El Hadj Oumarou Kanazoé : Un acteur-clé du dialogue interreligieux

Le Burkina Faso se souviendra toujours de cet homme qui a marqué tant de domaines, mais aussi et surtout le secteur du dialogue islamo-chrétien : El Hadj Oumaraou Kanazoé. Le 19 octobre prochain coïncidera avec le 4e anniversaire du décès de ce richissime homme d’affaires burkinabè. Une occasion pour magnifier les qualités de celui qui faisait du dialogue interreligieux son autre cheval de bataille.

En dépit des difficultés que connaissent les relations interreligieuses dans le monde, des efforts sont déployés de part et d’autre par des personnalités musulmanes et chrétiennes pour faire du dialogue un moyen sûr de paix dans le monde. Au Burkina Faso, El Hadj Oumarou Kanazoé était de ce noble combat, à l’image de l’Union fraternelle des croyants (UFC), la structure qui promeut ce dialogue depuis le diocèse de Dori. Le 5 mai 1999, Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II disait à juste titre que « l’Eglise considère les musulmans avec estime, convaincue que leur foi en Dieu transcendant concourt à la construction d’une famille humaine fondée sur les plus hautes aspirations du cœur de l’homme… C’est avec joie que nous, chrétiens, reconnaissons les valeurs religieuses que nous avons en commun avec l’islam ».

Un batisseur
De son vivant, El Hadj Oumarou Kanazoé, alors président de la Fédération musulmane du Burkina, rappelait que «si chrétiens et musulmans s’entendent pour un dialogue fructueux, même ceux qui ne veulent pas de cette entente n’y peuvent rien, car le bien a toujours triomphé du mal. Si au Burkina, il n’y a pas beaucoup de violences, c’est qu’il y a des croyants, beaucoup d’hommes de Dieu qui prient.» Au nom de cette foi en la paix qui découle de la cohabitation entre religions, « Ladji » comme on l’appelait affectueusement, a construit certes de nombreuses mosquées à travers le pays, mais aussi des églises et des temples (ancienne église de Kologh-Naba, cour de l’église Jean XXIII à Ouagadougou bitumée gratuitement par celui que tout le monde pleure depuis le 19 octobre 2011). Il a mis sa vie au service du bien, comme pour corroborer les propos du Cheick Aboubacar Doukouré d’Hamdalaye qui clamait qu’ « un vrai musulman ayant compris sa religion ne doit pas avoir de préjugés sur les autres croyants…. Chrétiens et musulmans, nous devons veiller à ce que la paix et l’entente règnent entre les religions ».
Le Cardinal Philippe Ouédraogo faisait le témoignage suivant lors de ce douloureux évènement : « Nous sommes venus nous unir à la famille Kanazoé et à la Oumah islamique pour rendre hommage à notre vénérable El Hadj Oumarou Kanazoé rappelé à Dieu. Au-delà de tous les témoignages, je retiens qu’il a été un homme de foi. Il a aimé Dieu et il a aimé ses frères. Il y a bien des hommes qui, une fois nantis, oublient d’où ils viennent, ils oublient Dieu. Kanazoé a placé Dieu et l’homme au centre de ses priorités. Du point de vue humain, c’est une perte, mais Kanazoé demeurera à travers ses œuvres. Nous souhaitons que tous ses enfants et ses amis puissent prendre son exemple. Il était un homme très tolérant, très ouvert, il vient en aide à tous les hommes sans distinction ethnique ni de religion. Qu’il repose dans la paix du Seigneur ». Oumarou Kanazoé n’a donc pas seulement brillé dans les affaires ; il a été un musulman, un homme de toutes les religions qui enseignent que « l’homme est le seul médecin de son âme ». Kanazoé a été aux côtés de l’homme, de la veuve et de l’orphelin. Il avait fait de la dignité le fondement de son existence et le social son leitmotiv. « Ladji » a donc soigné son âme !
Alexandre Le Grand ROUAMBA

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Numéro d'édition: 127

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