Tribune

Perspectives pour l’Afrique subsaharienne Faire face à un environnement qui se dégrade -Par Antoinette M. Sayeh –

Pendant la décennie écoulée, l’Afrique subsaharienne a connu une croissance économique très impressionnante. L’activité économique a toutefois nettement ralenti récemment dans un grand nombre de pays. Certes, les projections de croissance globale pour la région (3¾ % cette année et 4¼ % en 2016) restent plus élevées que pour bien d’autres régions du monde, mais la forte dynamique de croissance de ces dernières années a ralenti, du moins temporairement.

Détérioration des perspectives de croissance
Pour comprendre les raisons de ce ralentissement, il est utile de considérer trois facteurs clés qui ont soutenu la croissance ces dernières années. Le plus important de ces facteurs a peut-être été l’amélioration considérable du climat des affaires et de l’environnement macroéconomique opérée par les pouvoirs publics en Afrique. Mais le niveau élevé des cours des produits de base et les conditions financières mondiales particulièrement favorables ont également joué un rôle. Ces deux derniers facteurs ont perdu récemment beaucoup de leur vigueur : les cours des produits de base ont fortement chuté et les conditions financières se sont durcies. Le ralentissement de l’activité que nous observons aujourd’hui dans différents pays en est la conséquence.
Ce tableau globalement peu favorable masque toutefois des disparités. Dans la plupart des pays à faible revenu, la croissance économique se maintient généralement grâce à la solidité de l’investissement dans les infrastructures et à la vitalité de la consommation privée. Dans des pays tels que la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie et la Tanzanie, la croissance économique devrait se poursuivre à un rythme de 7 %, voire plus. D’autres pays, en revanche, pâtissent de la baisse des cours des principaux produits de base qu’ils exportent, même si la baisse des cours du pétrole allège leur facture d’importations énergétiques. Les pays exportateurs de pétrole de la région, dont le Nigeria et l’Angola, sont encore plus durement touchés, car la diminution des recettes d’exportation et la sévérité des ajustements budgétaires pèsent sur l’activité.
Par ailleurs, les pays à revenu intermédiaire comme l’Afrique du Sud, le Ghana et la Zambie se heurtent aussi à des difficultés qui vont de la faiblesse des cours des produits de base aux pénuries d’électricité, en passant par la forte augmentation des coûts d’emprunt.
Contrer les facteurs de ralentissement de la croissance
La situation est aussi compliquée par le fait que, dans un grand nombre de pays, les économies réalisées pendant la période récente de croissance rapide sont peu élevées et que les déficits budgétaires et extérieurs sont généralement plus prononcés qu’au début de la crise financière mondiale de 2008. Cela signifie que la marge de manœuvre budgétaire est aujourd’hui moins large pour atténuer le ralentissement de l’activité.
Dans ces conditions, quelles mesures devraient prendre les pouvoirs publics? De façon générale, nous considérons que des actions s’imposent à court terme dans trois principaux domaines.
Tout d’abord, sur le plan budgétaire, dans la grande majorité des pays de la région, la marge de manœuvre est limitée pour contrer les facteurs de ralentissement de la croissance. Pour les pays exportateurs de pétrole, la baisse prononcée -et apparemment durable- des cours du pétrole rend inévitable un ajustement budgétaire et les amortisseurs utilisés pour étaler cet ajustement dans le temps, que ce soit par recours à l’emprunt ou l’utilisation des réserves, s’amenuisent rapidement.
Pour la plupart des autres pays, les politiques budgétaires doivent continuer de tenir compte à la fois de l’impératif de viabilité de la dette et des besoins de développement.
Cette tâche est de plus en plus difficile en raison de la hausse des taux d’intérêt et du ralentissement de la croissance, qui vont maintenant alourdir la dette.
Ensuite, sur le plan monétaire, les pays qui ne sont pas membres d’une union monétaire et qui ont subi une forte détérioration des termes de l’échange devraient laisser leur taux de change se déprécier pour amortir partiellement les chocs. La monnaie a aussi été soumise à des tensions dans les pays qui ne sont pas fortement tributaires des exportations de produits de base. Compte tenu de la puissance des forces mondiales à l’œuvre, toute action visant à résister à ces tensions risque d’engendrer une perte de précieuses réserves. Par conséquent, les banques centrales ne devraient intervenir que pour endiguer les mouvements désordonnés des taux de change.
Enfin, il conviendra de surveiller de près les risques que font peser sur le secteur financier la baisse des cours des produits de base et la dépréciation de la monnaie.

Tribune relative au lancement
à Dakar le 27 octobre du rapport 2015 du FMI sur les perspectives de croissance de l’Afrique subsaharienne.


 

Diversifier l’économie et mobiliser les recettes intérieures

Face à cet environnement, il est d’autant plus important de diversifier les moteurs de la croissance en réduisant la part relative des industries extractives et de renforcer la résilience des finances publiques. Pour que l’Afrique maintienne son rythme de croissance et crée suffisamment d’emplois pour la population jeune croissante de la région -comme les décideurs se sont engagés à le faire en adoptant en septembre les Objectifs de développement durable des Nations Unies-, les politiques publiques doivent être axées sur le renforcement de la compétitivité de manière à favoriser l’émergence de nouvelles sources de croissance économique.
L’Afrique subsaharienne est à la croisée des chemins. Pour que la région non seulement surmonte ses difficultés actuelles, mais aussi continue d’enregistrer une croissance économique vigoureuse, elle devra absolument s’adapter et continuer d’appliquer de bonnes politiques macroéconomiques. La tâche ne sera pas aisée, mais l’enjeu n’a jamais été aussi grand pour la région.

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