A Koudougou, 3e ville du pays, la mobilisation était allée grandissante depuis le début du coup d’Etat. (DR)

Koudougou : Dans la tanière des résistants

• Communion avec le RPC

• Solidarité et vigilance renforcées

La 3e ville du Burkina, Koudougou, a été à l’image des autres villes du Burkina un des bastions de la résistance au putsch. La mobilisation y était allée grandissante depuis le début du coup d’Etat. Le Haut-commissariat de la province (Boulkiemdé) a été «réquisitionné» pour servir de siège de résistance dans cette commune. Tous les matins, les «résistants» de chaque secteur ont convergé en groupe, sifflets à la bouche, vers le siège où les responsables ont distillé au jour le jour des messages.

Une fois informés de la situation, les résistants n’ont pas décampé. Les chaises des maquis jouxtant le Haut-commissariat ont été assaillies, pendant que le goudron accueillait les plus irréductibles, malgré parfois la canicule.
A l’intérieur, il y avait également du monde. A côté d’eux, des femmes «résistantes» avaient dressé les marmites pour le repas commun.
Les vivres et les condiments ont été assurés par de bonnes volontés sur place à Koudougou. Le monde était multicolore. Il était issu de toutes les couches sociales. La journée du 21 septembre aura été des plus particulières. Ayant appris que le Régiment parachutiste commando (RPC) de Dédougou (à l’image des autres garnisons) devait rallier Ouagadougou aux fins de désarmer le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) auteur du putsch du 17 septembre dernier, les «résistants» de Koudougou se sont mobilisés pour accueillir ces troupes qui devaient forcément traverser la ville (Koudougou étant située sur l’axe pour rejoindre Ouagadougou). Accueilli triomphalement dans la ville, le RPC de Dédougou a été accompagné par une foule estimée à 5.000 personnes, qui à vélo, à moto ou à pieds, sur 15 km avant de regagner la base. Un «résistant» avait même promis des moutons aux combattants du RPC à leur retour au cas où la mission s’accomplissait. La journée du 22 septembre a été celle qui a été la plus mouvementée dans la cité du Cavalier rouge. Un monde fou, plein de rage, avait vite rallié le «camp de la résistance» en attendant l’expiration de l’ultimatum de 10 h qui avait été donné par les forces loyales aux militaires du RSP.
Les minutes s’égrénaient et chacun y allait de ses commentaires. Pendant ce temps, il s’organisait une chasse aux personnes douteuses qui traversaient Koudougou. Aux alentours de 14h, ce sont une 4×4 blanche et une Mercédès grise, toutes sans immatriculation, en partance pour Bobo-Dioulasso qui ont été interceptées par les «résistants».
Sans menacer les occupants de ces véhicules, les badauds ont fait appel à la gendarmerie qui est vite intervenue pour les conduire à sa base. Une fouille appropriée du contenu du véhicule a précédé l’interrogatoire des occupants.
En ce même moment, une autre voiture 4 x 4 avec une immatriculation ivoirienne a également été arrêtée à la sortie ouest de Koudougou avant d’être ramenée à la gendarmerie. A ce niveau, rien n’a filtré et les analyses de la gendarmerie se poursuivaient. Comme si c’était la journée de tous les soupçons, deux bus d’une soixantaine de places en partance pour la capitale sont stoppés à 16h.
Renseignements pris sur place, les occupants de ces bus étaient des travailleurs de la Semafo (une mine d’or). Tous les passagers ont été débarqués pour un contrôle, à l’image des occupants de ce mini-car de fortune (à majorité des jeunes) qui voulaient également rallier Ouagadougou. Du coup, la cour de gendarmerie de Koudougou grouillait de monde en cette soirée du 22 septembre 2015. Après une minutieuse vérification, les bus et la Mercedes ont été libérés, sauf la 4×4 qui était resté aux mains de la gendarmerie.
Aux entrées et sorties de Koudougou, les barricades contrôlées par des jeunes déterminés ne permettaient point un passage sans contrôle. Ce sera ainsi jusqu’«à la libération du pays», soutiennent-ils.
JB


L’impatience d’un jeune «résistant»

«Je ne comprends pas notre armée. Elle dit qu’elle veut intervenir et elle tarde à tenir parole. On dit que c’est pour éviter que le sang coule ? Oui, mais, et ce sang qui a déjà coulé ? Le peuple souffre déjà de cet attentisme. Il faut chasser le RSP pour toujours. Ce RSP nous permet, par ce coup d’Etat avorté, de mettre fin à son existence avant terme».

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Numéro d'édition: 125

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