Une fois dans la salle, ils ont vidé leurs chargeurs sur les clients en ciblant les personnes à la peau blanche. Ils sont ressortis pour mettre le feu à des voitures garées au dehors avant de revenir au Capuccino où les tirs ont continué. (DR)

Sécurité privée: la menace terroriste réveille l’activité

Harouna Nikiéma est le président du Conseil national des professionnels des activités privées de sécurité et sûreté (CNPASS). Il est le responsable du groupe BBS holding, avec des filiales dans la sécurité privée, l’incendie et le convoyage de fonds. Avec lui, l’Economiste du Faso évoque les effets possibles de la menace terroriste sur le secteur de la sécurité.

– L’Economiste du Faso: Quel est l’objectif du Conseil national des professionnels des activités de sécurité et de sûreté (CNPASS) ?
Harouna Nikiéma, président du CNPASS: Le conseil national a une vingtaine de membres et regroupe plusieurs acteurs de la sécurité.
A la différence des autres associations qui n’ont que le gardiennage, nous avons fédéré la branche des fabricants de clés, de tampons, le gardiennage, le transport de fonds, la sécurité incendie ainsi que les écoles de sécurité, la sécurité informatique et l’intelligence économique, la sûreté aéroportuaire et les responsables sécurité de certaines grosses entreprises (banques, mines, etc.).
L’objectif du CNPASS est de permettre de rassembler les acteurs du secteur et d’être proactif en termes de propositions, pour assurer au mieux nos missions auprès des clients, du gouvernement, et envisager des partenariats avec d’autres syndicats patronaux dans la sous-région.

-Les Burkinabè ont-ils intégré l’aspect sécurité dans leur vie ?
Par la force des choses, je dirais oui. Les premières sociétés de gardiennage au Burkina datent quand même des années 70 et, jusqu’à une date très récente, on n’avait que cette caricature du gardien posté devant une entrée. Ce gardien-là, on se disait qu’il n’avait pas besoin de formation, car il était là juste de façon dissuasive. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas avec l’insécurité grandissante.
La définition d’un gardien, aujourd’hui, c’est un professionnel qui a été formé dans le métier de la sécurité privée, qui doit être doté d’une carte professionnelle, ou formé dans une école professionnelle.
Vous savez que depuis peu, des écoles de formation ont été agréées. Pour avoir le statut d’agent de sécurité, il faut être employé par une société agréée dans ce secteur.
– Ça, c’est la théorie. Dans la pratique beaucoup de gardiens ou de vigiles sont encore sans formation spécialisée, ne parlent pas français et dorment devant les domiciles.
Malheureusement, vous avez raison. C’est un combat que nous menons. Il y a une grande majorité d’agents dits de sécurité qui ne sont pas formés. Si on veut être strict, la définition appropriée c’est de parler de vigiles plutôt que d’agents de sécurité. Le problème ce n’est pas ces gens en quête d’emploi, c’est le fait qu’il y a beaucoup d’arrivistes qui sont dans le secteur, qui veulent profiter du boom de la sécurité et, du coup, on est en face de vendeurs d’illusions quelquefois qui viennent de loin. Ils se présentent ici comme des experts ou des spécialistes dans telle ou telle discipline.

– Comment assainir alors ce secteur, le nettoyer de ces vendeurs d’illusions et de ces arrivistes dont vous parlez ?
C’est une perte d’argent pour les clients et il y va de l’intérêt du pays que ce secteur soit assaini. La sécurité, c’est un tout. Si les investisseurs constatent que la sécurité minimale n’existe pas à travers des structures professionnelles de sécurité privée, ils ne restent pas, parce qu’ils ont des infrastructures et des personnels à protéger.
Les acteurs privés de sécurité sont au plus près de ces investisseurs-là et c’est bon à savoir, parce que tout le monde ne le sait pas. La solution doit venir des donneurs d’ordre et surtout des politiques. Le ministère de tutelle doit prendre ses responsabilités vis-à-vis de certaines sociétés. On compte plus d’un millier de sociétés de sécurité privée dans notre pays. Le nombre exact n’est pas connu en réalité.
Parce que n’importe qui peut en créer du jour au lendemain. Il y a un toilettage à faire de ce côté-là. Ensuite, les donneurs d’ordre doivent être conséquents avec eux-mêmes. Avec le ministère, on avait convenu d’un minimum de 75.000 F CFA par agent, tout compris. Mais certains ministères qui sont parties prenantes aux décisions gouvernementales ne respectent pas cela. Le ministère doit suivre les appels d’offres dans ce secteur, que les donneurs d’ordre soient plus exigeants.
Finalement, je pense qu’il faut que l’on tende vers la certification des entreprises afin de faire la part des choses en termes de qualité de services.

– Le 15 janvier dernier, Ouagadougou a été victime d’attentats. En tant que professionnel de la sécurité et plus proche des gens, cela vous interpelle-t-il ?
Nous sommes interpelés en tant que professionnels. Il y a une forte demande du marché actuellement. Ce qui est normal parce que les forces de sécurité et de défense ne peuvent pas tout faire.
Mais il y a le fait que les effectifs ne peuvent plus suivre. Le phénomène actuel, c’est que certaines sociétés recrutent à tour de bras. On crée une nouvelle forme d’insécurité pour ces agents eux-mêmes. Ils ne sont pas formés, ne connaissent pas la lutte contre le terrorisme, comment détecter des suspects. En cas d’attentat, ils sont eux-mêmes exposés.
En plus, le problème que pose la menace actuelle, c’est l’équipement des agents de sécurité. Il faut un kit minimum: gilet par balles, détecteur de métaux et contact radio sur des sites dits sensibles, et une équipe d’intervention disponible en cas de besoin. On est obligé de s’équiper, c’est un minimum vital pour l’agent qu’on affecte sur ces lieux. La menace a changé de camp.
Mais il ne faut pas voir uniquement la sécurité physique, il y a la surveillance vidéo aussi. Nous avons des membres dans ce secteur qui doivent pouvoir répondre efficacement à cette menace en termes de collecte d’informations et de prévention de certains délits ou crimes.
La technologie s’est adaptée à ce niveau, surtout en termes de détection de matériaux explosifs. On tend aujourd’hui vers la jonction entre cette sécurité physique et la sécurité électronique.

– Vous avez tantôt parlé d’explosion de la demande en termes de sécurisation, faut-il s’attendre à ce que vos prestations aussi flambent ?
Vous savez, la décennie qui vient sera celle de la sécurité dans nos pays. La demande étant forte, effectivement, on peut s’attendre à ce que les prix des prestations soient revus au vu des nouvelles exigences du terrain : des gens mieux formés et équipés.
Ce sera la loi de l’offre et de la demande. Mais, c’est une opportunité pour les clients qui veulent vraiment de la vraie sécurité de se donner les moyens de l’avoir. Ils vont élever leur niveau d’exigences et c’est normal qu’en retour, ils acceptent d’en payer le prix.
Pour les prestataires que nous sommes, c’est une motivation et une occasion de montrer notre savoir-faire.

– Quels sont les secteurs qui recourent le plus à vos structures ?
C’est un peu tous les secteurs. Cela va du particulier à la petite entreprise jusqu’à la très grande. Que ce soit les banques, les mines, les industries, les équipements marchands, etc.

– Quel est le niveau de coopération entre vos structures et la police en cas de menace ?
Nous, notre rôle c’est d’assurer la surveillance des lieux et des biens, et nos agents sont tenus d’alerter leurs supérieurs ou les forces de l’ordre en cas d’incident.
A ma connaissance, on n’a pas encore de protocole d’intervention avec le ministère de la Sécurité qui permette que nous soyons aux côtés des forces de sécurité. S’il y a une attaque terroriste, c’est s’échapper, se cacher et alerter. C’est le b.a-ba que nous inculquons à nos agents. Il ne faut pas jouer au Rambo. En s’échappant, l’agent peut également s’enfuir avec des personnes qui étaient avec lui pour les mettre à l’abri et alerter très rapidement les forces de sécurité sur les numéros verts.

– Mais on voit des sociétés de gardiennage avec des équipes d’intervention. A quoi servent-elles ?
Là, nous quittons le terrorisme pour dire qu’en temps normal, si ces équipes sont sollicitées et qu’elles arrivent sur les lieux, c’est pour les sécuriser en attendant l’arrivée des forces de l’ordre auxquelles elles donnent les infos sur la situation qui prévaut. C’est tout.
– Pour conclure…
A tous les acteurs de la sécurité privée, je lance un appel pour que nous nous retrouvons autour d’une table pour échanger sur les nouveaux défis. Il s’agit pour nous de réfléchir et de faire des propositions au gouvernement et à ceux qui louent nos services.
Du fabricant de clés au fabricant tampons en passant par les sociétés de gardiennage, de sécurité électronique, etc., nous devons être en alerte parce que la chaine de sécurité commence par nous.
Aux investisseurs, je leur demande de garder confiance car le gouvernement a pris toutes les dispositions pour sécuriser le pays et leurs investissements, et nous y contribuons également au quotidien.

FW


Mettre de l’ordre dans les appels d’offres

Selon le président du CNPASS, il faut un autre esprit au niveau des donneurs d’ordre si l’on veut assainir le marché de la sécurité afin qu’il reste entre les mains de vrais professionnels.
En principe, précise-t-il , les donneurs d’ordre doivent passer par des cabinets spécialisés qui connaissent bien le secteur et qui vont montrer l’offre et le cahier des charges en tenant compte des normes appropriées de sécurité. Ce travail permet de préciser les niveaux d’exigences de sécurité, mais aussi de tamiser déjà à la base les agences de sécurité qui soumissionnent.

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Numéro d'édition: 146

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