Dans la cité du Paysan noir, plusieurs sites ont été investis par les confectionneurs de briques qui disent tirer l’essentiel de leurs ressources de cette activité. Bounouna, Kossara, Nafona 1 et 2, Tatana, la zone lotie du secteur 3, Toungouena. (DR)

Carrières de briques : Une prolifération inquiétante

• Plusieurs sites recensés à la périphérie de Banfora

• L’environnement menacé

• Une activité de survie pour des milliers de personnes

Au cours de ces 20 dernières années, la population de la région des Cascades a plus que doublé. L’apparition de nouveaux métiers tels l’orpaillage, les recrutements de plus en plus importants d’agents de la Fonction publique et, bien sûr, les nouvelles naissances expliquent cette situation.

Pour sûr, de 60.000 habitants en 1995, Banfora en compte de nos jours plus 130.000. L’une des conséquences directes de cette démographie galopante est l’extension de la ville avec les zones non loties et autres bidonvilles où la plupart des maisons sont construites en banco. Pour la confection des briques servant à ces constructions, pas besoin de chercher loin. Le long des cours d’eau jouxtant ces zones non loties sont les cibles privilégiées des briquetiers.
Dans la cité du Paysan noir, plusieurs sites ont été investis par les confectionneurs de briques qui disent tirer l’essentiel de leurs ressources de cette activité. Bounouna, Kossara, Nafona 1 et 2, Tatana, la zone lotie du secteur 3, Toungouena, bref, l’ensemble des quartiers périphériques de la ville est touché par cette activité qui menace fortement l’équilibre de l’environnement. Selon la plupart des confectionneurs de briques que nous avons trouvés sur ces sites, c’est la recherche du pain quotidien qui les y a conduit. L’un d’eux, Souleymane Traoré, confie que depuis plus d’une quinzaine d’année qu’il produit des briques sur le site de Tangora, il n’a jamais vu les autorités communales sur le site.
Selon lui, cette activité lui permet, ainsi qu’à ses «collègues» de subvenir aux besoins de leurs familles même si elle est difficile. «J’en avais marre de me trouver sous les humeurs d’un patron», nous a-t-il confié.
Selon Emmanuel Bado, contrôleur des eaux et forêt chef de service de la forêt et de la faune de la Direction régionale de l’environnement des Cascades, ces carrières doivent être normalement gérées par les structures communales. Elles ont des impacts sur l’environnement puisque pour s’installer, les briquetiers détruisent la végétation qui se trouve sur le site. Ce qui accélère l’érosion; et très vite les espaces alentours deviennent des zones arides. Et en matière de santé publique, les trous creusés deviennent de grands nids de moustiques pendant hivernage et même après. Le pire, selon notre interlocuteur, est que dans la plupart des cas, les briquetiers ne prennent pas le soin de reconstituer ces zones une fois l’exploitation terminée. Pourtant, un certain nombre de taxes sont ou devraient être perçues par les mairies à cet effet.
Ainsi abandonnées, ces crevasses deviennent des pièges pour les animaux d’élevage. Il en est de même lorsque des entreprises empruntent du remblai pour la construction des routes ou des galeries créées par les orpailleurs. Dans la logique, on devrait pouvoir reconstituer ces paysages pour qu’ils puissent être exploités pour l’agriculture ou l’élevage.
En termes de sécurité, il faut dire que ces trous laissés béants deviennent des dangers pour les enfants et les animaux. En effet, avec l’hivernage qui s’installe, ces crevasses sont remplies d’eau et sont sans protection. Des cas de noyades d’animaux et d’enfants sont à craindre comme ce fut le cas en 2012 à Bounouna lorsque le corps sans vie d’un enfant a été repêché des eaux de la carrière de briques.
Il revient une fois de plus à la commune d’en prendre toute la mesure, soit en orientant les gens vers des lieux bien précis tout en tenant compte de l’extension des villes, car lorsqu’un attributaire tombe sur ce genre de parcelle et qu’il ne dispose pas de suffisamment de moyens, sa mise en valeur sera compromise. La mairie pourrait par exemple associer les services de l’environnement à la gestion de ces carrières de briques.
Sy Amir LOOKMAN


Des élèves se mêlent à l’activité pendant les vacances

Pendant les vacances scolaires, raconte Souleymane Traoré, les confectionneurs de briques que nous avons trouvés sur le site Tangora étaient des élèves qui venaient s’adonner à la production de briques. Histoire d’avoir, selon eux, de quoi préparer la rentrée scolaire. Selon Souleymane Traoré, ces «concurrents» leur rendent la tâche difficile puisqu’au moment où ils sont là, les prix chutent et la qualité aussi.
Toujours selon M. Traoré, il faut une association de confectionneurs de briques. Selon ses propos, lui et ses collègues sont sujets à des exploitations favorisées le plus souvent par les acteurs eux-mêmes. Très souvent, les clients nous dictent leur volonté parce que nous ne sommes pas organisés. Pourtant, si nous nous organisons, nous pouvons maintenir le prix de 25 F CFA la brique.

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Numéro d'édition: 118

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