François 1er, styliste «Le Faso Danfani est réservé à certaines élites»

• Un produit en pleine expansion

• Une structure de fabrication de vêtements

L’économiste du Faso: Quelle place occupe le Faso Danfani dans le monde aujourd’hui ?

François 1er, styliste: C’est en 2007 que j’ai décidé de créer la marque François 1er au Burkina Faso. Etant à l’extérieur, j’avais pour ambition de faire du Faso Danfani un produit d’excellence. Le but était la valorisation, la transformation locale du tissu burkinabè. Nous avons donc réussi à mettre sur le marché des produits haut de gamme à base du pagne tissé traditionnel du Burkina Faso.
Aujourd’hui, la structure de Ouagadougou est en pleine expansion et s’est imposée à travers le monde. Le produit a montré ses capacités et ses qualités. Nous avons ici des gens très créatifs et compétents. Mais l’avenir du Faso Danfani est menacé parce qu’il risque d’être copié par le monde extérieur, notamment par les Chinois et autres. J’ai déjà visité des sites en Amérique latine où le Faso Danfani est déjà copié. Si on n’y prend garde, nous serons bientôt inondés et on ne pourra plus rien y faire. Nous sommes dans une dynamique de politique de marché et non d’industrialisation comme en France. Et nous risquons de tomber dans les mêmes problèmes qu’elle traverse aujourd’hui. Qu’on le veuille ou pas, nous sommes obligés de développer la transformation locale, de valoriser l’artisanat.
Nous ne pouvons pas passer le temps à importer les produits d’ailleurs. Il faut une prise de conscience avant que la chose ne soit irréversible. Nous sommes dans un pays où je me demande si les gens œuvrent à une politique d’industrialisation et de transformation locale. Je me demande, si les gouvernants sont conscients de la nécessite de mettre en place une unité industrielle de transformation du coton. Il est inadmissible que le Burkina Faso soit l’un des pays de la sous-région où il n’existe pas d’usine de textile, alors que nous produisons du coton. Le Faso Danfani coûte cher. L’acquisition du fil est de plus en plus difficile. On a du mal à l’avoir.

– Nous avons pourtant l’impression que le Gouvernement met tout en œuvre pour la valorisation du Faso Danfani à travers son nouveau code vestimentaire. N’êtes-vous pas de cet avis ?
Il ne suffit pas de porter de grands boubous en pagne tissé lors des cérémonies officielles ou de faire de grands discours patriotes à la télévision pour dire que l’on participe à la promotion de la culture burkinabè. Il faut régler le cœur du problème. C’est honteux de le dire, mais aujourd’hui le Faso Danfani n’est réservé qu’à certaines élites burkinabè. Le Burkinabè moyen ne peut même pas se permettre de s’habiller quotidiennement en Faso Danfani. Prenons l’exemple d’une femme qui désire se vêtir en Faso Danfani. Il lui faudra 3 pagnes pour lui coudre un ensemble. Le prix minimum pour un pagne est de 7.000 F CFA. Les 3 pagnes feront donc 21.000 F CFA, sans compter la main-d’œuvre du couturier. Il lui faudra débourser au minimum 30.000 F CFA.
Pour un Burkinabè ayant un salaire de 60.000 F CFA, comment voulez-vous qu’il puisse s’habiller localement ? Si nous voulons nous habiller burkinabè, donner du travail à nos frères, participer à la transformation locale, contribuer à l’économie du pays, il faut absolument que l’Etat règle le problème de l’acquisition de la matière première.
Il n’y a pas de raison que nous soyons confrontés à un manque de matière première, étant l’un des meilleurs producteurs de coton. Si l’Etat n’intervient pas, l’avenir s’annonce difficile. Depuis plus de deux mois, les femmes n’ont plus accès aux fils pour le tissage. La société Filsah était subventionnée par l’Etat pour fournir du fil aux femmes. Malheureusement, le contrat est arrivé à échéance.
Et cela fait des mois que les femmes n’ont plus de fil. Tout cela bloque le dynamisme du rêve et de la production. Nous les créateurs, nous ne pouvons que faire la promotion de la matière, montrer au monde ses qualités, faire de belles choses. Mais si nous ne pouvons même pas avoir accès à la matière première, nous ne pouvons pas aller à l’industrialisation. L’énergie coûte cher. Il existe également un problème de transport, le fret coûte cher. Comment pouvons-nous dans ces conditions travailler et vendre à l’extérieur. Nous tournons finalement en rond malgré le fait que nous aimons notre pays et que nous voulons croire que des changements sont possibles.

– Quels sont vos projets dans le sens de la valorisation du Faso Danfani ?
Actuellement, j’ai mis en place à Koudougou, avec l’Ong Le Relais, une structure de production du Faso Danfani de moyenne gamme. C’est une structure de fabrication de vêtements faits à partir du Faso Danfani, tissés et teints sur place. Toute la filière y est regroupée: le tissage, la teinture, la production et la commercialisation. Ce projet appelé «Terre d’origine» a démarré depuis janvier dernier. «Terre d’origine» fait référence à mon retour sur ma terre d’origine après plusieurs années à l’extérieur. Cette structure emploie environ 15 personnes. Nous allons bientôt évoluer et atteindre une centaine d’employés. Le but, c’est de créer des emplois comme le veut la dynamique du groupe qui est dans l’économie social solidaire. Le Relais accompagne plusieurs projets à travers le Burkina. Il est dans l’agriculture, le développement industriel, la friperie, mais aussi dans le textile. Aujourd’hui, notre ambition est la recherche de la qualité, donc notre production est basée sur cet aspect. Avec notre personnel, nous produisons 30 à 40 chemises par jour. Nous mettons l’accent sur la qualité afin que nos produits soient commercialisés à l’extérieur. Nous espérons à travers ce projet ramener le Faso Danfani à une mode urbaine, contemporaine, à une mode qui peut s’imposer dans toute l’Afrique, une mode compétitive et qui puisse s’exporter afin de ventiler notre culture, mais aussi créer des emplois. Le Relais a 80 magasins à travers la France. Les produits sont donc exportés. Mais nous en vendons également en Afrique.

Germaine BIRBA

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Numéro d'édition: 115

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