qui a vendu le permis d’Essakane à Iamgold. D’autres vont exploiter les gisements découverts comme Semafo à Mana. D’une société minière, à l’occurrence Poura dans les années 90, en 2016, le Burkina se retrouve avec une dizaine de mines industrielles en exploitation. Dans le domaine de l’emploi, le pays regorge de nombreux géologues utiles pour les activités de recherche.
Le manque de main-d’œuvre qualifiée se ressent dans les mines en exploitation. C’est une des raisons qui expliquent la présence de travailleurs expatriés sur le territoire national. C’est la preuve que la formation aux métiers des mines n’a pas suivi la même tendance que l’installation des mines dans le pays.
Revenant à la nature des conflits qui opposent les travailleurs aux sociétés minières, les participants ont reconnu que les textes qui réglementent le travail au Burkina présentent des insuffisances dans l’encadrement du travail dans les mines. D’abord, les mines sont implantées dans des localités éloignées des centres urbains.
Ensuite, la durée de vie d’une mine est limitée parce que les réserves sont épuisables. Enfin, les mines nécessitent de lourds investissements qu’il faut rentabiliser en peu de temps.

Elie KABORE


L’externalisation et le placement des employés

Dans les différentes interventions des inspecteurs du travail, on retient que la loi du travail au Burkina ne connait pas l’externalisation des emplois. La loi ne connait que le placement. Pourtant, l’externalisation est une pratique à la mode dans le secteur minier. C’est dire que les entreprises utilisent les agréments de placement pour faire de l’externalisation avec des abus dénoncés par des travailleurs lors des conflits de travail. Au regard de l’ampleur de la situation, la question de l’externalisation mérite donc être résolue par un texte.


La convention collective: une nécessité

La mine est un domaine spécifique et cela nécessite une organisation particulière de travail. Ainsi, on constate que tout le long du cycle minier, des postes de travail restent, tandis que d’autres disparaissent.
Au moment de l’exploration, les activités sont concentrées autour de la prospection, du forage, de l’évaluation du gisement, de l’environnement. On retrouvera en poste des prospecteurs, des foreurs, des déboiseurs, des techniciens en système d’information géographique, des géologues, des géophysiciens, des géochimistes.
Au moment de la construction, on retrouve des activités dans le forage, l’échantillonnage, les infrastructures de construction, les enquêtes publiques, les relations avec le gouvernement et les communautés, l’évaluation d’impact environnemental. On rencontre à ce stade des postes de topographe, d’ingénieur, de mécanicien, de machiniste, de géologue, d’ingénierie des mines.
En phase d’exploitation, on retrouve des activités de mise en service, d’extraction, broyage, coulage, transport. Les postes rencontrés sont de coordination de services (santé-sécurité, camp, restauration), des conducteurs d’engins, etc. Pour la période de fermeture, les activités se concentrent dans la mise hors service, le démontage des installations, le réaménagement du terrain et la remise en état du site, la surveillance du site. Pour cela, il faut des ingénieurs en génie civil, des ouvriers, des agronomes, des paysagistes.
Le travail au niveau de toutes ces phases de la mine se fait en continue. Cependant, on constate que malgré l’existence des textes internationaux et nationaux, les conflits de travail sont récurrents. Les revendications les plus récurrentes portent sur la durée du travail, les rotations, les heures supplémentaires. Tous les participants ont reconnu la nécessité d’adopter la convention collective sectorielle dont les négociations sont bloquées depuis 2013 pour minimiser les conflits de travail.

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Numéro d'édition: 164

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