Véhicules d’occasion: le marché saturé à Bobo

• Un business à grande échelle

• La ville défigurée

La cité de Sya est inondée par les véhicules d’occasion communément appelés «France au-revoir». On les retrouve presque sur toutes les artères, les carrefours et surtout sur les grands axes de la ville.

Il y a dix ans, la ville ne comptait que quelques points de vente. Désormais, la cité de Sya est un grand marché à ciel ouvert. Pas un seul quartier sans son parc d’automobiles d’occasion.
Les vendeurs expliquent ce boom par l’avènement des TIC qui ont permis la commande facile des voitures, contrairement à 20 ans en arrière où l’importation de véhicules était réservée aux seuls nantis et «branchés», capables de se rendre régulièrement en France pour voir de visu les voitures et passer leurs commandes.
Une fois la commande lancée, les revendeurs devaient attendre 7 à 8 mois, voire plus, avant d’avoir leurs véhicules. «De nos jours, il suffit de contacter son fournisseur par téléphone et il te fait visionner mille et une voitures via Internet, en un seul clic», explique Dramane Traoré, vendeur de «France au-revoir» et président de l’Association des vendeurs de véhicules à Bobo qui compte une cinquantaine de membres.
Il faut dire que l’assouplissement du protocole d’importation des véhicules et le dédouanement ont contribué énormément à ce phénomène.
Selon un agent de l’administration publique qui a souhaité garder l’anonymat, c’est à partir de la crise en la Côte d’Ivoire où les commerçants étaient contraints de se diriger vers le port de Lomé au détriment du port autonome d’Abidjan qu’ils ont pu découvrir l’existence d’un grand parc de véhicules d’occasion sans pareil dans les autres ports et ont commencé à s’intéresser à ce nouveau métier qu’est l’importation de véhicules et des pièces auto «France au-revoir».
Aujourd’hui, beaucoup d’Ivoiriens importent à partir de Lomé.
Selon des revendeurs, ce sont les Mercedes et Toyota qui sont les plus vendues, avec comme critères de choix la résistance et surtout le prix. François Zampalégré qui vient d’acheter une Mercedes C220 explique que la disponibilité des pièces de rechange pour les «France au-revoir» à moindre coût a aussi convaincu les utilisateurs qu’ils sont.
A titre d’exemple, un pneu «France au-revoir» pour sa Mercedes C220 coûte 6.000 F CFA, contre 11.000 F CFA pour les motos JC.
Le boom de l’importation, explique Ibrahim Drabo, un autre revendeur de véhicules d’occasion, est lié à la croissance économique enregistrée durant cette décennie avec le boom minier et le développement du secteur informel qui ont créé de «nouveaux riches» au sein de la classe moyenne.
A cela s’ajoute le fait que la voiture est désormais démystifiée : «Autrefois considérée comme un luxe, la voiture est devenue aujourd’hui une nécessité, un outil de travail au même titre que le téléphone et la moto, jadis réservés aux seuls bourgeois».
Comme tout secteur d’activités, les difficultés ne manquent pas chez ces revendeurs. Les frais de dédouanement encore décriés, le manque de places pour l’exposition; toute chose qui défigure la ville.
JD


 

Un marché au ralenti

Depuis quelque temps, cette effervescence des acheteurs a baissé. Ibrahim Drabo, revendeur de véhicules d’occasion, souligne «la lenteur du marché», car il n’arrive à vendre que 2 ou 3 voitures tout au plus, par mois. Qu’à cela ne tienne, ils arrivent à joindre les deux bouts et de façon convenable, et cela crée des emplois supplémentaires pour les aides-vendeurs à leurs côtés qui y gagnent bien leur pitance quotidienne.

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Numéro d'édition: 125

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