Régions

Flux financiers illicites : L’Afrique perd plus de 50 milliards de dollars par an

 

Chaque pays possède de la richesse. Quelle est cette richesse? Comment est-elle gérée? Où va-t-elle? Et comment suivre sa progression?
Pour répondre à toutes ces préoccupations, la fondation Reuters Thomson a mis en place le projet «Richesse des nations» basé sur le renforcement des capacités des journalistes africains. Financé par l’Agence du développement de la Norvège (NORAD), le programme met l’accent sur des formations en techniques d’enquête sur la fuite des capitaux en Afrique. La ville de Dakar a accueilli du 14 au 18 mars 2016 la formation 2016 de journalistes de l’Afrique francophones.
Qu’est-ce qui justifie la mise en œuvre de ce programme?
Selon les chiffres émanant de Global financial integrity (GFI), au cours des 50 dernières années, on estime que l’Afrique a perdu plus de 1.000 milliards de dollars du fait des Flux financiers illicites (FFI). Ce chiffre est à peu près l’équivalent de l’ensemble de l’aide publique au développement reçue par l’Afrique pendant la période.
Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, 2012), entre 1970 et 2008, l’Afrique aurait reçu 1.070 milliards de dollars au titre de l’aide publique au développement.
Actuellement, le GFI estime que l’Afrique perd plus de 50 milliards de dollars par an du fait des flux financiers illicites. Mais ces estimations sont peut-être très en deçà de la réalité, car il n’existe pas de données précises pour tous les pays africains.
Cette affirmation tient au fait que le plus souvent certaines formes de flux financiers, qui par nature sont secrets, ne peuvent être correctement estimées. Par exemple, les sommes résultant de la corruption et du trafic de drogues, de la traite des personnes et du trafic des armes à feu ne sont pas toujours connues. Les sommes perdues chaque année par l’Afrique du fait des FFI dépassent donc le chiffre de 50 milliards de dollars.

Surfacturation

Dans le rapport du Groupe de haut niveau sur les flux financiers illicites en provenance d’Afrique présidé par l’ancien président sud-africain, Thabo Mbéki, ces sorties de capitaux sont très préoccupantes étant donné l’insuffisance de la croissance, les niveaux élevés de pauvreté, les besoins en ressources et l’évolution défavorable de l’aide publique au développement.
Alors que les pays africains ont enregistré en moyenne une croissance d’environ 5% par an depuis une quinzaine d’années, ce taux de croissance économique est encourageant, mais insuffisant. Il est par exemple très inférieur à la croissance à deux chiffres qui a propulsé la transformation des économies dans certaines régions d’Asie. En outre, les avantages de cette croissance se limitent à la répartition des revenus au sommet, et ils ne s’accompagnent pas d’une création d’emplois.
Le groupe a relevé que la pauvreté reste très préoccupante en Afrique tant en termes absolus que relatifs. Le nombre d’Africains vivant avec moins de 1,25 dollar par jour serait passé de 290 millions en 1990 à 414 millions en 2010 d’après les chiffres des Nations-Unies (2013).
Cela tient au fait que l’accroissement de la population soit supérieur au nombre de personnes sortant de la pauvreté. De plus, le Produit intérieur brut (PIB) par habitant en Afrique était de l’ordre de 2.000 dollars en 2013, ce qui ne représente qu’un cinquième du niveau mondial selon le Fonds mondial international. Cette situation permet de mieux replacer dans son contexte le chiffre de 50 milliards de dollars par an de flux financiers illicites, soutient le rapport.
En conclusion, si l’Afrique lutte efficacement contre les flux financiers illicites, elle n’aurait plus besoin de prêter l’argent à l’étranger pour financer ses investissements, puisqu’elle doit rembourser par la suite ces prêts.
L’action de la fondation Reuters Thomson vise dont à mettre les journalistes au cœur de la lutte contre les flux financiers illicites en renforçant leurs capacités à enquêter, à apporter des éclaircissements, à stimuler et à susciter un débat public sur la question, d’où cette séance de formation.o

Elie KABORE


Trust Africa : un plaidoyer en cours sur la question

Briggs Bamba de l’ONG Trust Africa fait le constat selon lequel pendant que l’on parlait d’émergence de l’Afrique, l’aide publique au développement a connu une nette hausse. En même temps, on a assisté à un boom dans l’exploitation des ressources naturelles. Parallèlement, le nombre de conflits sur le continent a connu la même tendance haussière. La principale raison de cette situation est le non investissement de cette aide publique au développement sur le terrain, parce que plusieurs milliards de FCFA quittent illicitement le continent et les populations n’en profitent pas.
Cette fuite d’argent s’organise à travers 3 mécanismes. Primo, le commerce des grandes entreprises multinationales et internationales qui font fuir 65% des fonds. Pour étayer son propos, il a cité l’exemple de la surfacturation à l’exportation et de la sous-facturation à l’importation des produits afin de payer le moins possible de taxes et pouvoir sortir de manière légale l’argent du pays afin de le déposer dans un paradis fiscal. Secundo, les actions criminelles comme la vente de drogues, le trafic humain qui représentent 35% de ces flux illicites; et, tertio, la corruption qui engloutie 5% de ces fonds.
Face à ce constat, plusieurs actions ont été entreprises sans que les dirigeants africains ne prennent des mesures efficaces. D’où le changement de méthodologie qui a consisté à mettre en œuvre une campagne de plaidoyer.

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