Bien avant les votes, les élections du 29 novembre ont été qualifiées d’historiques en ce sens qu’elles étaient totalement ouvertes. La réussite de leur organisation et les résultats ont consolidé ce caractère historique. (DR)

Organisation des élections : Un scrutin réussi

• Unanimité chez les observateurs

• A inscrire dans les annales de la démocratie

• «Fait par nous et pour nous»

Zéphirin Diabré, arrivé deuxième à l’issue de l’élection présidentielle, n’a pas attendu la proclamation définitive des résultats pour aller féliciter le vainqueur, Roch Marc Christian Kaboré. Les tendances communiquées par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et la crédibilité de l’institution ont suffi à un moment donné à l’éclairer sur l’issue définitive du scrutin.

«Je n’ai aucune raison de douter de la sincérité des résultats», a déclaré le candidat de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) dans un discours prononcé dans la nuit du 30 novembre et dans lequel il acceptait sa défaite. L’attitude est élégante et l’esprit démocratique. Tout comme Diabré, personne, parmi les 12 autres challengers du vainqueur de la présidentielle, n’a eu une voix discordante ou émis la moindre réserve sur les résultats proclamés par la CENI.
Avant cela, tous ceux qui ont été autorisés à prendre part aux élections (législatives et présidentielle) en tant que candidats avaient pratiquement eu droit au même traitement républicain lors de la campagne. C’est le cas notamment de l’accès aux médias. Le Conseil supérieur de la communication (CSC), structure de veille et de contrôle, a confirmé le respect de l’équilibre et de la pluralité dans les médias publics et privés. Le processus électoral a globalement été bien conduit nonobstant une différence de moyens entre les candidats.
Toutes les missions d’observation qui se sont engagées dans ces élections l’ont unanimement souligné en dépit de quelques imperfections «sans incidence sur les résultats» qu’elles ont relevées.
«Le Burkina Faso constitue un exemple et un espoir pour les pays voisins, la région et même l’ensemble du continent africain», a déclaré avec beaucoup d’admiration Cécile Kashetu Kyenge, la chef observateur de la mission d’observation électorale de l’Union européenne. Quant à la mission d’observation de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), elle juge le processus électoral libre et pacifique. Manuel Serifo Nhamadjo, chef de la mission d’observation, a félicité l’ensemble des acteurs pour ce résultat «remarquable». De son côté, la mission d’observation de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD) salue «la maturité exemplaire du peuple burkinabè».
Les autres institutions sous-régionales, africaines et internationales, qui ont dépêché des observateurs pour le scrutin, sont également dans la même admiration. Elles soulignent la transparence et la crédibilité des élections. C’est le cas des parlementaires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), des observateurs de l’Union africaine (UA), de ceux de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Sur le plan local, la société civile burkinabè et la presse accordent également leur caution de crédibilité aux élections du 29 novembre et à l’ensemble du processus en amont.
Parmi les structures locales, la Convention des organisations de la société civile pour l’observation domestique des élections (CODEL) était très bien affûtée, avec une crédibilité réelle au regard de son déploiement et de la qualité de ses hommes sur le terrain.
Dans cette Afrique où la démocratie est en construction et où la chose politique est très souvent source de vives tensions et de divisions, ce qui vient de se passer au Burkina est remarquable. Quant au mérite, il revient presqu’à 100% au peuple du Burkina Faso.
En effet, en dehors du soutien financier reçu de l’extérieur pour l’organisation du scrutin, tout le processus qui a permis de déboucher sur ces résultats a été bâti de bout en bout par les Burkinabè.
Depuis le refus de la modification de l’article 37 qui limitait le nombre des mandats présidentiels et l’insurrection qui a chassé Blaise Compaoré du pouvoir en octobre 2014, en passant par la mise en place de la transition politique et la résistance au putsch du 16 septembre 2015 jusqu’à la tenue des élections du 29 novembre, ce sont les Burkinabè qui ont été véritablement les maitres de leur destin.
Toute chose qui fait penser au slogan identitaire d’une marque de vêtements dédiés aux Afro-américains : «For us by us», c’est-à-dire «pour nous et par nous». Désormais, le pays mérite d’être cité dans la catégorie des pays africains qui sont sur le chemin de la démocratie.

Karim GADIAGA


Même au niveau de l’observation !

Jusque-là, la question de l’observation des élections en Afrique était plus une affaire «d’étrangers». Il n’y avait que des structures internationales comme l’Union européenne, l’UA, la CEDEAO ou l’OIF qui déployaient du personnel à la vieille des scrutins pour l’observation.
A tel point que, très souvent, c’est l’appréciation faite par ces structures sur la tenue des élections qui faisait foi. Même lorsqu’ il y avait des choses à redire, les voix intérieures peinaient à se faire entendre par la communauté internationale. La Convention des organisations de la société civile pour l’observation domestique des élections (CODEL) a voulu changer la donne. Sa vision: «Faire en sorte que pour une fois en Afrique, les comptes rendus post-électoraux annoncent que la commission électorale a proclamé des résultats crédibles, confirmés par les observateurs nationaux et corroboré ensuite par les observateurs internationaux».
Les Burkinabè, notamment la société civile qui a largement participé à l’insurrection populaire d’octobre 2014, ont donc pris les devants pour observer leurs élections. La CODEL s’était préparée à toutes les éventualités. Mise en place en juillet 2015, la CODEL est «un réseau, une plateforme pour un suivi harmonisé, proactif et citoyen du processus électoral». Il a pour président Halidou Ouédraogo, figure emblématique de la société civile et de la lutte citoyenne.
La CODEL a déployé 6.000 observateurs nationaux sur le terrain. Ceux-ci ont permis de remonter en temps réel des informations sur le déroulement du processus électoral. La CODEL a suivi de bout en bout le processus et a tenu à donner son avis à chaque étape. Elle a procédé de son côté à la consolidation des résultats sortis des bureaux de vote. Finalement, les résultats auxquels elle est parvenue en faisant ses propres décomptes confirment ceux de la CENI. S’il y avait eu contestation des résultats, l’avis de la CODEL aurait été déterminant pour guider la population.

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Numéro d'édition: 135

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