Crimes et injustices : Des chiffres révélateurs

• 2.039 dossiers reçus à la date du 8 juin 2015

• La Commission de réconciliation propose des mécanismes de pardon

C’est logiquement le 13 août 2015 que le rapport de la Commission de la réconciliation nationale et des réformes (Crnr) doit être déposé sur la table du Premier ministre, Yacouba Isaac Zida. Avant ce délai, Mgr Paul Ouédraogo et ses Commissaires mettent les bouchées doubles pour tenter de répondre à l’attente des populations. Déjà, les statistiques faites par les différentes sous-commissions montrent le degré d’injustice et de torts subis par les Burkinabè. De 1960 à 2000, le Collège des sages (dont le rapport a été déposé le 30 juillet 1999), en son temps, avait reçu 231 fiches qui comportaient 91 crimes de sang, 81 crimes économiques, 49 crimes dus à des tortures, séquestrations, bris de carrières et 10 autres crimes. Parmi lesquels, on dénombrait les personnes assassinées pour règlements de comptes politiques, les personnes décédées suite à des tortures ou des personnes disparues suite à des enlèvements.

Les périodes les plus sanglantes de l’histoire du pays
Quant à la Commission de la réconciliation nationale créée en novembre 1999 et dont le rapport a été déposé en février 2000, elle a enregistré 374 dossiers dont 176 crimes relevant de la violence politique ou crime de sang, 92 crimes économiques et 106 autres crimes.
Les dossiers varient d’une période à une autre. Pour la période allant de 1960 à 1972 (12 ans), aucun dossier n’a été enregistré. Deux ont été enregistrés dans la seconde période, la décennie 1973 au 3 août à 1983. Dans la 3e période qui va du 4 août 1983 au 14 octobre 1987 (4 ans), il y a eu au total 27 dossiers. Pour la quatrième période allant du 15 octobre 1987 au 10 juin 1991 (4 ans), 48 dossiers ont été enregistrés. Du 11 juin 1991 à 2000 (9 ans), ce sont au total 21 qui ont été enregistrés. On constate à partir de ces chiffres que de l’avènement du Front populaire aux années 2000, on a enregistré 69 crimes. Si on inclut la période révolutionnaire qui a enregistré 27 crimes, on a presque la totalité des crimes, soit 96 sur 98 crimes. En ce qui concerne les morts par balles perdues ou par bavures policières, il y en a eu au total 15 sur les deux périodes. Pour ce qui concerne les exécutions pures et simples de personnes, 9 dossiers ont été enregistrés (du 4 août 1983 au 14 octobre 1987) contre 13 dossiers, de juin 1991 à 2000. Du 15 octobre 1987 au 10 juin 1991, il y a eu 24 dossiers.
Sur la période de 2000 à 2014, la Commission de la réconciliation nationale et des réformes enregistre pour l’instant les chiffres suivants : crimes de sang 95, contre 45 crimes économiques et 1.899 autres crimes dont 1.139 cas d’injustices. Pour ce qui concerne les morts de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (Mbdhp) et Amnesty international, section du Burkina, ont recensé 24 morts à Ouagadougou, 2 morts à Bobo-Dioulasso, 1 mort à Léo, 2 morts à Ouahigouya, 5 morts dans le Yagha, à Tangari dans la mine de Somika. Soit un total de 32 victimes dont 19 tuées par balles.
Les victimes par blessures lors de cette insurrection sont au nombre de 400. A la lumière de ces chiffres, le constat majeur est que la plupart de ces crimes ont été commis à partir du 4 août 1983, dont la montée en flèche se constate entre le 15 octobre 1987 et le 10 juin 1991. Ces chiffres révèlent que le Front populaire et les débuts de la IVe République sont les périodes les plus sanglantes de l’histoire du Burkina. Les statistiques entre 2000 et le 28 octobre 2014 ne sont pas exhaustives.

Rétablir la cohésion
Ce sont donc sur tous ces cas dont la grande partie n’a pas trouvé solution que la Commission que préside Mgr Paul Ouédraogo doit statuer et faire des recommandations idoines aux fins d’une cohésion sociale retrouvée. C’est en cela que la tenue de l’atelier sur les crimes, les injustices et les inégalités sociales au Burkina les 16 et 17 juin derniers recouvre tout son sens. Face aux différentes données, le président de la Crnr, Mgr Paul Ouédraogo, n’a pas caché son amertume : «La mauvaise gouvernance semble avoir repris le dessus au Burkina Faso. Elle a eu pour conséquence une désagrégation et un pourrissement progressif de la vie socio – politique et économique du pays», remarque-t-il. Le président de la Commission, avant le dépôt du rapport, a en mémoire le sort réservé aux travaux du Collège des sages et des autres commissions antérieures : «Les remèdes proposées par le Collège des sages, la Commission de la réconciliation nationale, le Comité d’éthique et autres institutions, qui ont fait naître l’espoir à plus d’un, ont vite tourné au cauchemar, faute de volonté politique de les mettre en application. Les Burkinabè, désenchantés, n’y croient plus. La volonté de révision de l’article 37 de la Constitution a été l’élément déclencheur et révélateur d’une crise socio-politique et économique plus profonde, d’où l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014». La vocation de la Crnr est de ressouder les liens et de rétablir cette nécessaire cohésion. Les 5 sous-commissions s’y attèlent. Depuis le 13 mars 2015, date d’installation de la Commission, de larges concertations, des audiences avec des victimes, des collectes de données, meublent les travaux de ladite commission. Les crimes recensés et les différentes injustices et les torts répertoriés sont la preuve que les recommandations de la Commission ne doivent pas connaître le même sort que les conclusions du Collège des sages et des autres commissions antérieures.
J. B


 

Les statistiques de la Commission depuis le 15 mars 2015

Audiences et entretiens : 196
Fiches de réformes collectées : 262
Personnes ayant donné des propositions de réformes : 50
Crimes de sang recensés : 95
Crimes économiques recensés : 45
Autres crimes (contentieux administratifs, militaires, sévices..) : 1.656 dossiers et un collectif de dossiers des étudiants de Cuba
Récapitulatif : 2.039 dossiers reçus à la date du 8 juin
Rencontres avec les Forces vives de Saponé, Koudougou, Bobo Dioulasso, Kaya, Ouahigouya.

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Numéro d'édition: 115

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