Barricades et rackets d’exportateurs à Banfora

• Les fautifs identifiés

• Quand le grand imam joue aux émissaires

Les exportateurs de bétail, de moutons en particulier, qui convoyaient plusieurs centaines de têtes en Côte d’Ivoire pour les besoins de la fête de la Tabaski ont été bloqués net à Banfora, à la sortie de la ville en direction de ce pays frontalier. Plus de 200 camions, cars et véhicules ont été pris dans les barricades.

Chaque camion qui transportait des moutons contenait au moins entre 300 et 350 têtes. Les négociations avec les surveillants des barrières sont restées sans succès et, exaspérés, les exportateurs se sont rendus chez le grand imam de la ville pour demander son intervention. Celui-ci essuya un premier échec au niveau des barricades avant de se rendre au rond-point où il espérait rencontrer la coordination de la manifestation. Là également, il lui a été opposé un non catégorique à l’ouverture de la voie. Le véhicule qui le transportait a même essuyé quelques coups de poing et jets de pierres. Les camions ont donc passé une journée entière à cette barricade. Plusieurs dizaines de moutons y sont morts par les effets conjugués de la chaleur, de la faim et de la soif. Un exportateur confie avoir perdu 9 têtes dans cette situation.
«Lorsque je me suis aperçu qu’ils allaient mourir, j’ai commencé à les égorger l’un après l’autre. J’ai réussi à égorger 6 et les 3 autres sont morts d’eux-mêmes», a-t-il confié avant de dire que s’il avait pu rallier Abidjan dans de bonnes conditions de transport, chacun des moutons pouvait être vendu à 150.000 F CFA ou à 100.000 F CFA selon la taille. «Mais avec ce qui se passe, nous allons vendre à perte. Il sera déjà trop tard lorsque la route sera ouverte ; et nous seront obligés de vendre les moutons de 150.000 F CFA à 60.000 F CFA et ceux qui auraient pu rapporter 100.000 F CFA seront cédés à autour de 35.000 F CFA», a-t-il conclu l’air visiblement accablé. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Banforalais ont vécu la semaine la plus longue de l’année 2015. A un moment donné, manifestants et commerçants qui tenaient coûte que coûte à vendre étaient à bout de résistance, tant les ressources s’amenuisaient. Et dès le 21 septembre, certaines boutiques et commerces avaient commencé à ouvrir. La tendance s’est presque généralisée le 22 septembre 2015, l’activité économique retrouvait son rythme normal. A l’ouverture des stations d’essence par exemple, c’était la bousculade. Par précaution, aucun bidon n’y était autorisé. Dans la ville, on voyait des charrettes transportant des sacs de riz et les éleveurs avaient pris place dans les endroits habituels de vente de poulets à l’approche de la fête. o
Sy LOOKMAN

Des cas de racket au niveau des barricades

Le grand imam de Banfora a échoué dans sa négociation pour laisser passer les camions qui transportaient les moutons. Mais les exportateurs n’ont pas démordu. Ils sont passés par la corruption et ont pu en l’espace de 2 heures, entre 12 heures et 13 heures et demie, reprendre leur marche vers Abidjan.
Les barricades érigées à l’entrée et à la sortie de la ville pour faire pression aux putschistes ont été utilisées autrement par certains manifestants qui ont poussé le ridicule en acceptant des sommes d’argent pour laisser passer des véhicules. C’est ainsi que les exportateurs de moutons ont mis ensemble environ 1 million 500 mille qu’ils ont remis à certains contre l’ouverture de la barrière.
De sources proches de la coordination de la manifestation, on apprend qu’ils ont été identifiés et conduits à la gendarmerie. A l’entrée de la ville, pour ceux qui viennent de Bobo-Dioulasso, la pratique était automatique. Chaque véhicule qui arrivait remettait 3.000 F CFA et pouvait ainsi continuer sa route.

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Numéro d'édition: 125

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