Ecoulement de la tomate à Ouahigouya : Vite une usine de transformation

• Le règne des ghanéens

• Des prix bradés

• Une usine pour la transformation

 

Il ne se passe pas une nuit sans qu’on n’aperçoive des camions immatriculés au Ghana traverser Ouagadougou pour rallier le Nord du Burkina. Des caisses vides reviennent de cette partie du pays des Hommes intègres le lendemain chargées de tomates. A vue d’œil, les maraichers du Nord du Burkina font de bonnes affaires. Seulement, au contact de la réalité du terrain et selon les confidences de certains acteurs, ce n’est pas la grande joie. Selon Tidiane Sawadogo basé au barrage de Goinré à Ouahigouya, les camions aperçus dans la capitale ne s’arrêtent pas tous à Ouahigouya comme certains pourraient le penser. La plupart ont pour destination Thiou, une localité située à la frontière avec le Mali. Tidiane fait des pieds et des mains pour nouer des contacts avec les acheteurs ghanéens, mais pour l’heure, ce n’est pas une démarche payante, même si de temps en temps ces «sauveurs» complètent leurs camions à Ouahigouya. Travaillant sur un peu plus de 4 hectares, Tidiane arrive certes à tout écouler, mais pas à des prix intéressants. Selon ses confidences, le jour où les acheteurs ghanéens se décident à s’approvisionner à Ouahigouya, la caisse de tomates (environ 100 Kg) est cédée entre 15.000 et 20.000 FCFA. Le prix est-t-il imposé? Les vendeurs de tomates de Ouahigouya sont on ne peut plus clairs: «On n’a pas le choix. Comme on ne peut pas conserver nos productions pendant longtemps, on est souvent obligé de nous plier à leurs prix, même si ça ne nous arrange pas. L’essentiel est qu’on ne perde pas totalement». Tidiane est actuellement inquiet car sa deuxième phase de production est presque prête et point de demande du côté du Ghana. Il caresse l’espoir de voir ces acheteurs ghanéens s’intéresser à sa production sur les 4 hectares qui lui rapporte entre 4 et 5 millions de FCFA. Face à ce désintéressement des acheteurs ghanéens vis-à-vis des tomates de Ouahigouya, un autre producteur, Yacouba Sawadogo, a développé une autre initiative: s’attacher les services de «corsaires» (intermédiaires informels). Ces derniers, à leurs frais, se déplacent jusqu’à la frontière Burkina-Ghana pour convaincre des acheteurs ghanéens en partance pour le Nord du Burkina de s’arrêter se ravitailler à Ouahigouya. Si la médiation porte fruit, ces intermédiaires ont une ristourne de 2.500 FCFA sur chaque caisse vendue. De l’avis de Yacouba Sawadogo, si un camion ghanéen se décide à acheter la tomate à Ouahigouya, il ne prend pas moins de 200 caisses. Du coup l’intermédiaire peut s’en sortir, pour un seul camion avec la somme de 500.000 FCFA. Un bon business, dirait l’autre.
Seulement, le prix de la caisse est en chute actuellement. Il passe de 15.000 FCFA à 7.500 FCFA, soit une baisse de 50%. La loi de l’acheteur ghanéen est en marche. Et comme c’est une période de forte production, le vendeur est obligé d’accepter cette offre au risque de voir ses tomates pourrir. Il faut donc écouler rapidement. Et lorsque vient la période de rareté de la tomate, le producteur se frotte les mains car le prix de la caisse peut aller jusqu’à 80.000 FCFA. Et cela se passe généralement au mois d’octobre. A cette période, Yacouba avoue empocher 5 à 6 millions à l’hectare. Et si la période est comme celle qui prévaut actuellement, il ne peut espérer gagner plus de 700.000 F CFA à l’hectare.

Alexandre Le Grand ROUAMBA


Quel est le secret de Thiou pour attirer autant d’acheteurs ghanéens?

Yacouba Sawadogo explique: «Les producteurs Thiou sont mieux organisés et ont une bonne politique». Et d’ajouter: «La région de Thiou est une zone de culture de la tomate». L’amertume de Yacouba Sawadogo est plus grande quand il déclare: «De là, nous pouvons apprendre que la caisse se vend à 100.000 F CFA à Thiou alors qu’on nous l’achète ici à Ouahigouya entre 30.000 et 40.000 FCFA. Ça fait mal au cœur», conclut-il. A écouter les producteurs de tomates, une usine de transformation de tomates avait été promise. Un projet qui avait donc suscité beaucoup d’espoir au sein des producteurs. Les années se succèdent et se ressemblent: point d’usine! Le cri du cœur des producteurs est strident. Vite cette usine qui va booster leur activité pour le bonheur de l’économie burkinabè.

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Numéro d'édition: 150

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