STFL : Un nouveau pas sur le chemin de la privatisation

• L’Etat se débarrasse des travailleurs

• Rupture de contrat pour 58 employés

• Garantir une nouvelle virginité à la société

 

Le dossier de privatisation de la Société de transformation des fruits et légumes de Loumbila (STFL) vient de connaitre une nouvelle évolution. Le gouvernement, réuni en Conseil des ministres le 11 mai 2016, a décidé de la rupture des contrats de travail au sein de la société. Un rapport portant gestion de cette rupture des contrats a d’ailleurs été adopté.

Le «beau» projet de la STFL s’était donné pour objectif global la mise en place d’une usine pilote de transformation de la tomate et de la mangue en concentrés, d’une capacité respective de 250 et 240 tonnes par jour pour les deux produits. En 2015, la mise en œuvre du projet indiquait un taux d’installation des équipements à 70% contre seulement 24% pour la construction des infrastructures. (DR)

Le «beau» projet de la STFL s’était donné pour objectif global la mise en place d’une usine pilote de transformation de la tomate et de la mangue en concentrés, d’une capacité respective de 250 et 240 tonnes par jour pour les deux produits. En 2015, la mise en œuvre du projet indiquait un taux d’installation des équipements à 70% contre seulement 24% pour la construction des infrastructures. (DR)

C’est ce rapport qui est censé indiquer les détails et les conditions dans lesquelles ces employés seront remerciés. S’agit-il d’une rupture de l’ensemble des contrats ou seulement d’une compression qui va permettre de retenir le minimum du personnel? On le saura certainement dans les jours qui suivent, car le ministre en charge du dossier, c’est-à-dire celui de l’Industrie, a été instruit «de prendre les dispositions idoines pour le paiement des arriérés des salaires».
L’an passé, la STFL comptait au total 58 salariés. Le 10 juin 2015, ce personnel avait d’ailleurs organisé un sit-in devant le ministère de tutelle pour réclamer des impayés de salaires qui remontaient déjà à janvier 2015 en son temps. La masse salariale mensuelle brute du personnel (58 employés) s’élevait à plus de 20 millions de F CFA.
Le paiement régulier des salaires figurait parmi les nombreux problèmes auxquels est confrontée la STFL depuis sa création en 2009. Le démarrage de la phase de production, initialement prévu en 2014, n’a jamais eu lieu. Les travaux de construction de l’usine sont à l’arrêt depuis juin 2013.
La STFL est une société d’économie mixte à participation majoritaire de l’Etat qui détient 62,5% des actions. Le reste des 37,5% appartient à un partenaire privé qui s’appelle Crystal Trend Limited, une société privée de droit burkinabè.
Le coût initial du projet de la STFL, qui était de plus 8,1 milliards de F CFA, a été financé par la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) à travers les ressources de la ligne indienne (EximBank) à hauteur d’environ 7,5 milliards et par le gouvernement burkinabè pour une contrepartie nationale de près 528 millions de F CFA.
De l’avis de ceux qui ont côtoyé ce dossier, devenu maintenant un serpent de mer, le projet, malgré sa pertinence, a été mal conçu dès le départ. Par la suite, il a été mal conduit. Ce qui a entrainé des besoins financiers supplémentaires.
Entre 2010 et 2011, le coût initial du projet avait été réévalué à plus de 17 milliards F CFA au lieu de 8,1 au départ. A présent, le montant de 17 milliards est de nouveau largement dépassé. Rien qu’en 2014, le besoin de financement supplémentaire du projet était estimé à environ 6,5 milliards de F CFA. Un nouvel audit industriel et organisationnel est nécessaire pour actualiser ce chiffre.
C’est face à toutes ces difficultés que sous la transition la privatisation de la société a été décidée en Conseil des ministres le 9 septembre 2015.
C’est pour accélérer ce processus de privatisation que le gouvernement actuel a pris les récentes décisions.
En plus du paiement des salaires du personnel, le ministre de l’Industrie doit également, avec l’implication de l’actionnaire privé, procéder à l’apurement du passif de la société. Ensuite, il engagera des discussions avec la BIDC en vue de restructurer l’entreprise. C’est une façon de donner une nouvelle virginité à la société et de créer des conditions favorables à l’arrivée d’un repreneur privé.
Il est clair qu’aucun privé ne voudra s’engager dans une société qui est assise sur des dettes et qui doit payer un personnel en inactivité. Les dettes de la STFL ont été évaluées à environ 548 millions au 31 juillet 2015. Il avait été prévu qu’en 2016 le budget de l’Etat réserve plus de 552 millions au titre des charges de la STFL. Cela équivaut à environ 313 millions pour payer l’intégralité des salaires du personnel et 240 millions pour le nouvel audit. Toutes ces dépenses pour une société qui n’a encore rien produit et qui ne commercialise rien.
Il faut débarrasser la société des charges qui plombent la finalisation du projet et ouvrir la voie pour un investissement rentable. C’est la logique dans laquelle s’est inscrit le gouvernement.

Karim GADIAGA


Condamnée dès la naissance

Le problème de la STFL remonte à son origine. «Le projet a été conçu avec des tares et des imperfections. Et ceux qui ont été chargés dès les premiers moments de le mettre en œuvre ont commencé à modifier son schéma sans avoir les moyens de la nouvelle dimension qu’on lui donnait. Par ailleurs, ils n’ont pas tenu l’Etat régulièrement informé de la situation réelle», a indiqué une source suffisamment imprégnée du dossier.
«Les ressources financières débloquées par l’Etat au nom de la contrepartie nationale dans le projet ont été destinées à d’autres activités que les motifs réels pour lesquels elles étaient dégagées. Les missions et voyages des responsables, le recrutement continu de personnel depuis 2009 jusqu’en 2014, l’entretien de ce personnel et d’autres activités non planifiées dans l’architecture initiale ont absorbé les fonds destinés à la mise en œuvre du projet. Pour une société qui ne produisait pas et qui ne vendait pas, certaines attitudes de la Direction générale étaient suicidaires», ajoute notre source.
S’il faut aujourd’hui reprocher à la gérance son imprévoyance dans la conduite du projet et éventuellement des détournements de moyens financiers, le blâme pourrait également s’étendre à l’équipe de Conseil d’Administration qui a fermé les yeux sur les manquements.

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Numéro d'édition: 158

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