Oumarou Kanazoé a eu 25 enfants dont 12 garçons et 13 filles. Ceux-ci ont hérité de nombreuses qualités de leur père : professionnalisme, discrétion, simplicité et goût du travail. (DR)

El Hadj Oumarou Kanazoé : Un homme de consensus et de compromis

• Il pouvait pousser les gens à s’écouter

• Il choisissait lui-même les numéros de châssis de ses avions

• Oumarou Kanazoé savait allier ses nombreuses fonctions

Ce lundi 19 octobre 2015 marque le quatrième anniversaire de la mort de El Hadj Oumarou Kanazoé, dit OK. L’homme est décédé à l’âge de 84 ans, laissant derrière lui 4 épouses, 25 enfants dont 12 garçons et 13 filles et 120 petits et arrières petits fils. Un ancien ami de ce milliardaire, Patrick de LALANDE, a accepté de parler de lui en cet anniversaire.

– L’Economiste du Faso : Quand avez-vous connu Oumarou Kanazoé ?
Patrick de LALANDE : Je l’ai connu les 22 dernières années de sa vie. J’avais un grand respect pour lui. Il a grandi petit à petit. Il a toujours été un homme très professionnel, un travailleur.

– On dit qu’il aimait les avions…
Oumarou Kanazoé a commencé son commerce à pied, ensuite à vélo puis en voiture. On dit qu’il aimait la vitesse et conduisait très bien.
Comme il n’hésitait pas à se déplacer sur le terrain pour être à côté de ses ouvriers, il a acquis 3 sortes d’avions : des hélicoptères, des avions à piston avec un bimoteur et un avion à réaction. Pour la petite histoire, il choisissait lui-même les numéros de châssis de ses avions. Il avait confiance aux pilotes et mécaniciens burkinabè. Il n’a jamais eu de souci avec ses avions.
Il aimait comparer le prix des avions ou des hélicoptères avec ceux de ses engins comme les portes-chars et les Caterpillars. Il faisait le calcul mentalement comme s’il avait un ordinateur dans sa tête. Il impressionnait tout le monde

– Sur le plan social, que retenez-vous de lui ?
Je retiens la bonté que tout le monde lui reconnaissait. Sa gentillesse s’exprimait devant sa grande cour de Pissy, le vendredi, avec une queue de personnes qui attendaient cette bonté. Il était matinal et recevait les gens qui venaient le voir. Il ne se dérobait pas. El Hadj Oumarou Kanazoé avait le sens de l’humour. Il comprenait bien français et on échangeait dans cette langue parce que je ne parle pas le mooré. Lorsque je ne comprenais pas bien un mot, je le faisais répéter. Il en rigolait ou le changeait avec un autre mot rigolo. Aussi, il parlait des personnalités du Burkina Faso avec humour. Il pouvait tout donner à une personne en qui il avait confiance. Il avait son idée sur les qualités de tout le monde. El Hadj Kanazoé était un homme de consensus et de compromis. Par exemple, il a contribué à résoudre le conflit, avec morts d’hommes, à la mosquée dans la zone du projet Zaca. Il était un homme d’apaisement et pouvait pousser les gens à s’écouter. C’est ce qu’il faisait dans les conseils d’administration des entreprises où il était présent. La Chambre de commerce a souffert après son départ. C’est une grande perte pour tout le Burkina Faso. Je voudrais aussi signaler que Oumarou Kanazoé a vu le monde entier. Il avait des facilités et rencontrait tout le monde: le Roi du Maroc, Kadhafi, etc. Il donne envie de se battre et de réussir. Il a été un exemple pour moi dans l’éducation de mes propres enfants alors que je viens d’une culture différente.
– Selon vous, quel héritage a-t-il légué à ses enfants ?
Avec la fortune qu’il a laissée, ce n’est pas facile de gérer. Mais l’entreprise Oumarou Kanazoé (OK) existe toujours. Certains de ses enfants y travaillent et d’autres ont des activités qui gravitent autour. L’impression que j’ai, c’est qu’il a su léguer sa discrétion, sa simplicité et son goût du travail à tous ses enfants. Il n’avait pas envie d’être un homme connu. Je l’ai vu plusieurs fois faire la queue devant moi à des endroits où il pouvait passer sans difficulté. Ses enfants en font autant.
Il était un homme curieux. Il employait environ 37 français dans les années 60. Auprès d’eux, il a appris à faire les routes et, petit à petit, il s’est passé d’eux. Il n’a jamais fait de la politique. Pourtant, il a passé toutes les épreuves politiques que le Burkina Faso a connues. Ses affaires ont grandi sous le président Maurice Yaméogo et les présidents militaires que le pays a connus jusqu’à sa mort. Mais il est resté en dehors de la politique. Même sous la révolution, il n’a pas été inquiété. Ses enfants suivent ses pas. Je retrouve beaucoup de ses qualités en ses 25 enfants. Paix à l’âme à ce grand homme.
Entretien réalisé par Elie KABORE


 

Oumarou Kanazoé savait allier ses nombreuses fonctions

Oumarou Kanazoé a été entre autres :
Président-directeur-général de l’entreprise OK,
Président de la Chambre de commerce et d’industrie,
Président de la communauté musulmane du Burkina Faso,
Président de la fédération des associations islamiques du Burkina Faso,
Président du syndicat national des entrepreneurs des bâtiments et des travaux publics,
Président du syndicat des transporteurs du Burkina Faso,
Président d’honneur de la fédération burkinabè de football,
Consul honoraire du Maroc.

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Numéro d'édition: 128

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