Ciment : La baisse des prix en pointillé

• Les cimentiers regardent les transporteurs

• Ils redoutent l’application de la charge à l’essieu

• L’importation du calcaire plus coûteuse en juin ?

 

L’annonce d’une baisse du prix du ciment ne se fera pas maintenant. Telle est la décision qui ressort de la concertation entre les membres de l’Association des cimentiers du Burkina (ACB). Le 26 avril dernier, le cadre de concertation tripartite sur les produits de grande consommation avait annoncé la réduction des prix de certains produits. Au total 14 produits étaient concernés par cette décision, dont le ciment. Toutefois, la baisse du prix du ciment devrait se faire après une concertation de l’ACB qui, d’un commun accord de ses membres, devrait déterminer le montant de la baisse. Cependant, rien n’est encore effectif. Et pour cause, la nouvelle réglementation de l’UEMOA sur le transport risque de bloquer les choses. En effet, le mois de juin va marquer l’entrée en vigueur du règlement 14 de l’UEMOA sur la charge à l’essieu. Cette réglementation est censée harmoniser les normes et les procédures de contrôle du gabarit, du poids et de la charge à l’essieu des véhicules lourds de transport de marchandises des Etats membres de l’Union. Elle vise surtout à lutter contre le surcharge et à preserver le reseau routier.

La baisse des prix du ciment ne se fera pas maintenant. L’Association des cimentiers observe d’abord la réaction des transporteurs face à la réglementation de la charge à l’essieu avant d’aviser. (DR)

La baisse des prix du ciment ne se fera pas maintenant. L’Association des cimentiers observe d’abord la réaction des transporteurs face à la réglementation de la charge à l’essieu avant d’aviser. (DR)

Ainsi, désormais, les véhicules qui chargeaient auparavant jusqu’à 40 tonnes dans les ports devront réduire le poids de la charge à 28 tonnes. Une bonne décision selon le président de l’ACB, Hippolyte Guingueré, mais qui n’est pas sans conséquence sur le coût du transport des marchandises.
Le Burkina Faso ne disposant pas pour le moment de la matière première rentrant dans le cadre de la fabrication du ciment, les usines sont obligées d’importer le calcaire. Ainsi, le coût du transport de la marchandise influe considérablement sur le prix du ciment. Selon les explications de Hippolyte Guingueré, avec la nouvelle décision de l’UEMOA, les transporteurs risquent de se rattraper en augmentant les prix des marchandises: «Bientôt les camions transportant 40 tonnes de marchandises devront réduire leurs charges et passer à 28 tonnes, soit une perte de 12 tonnes. Aujourd’hui, nous payons le transport de la marchandise à 34.500 FCFA la tonne. Les transporteurs devaient donc payer pour le transport de 40 tonnes de marchandises la somme de 1,38 million de F CFA. Avec 28 tonnes au compteur, cette somme passera de 1,38 million à 966.000 F CFA. Et pourtant, les frais de voyage des transporteurs s’élèvent à plus de 600.000 F CFA par voyage. Comment pourront-ils survivre dans ces conditions? Il est donc fort probable que les prix du transport des marchandises à la tonne augmentent afin qu’ils puissent rentrer dans leurs frais. C’est donc pour cela que nous avons décidé de suspendre pour le moment cette décision de réduction des prix du ciment. Nous attendons de voir la réaction des transporteurs face à la nouvelle mesure avant de décider si nous pouvons baisser ou si nous devons augmenter le prix du ciment. Nous dépendons tous de cette décision car chacun de nous importe la matière première entrant dans la fabrication du ciment». La décision de réduire ou non le prix du ciment dépendra donc de la réaction des transporteurs face à la nouvelle règlementation. Toutefois, des efforts sont faits à titre individuel au niveau des usines. On assiste donc à une guerre des prix. Certains ont concédé cette semaine une baisse de 2.000 F CFA sur le prix de la tonne de ciment, d’autres 1.000 francs.
À ce jour, la tonne de ciment de la qualité CPA 45 coûte environ 111.000 F CFA et le CPJ 35 à 100.000 francs la tonne. Des montants assez élevés que justifie le président de l’ACP par l’importation de la matière première: «Le coût du ciment baissera véritablement au Burkina Faso le jour où nous seront en mesure d’exploiter le calcaire sur place au lieu de l’importer.
Des études ont été menées et nous avons identifié des zones d’exploitation du calcaire. Cependant, les procédures pour lancer les permis d’exploitation n’avancent pas du tout. Au Mali, la tonne du ciment coûte 87.000 F CFA, pareil au Niger, car ces pays exploitent sur place la matière première.
Tant que nous n’en seront pas à ce stade, le ciment va toujours coûter cher. Nous pourrons faire des réductions de temps à autre, mais pas assez conséquentes. Et lorsqu’il y aura une variation du prix de l’essence ou du transport sur le marché, il est clair que cela va se répercuter sur nos prix. La solution au prix assez coûteux du ciment, c’est que le gouvernement règle le problème de l’exploitation du calcaire».
Germaine BIRBA


Le consommateur perdant

Le cadre de concertation tripartite depuis son Assemblée générale le 26 avril dernier à statuer sur le prix de certains produits de grande consommation. L’un des produits les plus attendus était le ciment.
Aujourd’hui, le prix du ciment et des matériaux de construction est un casse-tête pour la population. Mais à en croire les explications des uns et des autres, ce n’est pas demain la veille que le Burkinabè pourra payer le ciment moins cher comme dans les pays voisins. Et pour cause, le Burkina Faso n’exploite pas encore le calcaire, matière entrant dans la fabrication du clinker, produit de base du ciment. Toutefois, le pays dispose de sites où sont disponibles ces matières premières, mais les choses n’avancent pas comme il le faut. Actuellement se joue une gueguerre entre le gouvernement et les usines de production de ciment. Chacun revendique l’espace. Et dans cette guerre, c’est le consommateur qui subit les dommages, car obligé de payer au prix fort le ciment. La décision de l’UEMOA concernant la charge des transporteurs pourrait aggraver les choses car l’ACP n’exclut pas une possible augmentation des prix si les coûts du transport des marchandises à la tonne changent considérablement. Tout va donc se jouer au mois de juin.

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Numéro d'édition: 158

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