Les taxi-motos contribuent à la sensibilisation en affichant les numéros utiles en derrière. (DR)

Numéros verts : Que d’abus !

• 80% de plaisantins

• Le 16 difficilement accessible

• Besoin d’hommes et de matériels

 

Par ces temps qui courent, les numéros verts de la sécurité sont diffusés à tous endroits afin de permettre aux populations de s’en servir en cas de besoin d’interventions. Il y a 4 options: la police nationale de Ouagadougou peut être jointe au 17, la gendarmerie nationale répond au 16, la police municipale de Ouagadougou répond au 80 00 11 03 et le centre de veille de la sécurité est au 10 10.
Ces numéros verts sont-ils toujours vraiment au vert? L’Economiste du Faso a tenté de vérifier l’accessibilité de ces importants contacts, mais a connu des fortunes diverses dans sa tentative. Si le numéro du centre de veille (le 10 10) a tout de suite décroché après avoir prévenu en 3 langues (français, mooré et dioula) que le correspondant est en contact avec la sécurité, cela n’a pas été du tout le cas pour le numéro vert de la gendarmerie nationale. Bonne tonalité, pas de réponse! Idem pour le 16 que nous avons tenté de joindre par 4 fois en 20 mn.
Nous avons eu plus de chance au numéro vert de la police municipale (80 00 11 03) où nous avons été décrochés dès le premier coup. A la police nationale (le 17), après trois fois un «Vous êtes en liaison avec la police, veuillez patienter», nous avons fini par rentrer en contact avec un interlocuteur.
Après des échanges avec les différents responsables de la gestion de ces numéros verts, ils disent être confrontés à des situations qui peuvent démotiver. Fort heureusement, au nom de leur engagement, ils ne s’attardent pas sur les difficultés qui se dressent devant eux. Au contraire, ils font ce qu’ils peuvent pour répondre aux attentes de la population. Seulement, il y en a qui utilisent ces numéros d’urgence soit pour plaisanter, soit pour proférer des injures. A la police municipale, il nous revient que des vendeurs de téléphones portables recourent automatiquement à son numéro vert pour tester le nouveau portable mis en vente, étant donné que l’appel y est gratuit. Témoignage d’un policier municipal: «Nous faisons face à toutes sortes d’appels: il y en a qui nous appelle pour nous injurier. A côté d’eux, il y a ceux-là qui ne sont pas patients. Parfois, nous pouvons nous retrouver devant dix interventions à effectuer, alors que nous n’avons que deux équipes. Que faire ? Quand, face à cette situation indépendante de notre volonté, nous demandons aux requérants de patienter, ils ne comprennent pas souvent. Mais, compte tenu de la modicité de nos moyens, on n’a pas de solution devant ces genres de situations», lâche-t-il avec amertume. Cette situation décrite révèle à souhait la limite des effectifs et des moyens, surtout que la situation d’insécurité s’aggrave de jour en jour. La capitale ne peut donc pas être couverte tant par la police municipale que par les autres sections.
Les gestionnaires du numéro vert de la police nationale ne sont pas au bout de leur peine face à la fréquence des appels de complaisance sur le 17. «Il est clair, dès la sonnerie du téléphone, il est impossible de savoir à l’avance que ledit appel est sérieux ou pas. On ne peut que décrocher», nous confie notre interlocuteur qui ajoute : «Dans la journée, nous ne pouvons pas compter le nombre d’appels de plaisantins. Plus de 80% sont des plaisantins. Certains se plaisent à nous insulter, tandis que d’autres ignorent même que c’est la sécurité. Parmi eux, certains pensent que le numéro est celui de leur opérateur de téléphone mobile et ils veulent des services. Il y en a qui croient que c’est une adresse de prostituées ou de pédophiles». Si parmi eux, il y a des ignorants, il y en a qui sont conscients que ce sont les forces de sécurité et qui décident délibérément de jouer à la provocation et passent souvent à des menaces. Malgré tout cela, les gestionnaires restent stoïques: «Nous décrochons tous les appels. C’est nous qui décidons d’interrompre la communication lorsque nous sentons que c’est un plaisantin, afin de libérer la ligne pour ceux qui en ont véritablement besoin». C’est l’une des raisons de l’occupation fréquente de ce numéro vert, mais cette raison n’explique pas tout.
Ce comportement irresponsable complique donc la tâche de nos forces de sécurité. Et dire que certains correspondants vont jusqu’à croire que le 17 donne sur le «Commissariat de Tampy», le feuilleton tant prisé du public ouagalais. Un policier nous confie que «dès que le téléphone est décroché », on peut entendre des phrases : «C’est Mouna ou encore c’est Oyou ? (NDLR personnages principaux de la série-télé)».
S’il est vrai que les appels de plaisantins pullulent, il y a aussi que les agents de sécurité peinent à répondre aux différentes sollicitations. Le numéro vert n’est qu’un centre de veille qui est chargé d’alerter les patrouilles dans l’arrondissement le plus proche du lieu de l’incident décrit. La police explique: «Nous n’avons pas d’équipes sur place ici pour intervenir. Après avoir noté tous les renseignements du requérant, nous entrons en contact avec la patrouille de la gendarmerie ou de la police la plus proche pour lui donner les indications nécessaires».
Il est heureux de savoir que certains requérants rappellent les numéros verts pour les encourager et les remercier pour la «promptitude dans les interventions». Toute chose qui requinque le moral de ceux qui sont à l’autre bout du fil.

Alexandre Le Grand ROUAMBA


Les limites de la police municipale

Des informations font état du fait que le numéro vert de la gendarmerie, le 16, balance certains appels vers d’autres numéros verts. Seulement, pour le cas de la police municipale, il y a des situations devant lesquelles elle ne peut pas, dit-elle, car «ça sort de nos prérogatives et ça nous cause un souci. Si par exemple la police nationale dit à un requérant de nous appeler et après explications nous voyons que ça sort de nos prérogatives, ce dernier pense que nous ne voulons pas intervenir, que nous ne voulons pas nous occuper de son problème. Dans le cas par exemple de quelqu’un qui détient une arme blanche, la police municipale ne peut pas intervenir parce que ça sort de ses prérogatives. Souvent, on les outrepasse pour le faire, mais si un jour il y a un problème, qui répond?» Question !

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Numéro d'édition: 145

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