La prise de conscience citoyenne au Burkina a atteint un niveau tel que désormais presque toutes les entités sociales savent qu’elles peuvent s’organiser pour mettre la pression aux autorités afin d’obtenir la prise en compte de leurs préoccupations. La participation du secteur informel aux manifestations au Burkina depuis octobre 2014 a été déterminante. (DR)

Relance économique : L’énorme défi du secteur informel

• 70 à 80% de la population active

• L’économique en attente de structuration

• Aussi une force sociale capable de protester

Le secteur informel était déjà une force économique à mettre intelligemment au service de l’économie nationale. Désormais, il est en plus une force sociale capable de protester. On a pu s’en apercevoir à l’occasion des manifestations entrant dans le cadre de l’insurrection populaire de fin octobre 2014 et aussi pendant les autres mouvements de colère qui s’en sont suivis. Le secteur informel a été très actif lors des différentes protestations «anti-régime» et citoyennes. C’est pourquoi dans ce Burkina désormais engagé sur le chemin du renouveau après l’insurrection populaire, les autorités devraient, plus que jamais, savoir prendre en compte les préoccupations de ce milieu et l’organiser convenablement dans les différents schémas économiques.

Les enjeux qui concernent le secteur informel sont non seulement économiques, mais surtout sociaux. Le secteur informel constitue à la fois un ensemble de petites activités économiques, mais aussi une sorte de refuge social pour de très nombreux Burkinabè. On estime qu’il occupe entre 70 à 80% de la population active et demeure très important dans l’économie nationale. Les différentes politiques et mesures dans le domaine des affaires le concernent directement. Mais c’est très souvent comme des victimes sans voix au chapitre que les acteurs du secteur informel se sentent dans les politiques publiques. Mais, ayant pris conscience de sa force, ce milieu, jadis obéissant vis-à-vis des «grands du commerce» et généralement à l’écart des manifestations contre le pouvoir est désormais devenu frondeur. D’où toute l’urgence aujourd’hui de l’inscrire en clair dans les programmes et d’élaborer des stratégies qui assurent son plein épanouissement. C’est un énorme défi pour le régime du président fraichement élu, Roch Marc Christian Kaboré.
Jusque-là, le principal projet qui concerne le secteur informel sur le plan économique est son intégration dans le circuit économique régulier. Certains parlent de sa « formalisation » et d’autres de sa « structuration ». La Banque africaine de développement (BAD), qui est fortement impliquée aujourd’hui sur la question du secteur informel, est plutôt dans le deuxième cas de figure. C’est-à-dire, la structuration du secteur. L’objectif, dans tous les cas, est de faire en sorte que le secteur informel, qui accueille de nombreux acteurs économiques et qui brasse d’importants flux financiers, puisse contribuer convenablement aux recettes publiques. En retour, l’Etat doit le prendre en compte dans les marchés publics et lui garantir un accompagnement qui favorise son développement.
Cette problématique a d’ailleurs été au centre des échanges de la 13e Rencontre Gouvernement/Secteur privé (RGSP), tenue les 7 et 8 octobre 2013 à Bobo-Dioulasso sous le thème «Le poids du secteur informel : Quelles stratégies d’intégration dans l’économie formelle».
Pour mieux intégrer le secteur informel dans le circuit économique, la 13e RGSP a dégagé un schéma dont la teneur consiste à «faire des entreprises informelles des entités formelles, dynamiques, compétitives et à fort potentiel de contribution à l’économie nationale à l’horizon 2018». Le plan d’actions opérationnel pour la mise en œuvre de cette volonté s’étalait sur 3 ans. Quant aux orientations, elles s’articulent autour de 5 axes majeurs. Il s’agit notamment de «clarifier et améliorer le cadre institutionnel et réglementaire du secteur informel», « améliorer l’accès à l’information», «renforcer les structures d’appui et les organisations professionnelles du secteur», «améliorer l’accès au financement» et enfin «fournir des services non financiers spécifiques aux promoteurs informels».
Le budget estimatif de l’ensemble de ces actions s’élève à environ 1,928 milliard. Il appartient désormais au gouvernement sous le président Roch Kaboré d’apprécier ce schéma à l’aune des réalités actuelles, pour non seulement prendre en compte le secteur informel dans la relance économique, mais aussi résoudre les attentes sociales qui s’expriment à travers ce milieu. Donc, un sujet à la fois économique et social.

Karim GADIAGA


L’informel, une opportunité et un problème

L’analyse de la situation du secteur informel fait ressortir son emprise grandissante sur l’économie nationale, avec malheureusement une contribution au développement socioéconomique qui reste très insuffisante. Ce paradoxe est confirmé dans le rapport sur le thème de la 13e RGSP qui fait un constat très mitigé sur le rôle du secteur informel. «Même si son importance économique et sociale est unanimement reconnue, la prédominance d’un secteur informel dans un pays en développement comme le Burkina Faso semble limiter quelque peu la croissance et le développement économique», indique-t-on. Beaucoup de griefs contre le secteur informel. Selon les analystes, il occasionne des pertes de recettes fiscales et exerce une concurrence déloyale à l’égard du secteur formel.
L’informel freine le développement à moyen et à long termes, engendre la précarité et cristallise la pauvreté. Autant de facteurs qui militent pour la formalisation du secteur.

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Numéro d'édition: 137

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