La rencontre prévue ce début mai s’annonce cruciale. Elle porte tous les espoirs des déblocages qui doivent permettre le démarrage des différents projets liés au chemin de fer. (DR)

Bolloré-PAM : La collaboration cherche son chemin

• Blocage dans la réhabilitation de la voie ferrée

• La Convention révisée pas encore signée

• Recherche de solutions en cours

 

L’attelage a du mal à se faire entre le Groupe Bolloré, concessionnaire du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou-Kaya à travers sa filiale SITARAIL, et la société minière Pan African Minerals (PAM), attributaire de l’exploitation du manganèse de Tambao. Compte tenu du fait que l’une a besoin de transporter son minerai jusqu’au port d’Abidjan et que l’autre offre pour cela une possibilité via le train, ces deux sociétés devraient en principe se retrouver dans un partenariat gagnant-gagnant profitable également aux Etats de Côte d’Ivoire et du Burkina. Mais sur la forme de la collaboration et des investissements nécessaires pour rendre effective cette collaboration, on peine à se mettre d’accord. Parmi les investissements, il y a notamment la «réhabilitation de la ligne ferrée Abidjan-Kaya» et le «prolongement de cette ligne jusqu’à Tambao».
Les atermoiements sur les projets ne sont pas seulement préjudiciables aux activités des deux opérateurs.
Les Etats de Côte d’Ivoire et du Burkina, parties prenantes aux différents accords qui engagent les deux sociétés, s’impatientent également de ne pas profiter des retombées des activités programmées.
C’est ainsi qu’ils souhaitent faire évoluer la situation en créant un climat de confiance entre Bolloré et PAM. Ce qui devrait donner un coup d’accélérateur aux différents projets.
A l’initiative des ministres chargés des Transports du Burkina et celui de la Côte d’Ivoire, une réunion de travail a eu lieu le 21 avril à Ouagadougou avec PAM. Gaoussou Touré (Côte d’Ivoire) et Souleymane Soulama (Burkina) ont pu rencontrer les premiers responsables de PAM, notamment le président du Groupe Frank Timis, présent pour l’occasion. A l’ouverture de la réunion, le ministre burkinabè a insisté sur «la nécessité de la réhabilitation urgente de la ligne Abidjan-Kaya et celle de son prolongement jusqu’à Tambao pour permettre l’évacuation du minerai de manganèse par le port d’Abidjan».
Des blocages à la signature des documents contractuels sont apparus alors que les négociations avaient déjà débouché sur des accords.
Le volet «réhabilitation du chemin de fer» est prévu dans le cadre de la nouvelle Convention de concession du chemin de fer Abidjan-Kaya, qui a une durée de 30 ans. Or, la signature de cette nouvelle Convention, initialement prévue le 17 mars 2016 entre l’Etat burkinabè et Bolloré, n’a finalement pas eu lieu. Ce rendez-vous a été manqué à cause des nouvelles préoccupations soulevées à la dernière minute par le Groupe Bolloré. A la surprise des autres partenaires, le concessionnaire du chemin de fer a proposé des réaménagements portant notamment sur le programme des investissements de la Convention déjà finalisée et paraphée. Par ailleurs, «Bolloré souhaite être rassuré sur le fait que la société PAM transportera effectivement le minerai de la mine de Tambao sur l’axe ferroviaire Kaya-Abidjan».
Face aux propositions de dernière minute, les experts de la Côte d’Ivoire et du Burkina avaient estimé, lors de leur réunion à la veille du 17 mars 2016, que le Groupe Bolloré «s’est inscrit dans des manœuvres dilatoires pour retarder la signature de la Convention de concession révisée et, surtout, son entrée en vigueur effective».
Résultat : le processus est resté bloqué jusque-là. C’est en cherchant à le relancer que cette réunion avec PAM été initiée le 21 avril dernier. Avec PAM, les ministres avaient deux sujets à discuter, à savoir «la stratégie de PAM pour le transport du manganèse jusqu’au port d’Abidjan» et «la relance du projet de construction par PAM du prolongement du chemin de fer jusqu’à Tambao».
Lors de cette réunion, Frank Timis, président du Groupe PAM, a pris deux importants engagements. La première, c’est la volonté de PAM «à procéder à la réouverture de la mine de Tambao dans les plus brefs délais». La deuxième, c’est celle de «transporter toute la production de la mine de Tambao jusqu’au port d’Abidjan par la ligne ferroviaire Abidjan-Kaya, selon la capacité disponible de celle-ci».
Le deuxième engagement est toutefois conditionné à «un accord préalable entre PAM et le Groupe Bolloré sous l’égide des Etats, définissant les conditions techniques, commerciales et tarifaires du transport du minerai par SITARAIL».
Le contenu de la «Convention révisée» de la concession du chemin de fer, pour lequel des négociations ont été entamées depuis 2014, avait abouti à un projet d’accord sous la transition au Burkina. Toutefois, l’on avait préféré attendre l’installation du régime démocratiquement élu pour apprécier le document et procéder à sa signature. C’est ainsi qu’à l’issue du Conseil des ministres du 17 février 2016, le gouvernement du président Roch Kaboré avait autorisé sa signature. Les parties avaient convenu de se rencontrer à Abidjan le 17 mars pour cette signature qui n’aura pas eu lieu finalement à cause de la préoccupation soulevée par Bolloré à la dernière minute.

Karim GADIAGA


 

Une nouvelle réunion début mai

La réunion du 21 avril 2016 entre les ministres des Transports et PAM a permis de recueillir les propositions de PAM par rapport aux préoccupations qui avaient été soulevées par le Groupe Bolloré à la veille du 17 mars 2016.
Conformément à la demande de PAM, toutes les parties, y compris Bolloré, vont se réunir à nouveau pour trouver un accord sur «les conditions techniques, commerciales et tarifaires du transport du minerai par SITARAIL».
Les parties ont convenu qu’une réunion convoquée par les Etats devrait se tenir dans la première semaine du mois de mai 2016. Cette réunion à venir devrait également «arrêter définitivement le rythme d’exécution du programme de réhabilitation de la ligne ferroviaire Abidjan-Kaya».
Quant au volet prolongement de la même ligne, Frank Timis a réaffirmé sa volonté de respecter ses engagements conformément à l’Accord de PPP signé en 2012 avec le Burkina.

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Numéro d'édition: 156

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