Selon Pierre Zoungrana, président de l’Association professionnelle des hôteliers et restaurateurs du Burkina, il n’y aura plus de laxisme dans les contrôles des identités des clients et visiteurs des hôtels. (MK)

Hôtels : «La sécurité sera renforcée» dixit Pierre Zoungrana

• Les visiteurs seront identifiés et fouillés

• Le plan de l’hôtel Splendid remis à la police deux jours avant l’attaque

Les attaques terroristes du 15 janvier 2016 viennent porter un coup dur au secteur de la restauration et de l’hôtellerie du Burkina Faso. Plusieurs rencontres ont eu lieu ces derniers jours entre le gouvernement et les hôteliers, afin de mettre en place des dispositifs sécuritaires dans les hôtels. L’Economiste du Faso a tendu notre micro au président de l’Association professionnelle des hôteliers et restaurateurs du Burkina Faso, Pierre Célestin Zoungrana, afin qu’il nous donne des détails sur les mesures adopter d’un commun accord avec le gouvernement.

– L’Economiste du Faso: Quelles sont les dispositifs sécuritaires que les hôteliers ont adoptés pour parer à d’éventuels attaques terroristes ?
Pierre Zoungrana: Après les attaques terroristes du 15 janvier dernier, les hôteliers ont eu plusieurs concertations avec les membres du gouvernement afin de trouver des solutions sécuritaires idoines. De la rencontre avec les membres du gouvernement, il a été arrêté que les autorités assureront la sécurité de nos structures en plaçant des agents de force de l’ordre dans les hôtels.
Il y’aura désormais, une sécurité visible et invisible dans les différents hôtels. Les hôteliers se sont aussi engagés à enregistrer tous les clients et scanner toutes leurs identités. Toutes ces informations identitaires seront transmises à la police le jour même. Nous allons également procéder à des fouilles corporelles et mettre en place des détecteurs de métaux. Les visiteurs seront identifiés et fouiller avant l’accès dans nos espaces.
Une cellule de communication sera bientôt mise en place pour informer tout le monde des nouvelles mesures mises en place. Il n’y aura plus de laxisme pour les clients et visiteurs de nos hôtels. Tout ceci est dans le but de rassurer tout le monde quant à la sécurité effective dans les hôtels au Burkina Faso. Bien évidemment, les coûts pour mettre en place un dispositif de sécurité ne sont pas à la portée de tous. Je prends l’exemple des scanner qui reviennent à plus de 40 millions en hors taxe. Ce n’est pas une chose évidente. Ainsi, nous demandons à l’Etat si possible une subvention ou qu’il enlève les taxes sur ces outils pour que nous puissions les acquérir.
Malgré la période difficile que nous traversons, nous allons faire des efforts supplémentaires. Doubler les vigiles, et redoubler de vigilance. Certaines catégories d’hôtels rechignent de faire l’identification de leurs clients. Ce ne sont que quelques brebis galeuses qui d’un commun accord avec les clients eux même réfutent cette mesures. Toutefois, ils devront se plier aux règles, personne ne veut prendre de risque maintenant. Cela y va de notre sécurité à tous.

– Avant les attaques du 15 janvier dernier, quel était l’état du dispositif sécuritaire dans les hôtels du pays ?
Il y’avait de la sécurité certes. Mais nous n’étions pas préparer pour une attaque aussi barbare. Avant ces attaques, plusieurs fois la police des hôtels est passée dans les hôtels pour des inspections et pour se rassurer que tout allait bien. Elle nous a même demandé tous les plans des hôtels.
Celui de l’hôtel Splendid a été remis deux jours avant l’attaque. S’il n’avait pas eu ce plan, les services de sécurité allaient avoir du mal à intervenir pour la libération des otages. Il y’avait donc des prémices qui nous indiquaient que les choses étaient délicates. Toutefois, nous ne pouvions pas mesurer l’ampleur. La barbarie de cette attaque était telle que nous avons même oublier les dégâts matériels. Il y’a eu trop de pertes en vie humaines et c’est déplorable.

– Quels impacts auront ces attaques terroristes l’hôtellerie au Burkina Faso ?
Nos problèmes ont démarré depuis 2011 avec la mutinerie des militaires qui ont saccagé de nombreux hôtels. Depuis cette date, nous avons commencé a traversé une série de crises comme l’insurrection, la transition politique, le putsch, la crise au Mali, la maladie à virus Ebola et bien d’autres qui ont eu des impacts négatifs sur le tourisme au Burkina Faso. Avec la situation au Mali, de nombreux touristes qui traversaient les deux pays ont changé de destination.
Ebola a fait reporter de nombreuses activités et ce fut un coup dur également pour nous. Avec la période de transition, la priorité n’était pas au tourisme. Il y a deux ans, nous évaluons la baisse de l’activité hôtelière à 10%; aujourd’hui, il est d’à peu près 15%. Notre espoir avait commencé à renaitre avec ces élections apaisées et nous espérions une reprise imminente de nos activités à 100%.
Malheureusement, l’attaque des terroristes vient remettre tout en cause. Nous avons été très surpris et déçu. Il faut le reconnaitre, le Burkina n’est pas le seul pays touché et visé par ces terroristes. Même les pays les plus sécurisés ont connu le même sort. Toutefois, cela ne doit pas changer nos habitudes.
Le Burkina Faso est un pays chaleureux d’accueil et nous devons continuer dans ce sens et ne pas baisser les bras. Ce n’est pas par ce qu’il ya eu des attaques ici qu’il faut croiser les doigts. Nous devons redoubler de vigilance, renforcer la sécurité pour rassurer nos hôtes. Du côté des hôteliers, nous restons confiants et espérons une reprise rapide du cours normal des choses. Nous vous donnons RDV dans deux mois pour redécouvrir le nouveau visage de l’hôtellerie au Burkina Faso.

Germaine BIRBA


 

UEMOA et son tourisme communautaire

Pierre Célestin Zoungrana est aussi vice-président de la Fédération des organisations patronales de l’hôtellerie et du tourisme de l’espace UEMOA (FOPAHT). Il évoque les dispositions prises dans l’espace pour la promotion du tourisme:
«L’espace UEMOA a pour ambition d’avoir un tourisme communautaire. Il s’agit de faire en sorte qu’un touriste puisse avoir accès à tous les pays de l’espace avec le même visa. Les discussions ont été engagées avec l’UEMOA et les visa CEDEAO et UEMOA sont à l’étude. Nous pensons que bientôt la lutte sera commune à tous les pays de la zone. Le visa coûte assez cher.
A l’entrée de Ouagadougou, il coûte près de 100.000 F CFA. Avec toute une famille ce n’est pas évident. Quant à la TVA, la communauté a proposé qu’elle revienne entre 5 et 10% concernant le tourisme. Des pays se sont déjà engagés et nous espérions de même pour le Burkina afin de rejoindre les autres. Toutes ces mesures vont propulser le tourisme. Quant à la sécurité des hôtels dans l’espace, les différents dirigeants sont en concertation pour mettre en place des stratégies communes qui permettront de lutter ensemble et efficacement contre le terrorisme».

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Numéro d'édition: 143

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