Roch Donatien Nagalo, Sg du Synat-Com-B. (YS)

Roch Donatien Nagalo, Sg du Synat-Com-B  «Nous dénonçons l’ingérence des politiciens dans le commerce»

Lors de leur congrès tenu le 9 juillet dernier, les commerçants réunis au sein du Syndicat national des commerçants du Burkina (Synat-Com-B) ont adressé une mise en garde aux acteurs politiques par rapport aux troubles qu’ils viendraient à semer dans le pays. Dans cette interview, Rock Donatien Nagalo, secrétaire général du syndicat, précise l’avis des commerçants sur la situation nationale et aborde l’actualité du Synat-Com-B. Interview réalisée le 16 juillet 2015.

– L’Economiste du Faso : Lors du congrès du Synat-Com-B, le 9 juillet dernier, vous avez adressé une mise en garde aux acteurs politiques. Quels sont les éléments qui vous amènent à avoir des craintes sur la situation nationale ?
Roch Donatien Nagalo, Sg du Synat-Com-B : Merci pour l’intérêt manifeste que vous accordez à notre syndicat. Je commencerai d’abord par rajuster vos propos. Nous n’avons pas fait une mise en garde aux acteurs politiques. Nous rappelons tout simplement que les politiciens ne doivent pas utiliser le secteur des commerçants à des fins politiciennes. Nous voudrions dénoncer l’ingérence des politiciens dans le secteur du commerce. Cette ingérence a longtemps créé des difficultés dans le secteur du commerce et nous souhaitons que les hommes politiques se réservent de toutes manipulations de notre secteur. Ce n’est donc pas une mise en garde comme vous l’avez dit, mais un appel à une non-ingérence des politiciens dans le milieu des affaires.

– Quelles sont d’après vous les raisons qui poussent les uns et les autres à avoir des comportements qui menacent la paix sociale ?
Je vais me référer aux propos de l’ancien président ivoirien, Houphouët Boigny, qui disait: «La paix est un comportement». La paix dépend de chaque acte que nous posons au quotidien. Le Burkina Faso vient de traverser une situation d’insurrection populaire qui a beaucoup impacté le secteur du commerce et partant la paix sociale. Le pays est en pleine reconstruction et chaque acteur de la société se doit d’être un acteur de cette mission-là. Nous devons prôner la justice, l’équité et l’égalité dans nos comportements de tous les jours. Pour cela, il faut cultiver la paix et la cohésion partout où nous sommes. La communication et la sensibilisation à un changement de comportement doivent être un credo pour tous.

– Au niveau du Synat-Com-B, vous avez indiqué qu’en cas de bruit vous allez «paralyser le pays pendant une ou deux semaines». En quoi devrait consister cette action de protestation ?
Je pense qu’il faut toujours inscrire les propos dans un contexte. Nous, en tant que syndicat, nous avons pour rôle la défense des intérêts des commerçants, qu’ils soient petits, moyens ou grands. C’est fort de cette mission donc que nous disons que chaque fois que nos intérêts seront menacés de quelque manière que ce soit, nous agirons selon notre ligne de conduite.

– Votre syndicat a-t-il réellement la capacité de paralyser le pays ? Quel est le poids actuel du Synat-Com-B ?
Notre objectif n’est pas de paralyser le pays. En tant que fils de ce pays et acteurs de développement, nous œuvrons pour un commerce équitable et juste. Nous participons au développement du Burkina Faso. Notre objectif ne sera donc pas de contribuer à plonger le pays dans la léthargie, mais plutôt à œuvrer pour une émergence.

– Au regard de la situation politique actuelle, quelle devrait être les décisions à prendre et les comportements à adopter pour maintenir la paix ?
La paix, ce n’est pas une question de décision. Il faut que tout le monde sache que sans la paix tout se complique. C’est parce qu’il y a la paix que nous les commerçants nous pouvons travailler et les autres secteurs aussi. Donc pour nous, il est important de sensibiliser les uns et les autres à un comportement responsable. Que chacun joue son rôle dans son secteur et que tous les efforts contribuent à une société de paix et d’espérance.

– Comment se porte aujourd’hui le commerce en cette période de Transition ?
C’est comme vous le dites, la période de Transition ne peut qu’impacter le secteur du commerce. Depuis l’insurrection populaire, certains commerces ont été saccagés. L’économie est au ralenti, les investisseurs sont encore méfiants et l’Etat central se remet petit à petit. Les banques et les établissements financiers sont également prudents dans leurs opérations et cela ne contribue pas à relancer les activités commerciales.
Le secteur du commerce va avec la stabilité sociale et celle des institutions. Donc, la période de Transition occasionne un ralentissement.
Mais l’activité économique avance tant bien que mal. Et nous espérons que tout se passera bien.
– Le congrès du 9 juillet avait pour thème «Quel avenir pour le commerce au Burkina?» La création du Fonds de garantie commerciale (Fgc) permet-elle aux commerçants d’aborder l’avenir avec plus de sérénité ?
Oui, le 9 juillet dernier, notre congrès a réuni ses membres venus des 13 régions du Burkina, plus de 5.000 personnes, pour se pencher sur la problématique de l’avenir du commerce au Burkina. Cela nous a permis de faire l’état des lieux et de dégager des perspectives, notamment la mise en place d’un Fonds de garantie commerciale d’un montant de 100 milliards. Ce Fonds permettra donc aux commerçants, petits, moyens et grands, d’avoir un coup de pousse en matière d’appui et de soutien dans leurs activités. Je pense donc que l’initiative de ce Fonds vient à point nommé pour booster le secteur du commerce. De nos jours, ce sont les ensembles qui gagnent. L’esprit d’une fédération est porteur pour le secteur du commerce aujourd’hui. Nous devons donc être organisés dans notre secteur pour mieux contribuer au développement du Burkina.
Entretien réalisé par Karim GADIAGA


Présentation du Fonds de garantie commerciale (Fgc)

Le Fonds de garantie commerciale (Fgc), d’un montant de 100 milliards de F CFA, est initié par les commerçants, pour être géré par les commerçants eux-mêmes. Il vise le développement des activités commerciales au Burkina Faso. Ce Fonds de garantie commerciale qui se veut le fruit d’un partenariat public-privé avec l’appui des partenaires techniques et financiers, des institutions financières, des investisseurs privés, veut faciliter de façon plus souple, rapide et efficace, l’accès aux prêts et aux fonds propres pour les commerçants afin d’éradiquer les obstacles que rencontrent les activités commerciales.Il fournira des garanties bancaires aux institutions financières afin de stimuler le financement des commerçants et de libérer leur potentiel pour favoriser une croissance pour tous. Par conséquent, sa mise en œuvre permettra un véritable essor de l’économie au plan productif et fiscal. «Nous voulons donc faire du Fgc le fruit d’un partenariat public-privé avec d’autres bailleurs, institutions financières de développement et investisseurs privés qui devraient à leur tour fournir un capital supplémentaire et ainsi augmenter les opérations du Fonds», a expliqué le Sg du Synat-Com-B, Roch Donatien Nagalo.

Ce Fonds est une opportunité pour les commerçants. Il leur permet d’avoir des garanties au niveau bancaire et de réaliser en toute sécurité financière leurs activités commerciales. Les personnes bénéficiaires de ce Fonds sont les commerçants, qu’ils soient dans l’agriculture, le bâtiment, le transport, le commerce général, l’industrie extractive, l’industrie manufacturière, les services, le transport, la communication…
Chaque bénéficiaire du Fgc devra d’abord être un adhérent au Fonds de garantie commerciale. Ensuite, il devra soumettre un dossier à un comité spécialisé pour traitement et avis afin de bénéficier d’un accompagnement auprès d’un établissement de crédit.


 

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Numéro d'édition: 120

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