Surcharge routière : L’Uemoa siffle la fin de la tolérance

• Fermeté à partir de septembre 2015

• Un chef d’Etat «champion» pour maintenir la dynamique

• Nouvelles conditionnalités des partenaires au développement

Normalement, depuis le 1er janvier 2011, tous les pays membres de l’Uemoa devaient appliquer le Règlement 14 relatif à l’harmonisation des normes et procédures de contrôle du gabarit, du poids et de la charge à l’essieu des véhicules lourds sur les routes de l’Union. Et cela conformément à la feuille de route prise le 19 mars 2010 encourageant à l’application des textes communautaires de lutte contre la surcharge routière.

Mais, le passage de la parole à l’acte n’a pas été à la hauteur des attentes. Les pénalités ne sont appliquées que partiellement et les délestages presque pas. Toute chose qui encourage les transporteurs à poursuivre leurs activités avec les mêmes habitudes. Les dernières études commanditées par la Commission de l’Uemoa font état de la généralisation de la pratique de la surcharge, avec des taux moyens au-delà de 80%, et de la persistance de l’extrême surcharge, avec des camions chargés à plus de 100 tonnes.
L’impact direct de cette situation se constate dans la réduction des 2/3 de la durée de vie des infrastructures routières du fait de l’agressivité de la surcharge. La dégradation précoce du patrimoine routier pénalise fortement le développement économique des pays qui ont de la peine à réunir les budgets pour l’entretien routier. Le coût des dégâts dus à la surcharge des poids lourds est évalué entre 34 et 45 milliards de F CFA par an pour les trois pays que sont le Burkina, le Mali et le Sénégal, selon une étude d’impact citée par un rapport de la Commission de l’Uemoa.
Les partenaires techniques et financiers, l’Union européenne en tête, commencent à mettre la pression sur les autorités de l’Union. Ils rappellent que l’application concrète de mesures efficaces permettant une diminution constatée de la surcharge demeure une conditionnalité pour leurs appuis en termes d’investissements routiers futurs. Présent à la réunion ministérielle régionale du 19 juin 2015 consacrée à la question, Thierry Barbe, le chef de coopération de la délégation de l’Ue au Burkina, a fait comprendre aux décideurs de la région que la programmation des futurs investissements routiers se fera prioritairement suivant une approche de mixage de prêts et de dons. La partie don qui sera financée par l’Ue est donc conditionnée à des progrès concrets en matière de réduction de la charge à l’essieu et la préservation du patrimoine routier. Le message est bien passé. La 3e réunion des ministres chargés des travaux publics et transports de l’Uemoa, du Ghana et de la Guinée marque la volonté politique d’appliquer le Règlement 14 adopté en décembre 2005.
La stratégie de lutte contre la surcharge adoptée par les ministres se fixe comme principal objectif de réduire le taux de surcharge actuel de 80% en dessous de 50% en fin 2017, à commencer par la traque à l’extrême surcharge dans le court terme. Pour y parvenir, tous se sont engagés à l’application effective et intégrale du Règlement 14 au plus tard le 1er juin 2016, mais de manière progressive et harmonisée, en acceptant une tolérance maximale de 20% sur les seuils règlementaires de poids.
La prochaine conférence des dirigeants de l’Uemoa pourrait designer un chef d’Etat «champion» à qui sera confiée la charge de conduire l’impulsion de la lutte contre la surcharge routière. La Commission de l’Uemoa, assure le Commissaire Augustin Tompieu Zo en charge de l’aménagement du territoire communautaire et des transports, envisage de poursuivre le programme d’appui aux Etats membres.
Elle prévoit investir 8 milliards de FCFA dans la construction d’une station de pesage clé en main dans chacun des Etats, aux sorties des ports et sur les corridors communautaires.
Christian KONE


Les ports, le maillon faible

A compter de 1er septembre 2015, il est prévu l’application de façon concomitante des dispositions en matière de contrôle de gabarit et de poids par tous les ports et les principales plateformes génératrices de fret de plus de 200.000 tonnes par an. Les ports sont particulièrement reconnus comme les maillons faibles de l’application des textes communautaires. Les directeurs généraux des plateformes de la région présents à la réunion de Ouagadougou ont été instruits de faire respecter l’interdiction de sortir de l’enceinte portuaire pour tout véhicule non conforme. Les responsables des enceintes portuaires ont demandé des mesures d’accompagnement en termes de matériels techniques appropriés pour les aider à observer les dispositions du Règlement 14. D’après la Commission, au 15 janvier 2015, plusieurs ports de l’Union n’étaient pas équipés en pèse-essieux fixes, à l’exception de celui du Togo, les autres effectuaient toujours les opérations de pesage à l’aide de ponts bascules.

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Numéro d'édition: 116

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