Souleymane Ouédraogo Ingénieur-statisticien-économiste-financier

Pourquoi la Sonabel vend-t-elle son énergie à perte ? Par Souleymane Ouédraogo

La grille tarifaire appliquée par la Sonabel date d’août 2006. Elle a été modifiée (revue à la baisse) en octobre 2008 pour permettre aux ménages à revenus modestes de consommer 25 kWh supplémentaires par mois en payant 75 F CFA/kWh (tarif social) au lieu de 128 F CFA/kWh. Une analyse de la structure de coût du kWh facturé par la Nationale d’électricité depuis 2006 a permis de construire les graphiques ci-dessous, dont l’analyse permet d’apprécier l’inadéquation des tarifs en vigueur.
En effet, sur toute la période d’analyse, le tarif moyen appliqué par la Sonabel (ligne jaune) ne permet pas de couvrir les dépenses qu’elle a engagées pour mettre l’énergie à la disposition des consommateurs. Avec le concours des autres activités de la société (travaux remboursables, produits accessoires, etc.) et des subventions d’équilibre, sa recette moyenne (ligne noire) a permis de couvrir le coût moyen du kWh entre 2006 et 2007 et d’atteindre un équilibre précaire entre 2008 et 2010. Mais à partir de 2011, le coût moyen du kWh a toujours supplanté la recette moyenne, entrainant la société dans une spirale de déficits dont le cumul a atteint 57 milliards en fin 2014. La situation aurait été bien pire sans les importantes subventions des combustibles consenties par l’Etat. En effet, sans ces subventions, la Sonabel serait déficitaire depuis 2006 et le cumul de ses déficits se chiffrerait à 194 milliards de F CFA en fin 2014.

Tab structurePour mieux comprendre l’évolution du coût moyen du kWh, il faut analyser l’évolution des postes de charges présentées dans les graphiques ci-dessus.
Le poids des charges de personnel dans le coût du kWh facturé par la Sonabel a baissé, passant de 15 F CFA en 2006 à 13 F CFA en 2014. Ainsi, malgré la hausse généralisée des salaires en 2011 et en 2013, la Société a su réduire le poids de ses charges de personnel dans le coût du kWh facturé. En 2014, 9% des dépenses de la Sonabel étaient destinés au personnel contre 13% en 2006.
La part des dotations aux amortissements a également baissé, passant de 20 F CFA en 2006 à 18 F CFA en 2014. Ce qui traduit une relative efficacité dans le choix des investissements réalisés. En 2014, les dotations aux amortissements représentaient 13% des charges de la Sonabel contre 17% en 2006.
Le poids des achats d’énergie a connu une augmentation entre 2006 et 2014 en passant de 8 F CFA à 25 F CFA. Cette hausse est la résultante d’une augmentation simultanée des tarifs d’achat de 66% et des quantités importées de la Côte d’Ivoire de plus de 350%. En 2014, les achats d’énergies ont représenté 18% des charges de la Sonabel contre 7% en 2006.
Le poids du combustible dans le coût du kWh facturé par la Sonabel a augmenté en passant de 36 F CFA en 2006 à 54 F CFA en 2014 après un record de 62 F CFA en 2012. Cette hausse est la résultante d’une augmentation simultanée de plus de 75% des prix d’achat des combustibles et de plus de 67% de la production thermique. En 2014, l’achat de combustibles représentait 40% des charges de la Sonabel contre 31% en 2006.
La part des autres charges de production, comprenant notamment les achats de pièces de rechange, dans le coût du kWh facturé par la Sonabel a baissé, passant de 16 F CFA en 2006 à 11 F CFA en 2014. Ce qui traduit une certaine maîtrise des coûts de production de la société. En 2014, 8% des dépenses de la Sonabel étaient destinés aux autres charges de production contre 14% en 2006.
La part des autres charges, notamment les charges financières et les services extérieurs, dans le coût du kWh facturé a globalement baissé entre 2006 et 2014, passant de 20 F CFA à 18 F CFA, avec un record de 33 F CFA en 2011 du fait de la location des groupes électrogènes rendue nécessaire par les dysfonctionnements de la ligne d’interconnexion avec la Côte d’Ivoire. En 2014, les autres charges ont représenté 8% des charges de la Sonabel contre 14% en 2006.
Depuis la fixation des tarifs en 2006, les seuls postes de charges qui ont évolué à la hausse dans le coût moyen du kWh facturé sont les charges combustibles et les achats d’énergie. Les autres postes de charges ont connu des baisses de 2 à 5 F CFA par kWh facturé ce qui constitue des économies énormes étant donné que la Sonabel facture plus d’un milliard de kWh actuellement.
La difficulté viendrait donc des charges combustibles dont les prix de cession à la Sonabel sont fixés par l’Etat et des charges d’achat d’énergie dont les prix sont fixés par les contrats établis à cet effet. Toutefois, il convient de remarquer que pour une augmentation des quantités importées de plus de 350%, la charge liée aux achats d’énergie n’a augmenté que de 17 F CFA par kWh facturé, alors que pour seulement 67% d’augmentation de la production thermique, la charge combustible s’est accrue de 18 F CFA. Cette augmentation aurait pu être plus importante si l’Etat n’avait pas réduit les prix des combustibles livrés à la Sonabel en juillet 2013.
En effet, en 2012, pour une hausse de la production thermique de 13% en référence à 2006, la charge combustible a augmenté de 26 F CFA par kWh facturé et la Sonabel a enregistré un déficit record de 15 milliards de F CFA. L’on imagine aisément que s’il eut fallu augmenter cette production thermique de 350% (en remplacement aux achats d’énergie), la Sonabel serait simplement incapable de supporter une telle charge financière. Aussi, nonobstant la hausse du prix des achats d’énergie, la présence des importations d’énergie dans le mix énergétique du Burkina est un avantage certain.
Si les prix de cession des combustibles et des achats d’énergie étaient restés à leur niveau de 2006, la Sonabel n’aurait enregistré aucun déficit, puisqu’elle a su réduire pour chaque kWh facturé toutes les autres charges (personnel, amortissements, autres charges de production, etc.).
Bien au contraire, elle aurait réalisé des résultats nets bénéficiaires dont le cumul est estimé à 130 milliards de F CFA sur la période 2006 – 2014. Il semble donc que le problème de la Sonabel soit principalement lié aux prix des combustibles qui dépendent à leur tour des cours du brut sur le marché international et des subventions apportées par l’Etat.
Le Burkina Faso n’ayant aucune influence sur les cours mondiaux du brut, c’est la subvention apportée par l’Etat qui doit être augmentée. Ce qui conduirait à plus qu’un doublement de la subvention annuelle actuelle qui est d’environ 20 milliards de F CFA. Une autre alternative serait de relever le niveau des tarifs en vue de couvrir les coûts en attendant que d’autres investissements structurants tels que la centrale solaire de Zagtouli et l’interconnexion avec le Ghana viennent réduire le coût moyen du kWh facturé par la Sonabel.

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Numéro d'édition: 117

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