Mouctar Koné, DG de la SN-SOSUCO. (DR)

SN-SOSUCO Près de 20 millions de F CFA de pertes par jour

• Les exigences des travailleurs inacceptables selon le DG

• Il y a bien une main extérieure dans cette crise

La situation est bloquée au sein de la société sucrière de la Comoé (SN-SOSUCO). Malgré les différentes médiations, la reprise effective du travail se fait attendre. La société perd de l’argent et a mis une partie du personnel en chômage technique. Dans cette interview de vérité, le directeur général pense que des mains extérieures sont à l’œuvre, avec pour objectif ultime de fermer l’usine. Il en appelle à la clairvoyance des travailleurs.

– L’Economiste du Faso : M. le directeur général, la mise en chômage technique est-elle confirmée ? Et pourquoi une telle décision ?
Mouctar Koné, DG de la SN-SOSUCO : Elle est bel et bien confirmée et a débuté le vendredi 20 novembre dernier. La situation que nous vivons depuis le 9 novembre nous fait perdre énormément d’argent.Le point fait après une semaine donnait 650 tonnes de sucre perdues.A 415.000 FHT, cela donnait environ 270 millions de F CFA. Les pertes au champ ne seront réellement quantifiées qu’à la reprise.
Et chaque jour qui passe nous coûte presque 20 millions de F CFA supplémentaires, sans compter les vols divers qui se déroulent actuellement au niveau de l’usine. Nous ne pouvions pas nous permettre de continuer de payer des travailleurs qui ne travaillent pas. Dès lors, le chômage technique est devenu inévitable.

– Comment s’opère-t-il et qui sont les travailleurs et les services concernés ?
Il s’agit d’un chômage technique partiel qui ne concerne que les services qui ne fonctionnent pas, comme l’usine, la mécanisation et l’essentiel de l’administration.

– Où en êtes-vous avec les négociations pour la reprise du travail?
Les négociations sont au point mort, car les exigences de ceux qui bloquent l’usine sont tout simplement inacceptables. Alors, nous avons laissé l’action judiciaire suivre son cours.
– Les travailleurs demandent votre départ et celui de certains de vos collaborateurs, n’est-ce pas un désaveu de votre gestion ?
Vous ne pouvez pas dire «les travailleurs», car la majeure partie de ceux qui font ce mouvement est constituée de personnes qui ne sont pas des employés de la SN-SOSUCO. Je vous fais aussi remarquer que ce mouvement est né à l’insu des syndicats et délégués du personnel de l’entreprise. Un troisième élément à retenir, c’est que les vrais instigateurs de cet événement ont des desseins politiques et surtout ne sont pas des travailleurs de la SN-SOSUCO.
C’est pour cette raison qu’ils se sont appuyés sur des chasseurs dozos et des riverains, faute de pouvoir mobiliser les travailleurs de l’entreprise.
Comment pouvez-vous comprendre que ces gens ne soient pas capables de baisser leurs masques pour signer le document qui leur sert de recueil de revendications et qui prend ainsi une allure de tract ?
Ceux qui peuvent approuver ou désapprouver notre gestion, ce sont les membres du Conseil d’Administration qui nous ont nommés à la tête de la SN-SOSUCO, ensuite les travailleurs de l’entreprise et non pas des gens qui n’ont même pas le courage d’assumer leurs actes et qui se cachent derrière des personnes instrumentalisées.

– La mévente du sucre semble être à l’origine des difficultés de l’entreprise. Quelles sont les solutions à l’interne que vous envisagez pour résister?
La mévente n’a rien à voir avec ce qui se passe actuellement à la SN-SOSUCO. Mais comme vous en parlez, nous vous informons que nous avons déjà mis en route une nouvelle stratégie visant à rendre notre sucre disponible sur toute l’étendue du territoire, car cela constituait un élément clé de ce problème.

– Mais des critiques aussi s’élèvent au sein de l’opinion pour dire que la SOSUCO devrait être plus agressive commercialement et plus innovante dans ses produits. Partagez-vous ces critiques ?
En partie oui !

– La SN- SOSUCO appartient au groupe IPS qui a repris l’usine. Quelle est la position du groupe sur cette crise ?
Il faut d’abord préciser ce que c’est que IPS. IPS (Industrial Promotion Services) a pour actionnaires AKFED (Aga Khan Fond For Economic Developement), SFI du groupe Banque mondiale, DEG (Allemagne), BNP (France). Ceci dit, je vous réponds que le directeur général de IPS-WA était ici pendant plusieurs jours lors des tentatives de négociations initiées par le gouverneur, les chefs des cantons de la région des Cascades, et enfin celle menée par le ministre de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat. Sa position a été constante et claire, à savoir que même les travailleurs ne peuvent pas demander le départ d’une direction ou de l’actionnaire, à plus forte raison des gens qui ne font pas partie de l’entreprise.
– L’Etat a-t-il tenu toutes ses promesses vis-à-vis de votre société lorsque le groupe IPS reprenait la SN-SOSUCO ?
A ma connaissance oui, sauf que la lutte contre la fraude qui est un rôle de l’Etat a été très inefficace depuis la privatisation, à l’exception d’une petite période allant de 2009 à 2011. En plus, nous sommes défavorisés par la valeur de référence qui est en réalité une subvention accordée au sucre importé.

– Soupçonnez- vous une main extérieure dans cette crise?
Il y a bien une main extérieure dans cette crise. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la composition du groupe qui mène cette action, de voir le coût des repas qui leur sont servis tous les jours et trois fois par jour, sans compter les enveloppes distribuées.
Déjà, avant le début de la campagne, une tentative d’intoxication et de démobilisation des coupeurs de canne avait été initiée sans succès.
Quand on analyse l’attitude de blocage systématique par des exigences injustifiées et impossibles à obtenir, on comprend très vite que le but réel de cette action, c’est la fermeture pure et simple de la SN-SOSUCO.

– Votre message à l’endroit des travailleurs et de l’Etat ?
Aux travailleurs, nous demanderons de ne pas lâcher la proie pour l’ombre. En deux ans, ensemble, nous avons fait une véritable prouesse sur le plan de la productivité. Il nous suffisait de transformer cela sur le plan commercial.
Dès que nous avons commencé à déployer notre réseau de distribution, ce mouvement a commencé. Les préalables que ces gens posent avant toute discussion avec la direction de l’entreprise n’ont rien de syndical.
Les vrais travailleurs de la SN-SOSUCO doivent prendre leurs responsabilités pour dénoncer la supercherie et aider à sauver leur travail.
A l’Etat, nous demandons simplement qu’après avoir joué son rôle de médiateur sans succès, qu’il joue maintenant son rôle d’arbitre impartial en veillant à l’application effective de la décision de justice concernant cette affaire. Et aussi, la mise en œuvre rapide des mesures prises récemment par le ministère de tutelle dans le but d’assainir le marché du sucre.

Propos recueillis par F.W

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Numéro d'édition: 136

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