Les nouvelles réformes visent à lutter contre la fraude et à mieux organiser les importations de marchandises au profit de la chaîne du commerce. (DR)

Importations : La plateforme SYLVIE passe mal

• Des marchandises bloquées en douane

• Elles ne respectent pas les nouvelles règles

• Les commerçants demandent du temps

 

Depuis le 1er mars, la COTECNA a repris du service. Désormais, c’est à cette structure que les commerçants du Burkina Faso devront s’adresser pour le dédouanement de leurs marchandises. Cependant, les choses ne se passent pas comme il se devrait. Avec l’entrée en vigueur des nouvelles mesures du gouvernement sur la réforme des importations, des marchandises sont bloquées en douanes, parce que les propriétaires ont du mal à satisfaire aux exigences de la nouvelle réglementation: nouveaux critères de fixation des prix en fonction de la valeur des marchandises; obligation de détenir un numéro IFU, etc.
Ce sont, entre autres, les exigences de la mise en œuvre de la plateforme SYLVIE qui regroupe tous les documents rentrant dans le cadre de la procédure de dédouanement, et la COTECNA est chargée de la fixation des valeurs des marchandises en fonction de la facture d’achat. Pour ce faire, la structure s’appuie parfois sur ses différents démembrements dans le monde pour avoir la valeur réelle des marchandises quand elle juge celles-ci sous-évaluées.
Plus de favoritisme donc, tous les importateurs devront se plier à cette nouvelle règle qui a pour but de lutter contre la fraude, mais aussi de permettre le développement économique du pays.
Ces mesures permettront également de structurer le secteur de l’importation. Ainsi, dans chaque secteur d’activités, les rôles seront bien définis; importateurs, grossistes, détaillants, etc.
Mais ces nouvelles mesures ont du mal à passer du côté des commerçants qui, à travers le Syndicat national des commerçants du Burkina (SYNAT-COM-B), demandent au gouvernement une période d’assimilation.
Les commerçants estiment ne pas être encore prêts à affronter ces nouvelles règles, car ils ont été confrontés à de nombreuses difficultés ces dernières années. De plus, ils jugent n’avoir pas été assez sensibilisés et informés, comme l’expliquait Rock Nagalo, le secrétaire général du SYNAT-COM-B: «Beaucoup de commerçants ont été surpris, car il n’y a pas eu assez de sensibilisation et d’approche.
Ils ont besoin de temps pour se préparer et accepter que ces nouvelles mesures s’appliquent à tous. Il faut aussi que l’Etat se remette en cause et sache que le commerce a été émaillé de plusieurs difficultés ces dernières années. L’insécurité sur les axes routiers, les incendies à répétition, les pillages pendant l’insurrection, le coup d’Etat et bien d’autres. Beaucoup de commerçants ont fait faillite et de nombreux maux minent le secteur.
Le moment n’est pas opportun pour le gouvernement de prendre des mesures radicales. Il faut y aller progressivement. Nous sommes d’accord que ces mesures s’appliquent, car elles vont relancer l’économie.
Mais que ces mesures soient planifiées et non subites, car causant du tort à certaines entreprises. Nous rédigerons un plaidoyer afin que le gouvernement soit indulgent».
Déjà sur les marchés, ces nouvelles mesures se ressentent dans le panier de la ménagère. Certains commerçants ont déjà augmenté les prix de leurs marchandises pour avoir payé deux fois plus cher le dédouanement. C’est le cas de Salif Belem qui s’exprimait en ces termes: «Avec les nouvelles mesures de dédouanement, les choses sont plus compliquées.
C’est désormais la COTECNA qui fixe la valeur des marchandises, ce qui n’était pas le cas avant. Le coût du dédouanement est donc plus élevé. Pour pouvoir m’en sortir, je suis obligé d’augmenter les prix des marchandises au risque de ne pas rentrer dans mes fonds. Il faut que le gouvernement sache qu’avant, même sans la COTECNA, il y avait certains commerçants qui vendaient à perte.
Avec ces mesures, je ne sais pas comment ils vont s’en sortir. Une chose est sûre, c’est le consommateur qui va en subir les conséquences, car cela va se ressentir dans son panier». Tous attendent donc les jours à venir la réaction du gouvernement face à cette situation, surtout les consommateurs qui redoutent d’être ceux-là qui payeront le prix fort.

Germaine BIRBA


Une mesure équitable

Les nouvelles réformes du secteur de l’importation sont diversement appréciées. Certains y voient la fin de leurs avantages dans la gestion du dédouanement, d’autres la possibilité de faire de la concurrence équitable.
Le désir des commerçants est que cette nouvelle règle s’applique à tous, sans distinction. Pour éviter les dérives en ce qui concerne les prix, le SYNAT-COM-B a pour ambition la création d’une centrale des prix afin de permettre la fixation des prix réels en fonction de la valeur. Ce système permettra aux commerçants d’avoir les mêmes prix et sans possibilité de concurrence déloyale.
Avec ces nouvelles mesures, une réforme du secteur du commerce s’impose afin de reconnaitre à chaque commerçant une spécificité exacte. Le SYNAT-COM-B promet de s’y pencher afin que tous les commerçants participent au développement économique du pays.
Toutefois, son désir est que le gouvernement injecte aussi des fonds dans le commerce afin de le dynamiser et de permettre à ceux qui le désirent d’avoir des subventions pour se développer et permettre au secteur de prospérer.

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Numéro d'édition: 151

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