La finalité, dira le Premier ministre, est de «réhabiliter et de transformer les universités publiques jusqu’ici délaissées, pour en faire des centres d’excellence...» (DR)

Promesses de Paul Kaba Thiéba aux étudiants

• Accueillies avec satisfaction par les uns

• «Démagogiques» pour les autres

• «20.000 places pour près de 70.000 étudiants»

 

Le Premier ministre burkinabè, Paul Kaba Thiéba, est en total accord avec les étudiants lorsqu’il affirme que : «L’enseignement supérieur public est en crise au Burkina Faso». Cet aveu «d’impuissance» du chef du gouvernement a été porté à la connaissance des élus nationaux le 5 février 2016 à l’occasion de sa Déclaration de politique générale (DPG). Même éloigné du «temple du savoir» depuis l’obtention de sa maîtrise en Gestion des entreprises à l’Université de Ouagadougou en juin 1983, Paul Kaba Thiéba connait parfaitement les maux qui minent le bon fonctionnement des universités publiques du Burkina Faso.
D’après lui, ces problèmes sont : «Les retards accumulés au niveau des années académiques, les grèves récurrentes des étudiants et des enseignants, ainsi que les tensions permanentes sur le campus, l’insuffisance des infrastructures pédagogiques et celle des infrastructures universitaires (amphithéâtres, cités, restaurants, couverture sanitaire, transport), le manque de ressources humaines et financières, l’inadaptation des programmes et, enfin, le nombre élevé d’étudiants diplômés sans emploi». Comme bâton magique pour redorer l’image de nos universités publiques et faire en sorte que ces entraves relèvent du passé, le chef du gouvernement a égrené un chapelet de solutions pour les cinq ans à venir. Il s’agit de la construction d’amphithéâtres, de bâtiments pédagogiques, de laboratoires, de bibliothèques, de cités universitaires, de l’accès à l’internet et de la subvention d’ordinateurs pour les étudiants.
Certaines de ces mesures «fortes» de Paul Kaba Thiéba entreront en vigueur dès cette année 2016. La finalité, dira le Premier ministre, est de «réhabiliter et de transformer les universités publiques jusqu’ici délaissées, pour en faire des centres d’excellence, des pépinières d’élites et de cadres dont les compétences sont adaptées aux besoins de l’économie et de la recherche scientifique». Mais toutes ces promesses n’atteindront leurs objectifs que si les premiers acteurs que sont les étudiants les soutiennent. Ceux-ci, rencontrés au lendemain de la DPG, soulignent, pour certains, que ces promesses sont «la bienvenue»; tandis que pour d’autres, elles sont tout simplement «démagogiques». Yves Roland T. Ségada, étudiant en 3e année d’Anglais, et Hassanata Sawadogo, étudiante en 1re année de Sociologie, de l’université de Ouaga I Joseph Ki-Zerbo, accueillent avec beaucoup de joie la construction d’amphithéâtres. Pour eux, ces promesses vont permettre de désengorger les effectifs pléthoriques d’étudiants dans les salles de cours. Hassanata Sawadogo demande toutefois au gouvernement de ternir sa promesse. Safiata Kaboré, étudiante en Psychologie, 2e année, est moins enthousiaste sur ces annonces gouvernementales. «Si on prend rien que les 10 amphithéâtres de 500 places promis en 2016, cela nous donne 5.000 places assises.
Pendant ce temps, l’université Joseph ki-Zerbo seulement accueille chaque année près de 20.000 étudiants. Vous voyez qu’il n’y a pas de doute qu’avec de telles promesses le gouvernement actuel n’arrivera pas à combler le manque des salles de cours», se désole Safiata Kaboré. Elle préconise que les décideurs politiques optent plutôt pour des amphithéâtres de 3.000 à 5.000 places assises. Zackarie Kaboré, étudiant à l’UFR/SEA, se demande où est-ce que le gouvernement va trouver l’argent et les terrains au sein de l’université Joseph Ki-Zerbo pour la construction de ces amphithéâtres promis ? Pour Derbo Combary, étudiant à l’UFR/SEA, ces promesses sont «purement politiques».
Il justifie sa position par le fait que les trois amphithéâtres actuellement en construction au sein de l’université Joseph Ki-Zerbo depuis 2013 ne sont pas encore terminés que déjà le gouvernement annonce la construction d’autres amphithéâtres. Ce constat amène Derbo Combary à dire que «la construction de 10 amphithéâtres en 2016 par le gouvernement est utopique». Il a tenu à rappeler au Premier ministre les chiffres actuels à l’université Joseph Ki- Zerbo qui sont de «près de 20.000 places assises pour près de 70.000 étudiants».
Bertin Tiendrébéogo, étudiant en 3e année Sociologie, note qu’au-delà de la promesse, le gouvernement doit savoir que «la construction de nouveaux amphithéâtres est plus qu’une nécessité aujourd’hui». Mieux, il soutient que «la non-concrétisation de ces promesses va entacher la crédibilité du chef du gouvernement, Paul Kaba Théiba».
Mais une chose sur laquelle tous nos interlocuteurs se rejoignent est qu’au-delà des amphithéâtres, l’université Joseph Ki- Zerbo fait face à un sérieux problème d’enseignants, de manque d’ordinateurs et de connexion pour les étudiants, de manque de nouvelles cités universitaires pour l’hebergement.
Ils demandent également la suppression «pure et simple» du système Licence-Master-Doctorant (LMD), l’amélioration des menus servis au restaurant, l’augmentation des bourses d’études, des aides, etc.

ACS


Les promesses de Paul Kaba Tiéba

– Création dès 2016 d’une université virtuelle
– La mise en place de 13 espaces numériques ouverts qui y seront connectés grâce à la technologie de l’internet à haut débit
– La subvention à concurrence de 40% d’acquisition du premier ordinateur pour les étudiants du cycle de licence
– La construction de 26 amphithéâtres de 500 places dont 10 en 2016
– La construction de 46 bâtiments pédagogiques dont 12 en 2016
– La construction de 24 laboratoires dont 5 en 2016
– La construction de 7 bibliothèques de 1.000 places dont 2 en 2016
– La construction d’une bibliothèque virtuelle
– La construction de 6 cités universitaires de 4.000 lits dont 2 en 2016
– Les travaux de construction de l’université Ouaga 2 sise à Gonsé seront accélérés et finalisés en 2016.


8.708 places assises pour 28.228 étudiants

Selon des documents officiels fournis par le service communication de l’Université de Ouaga I Joseph Ki-Zerbo (sans les nouveaux amphithéâtres et les nouvelles salles de cours), on note que l’ensemble des amphithéâtres construits depuis la création de l’université font une capacité de 8.709 places assises. L’UFR/LAC compte au total 1.102 places assises, l’UFR/SDS : 989 places assises, l’UFR/SEA : 470 places assises, l’UFR/SEG : 654 places assises, l’UFR/SH : 966 places assises, l’UFR/SJP : 2.055 places assises, l’UFR/SVT : 948 places assises, les salles de l’IBAM : 948 places assises, les salles de l’ISSP : 270 places assises, soit au total 16.602 places assises. Pour l’année académique 2011- 2012, l’université Joseph Ki-Zerbo enregistrait 28.228 étudiants pour 500 enseignants permanents.

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Numéro d'édition: 146

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