Dominique Ouédraogo (au micro) et Hilaire Kaboré sont revenus sur l’historique de la Sonabhy. (Ph.: MK)

Hydrocarbures au Faso : Au commencement était la Seb

Une conférence publique sur l’historique et les perspectives
Le pipeline comme panacée ?
S’adapter en permanence au marché

Dans 20 ans, la consommation nationale en hydrocarbures sera d’environ 4.200.000 m3, soit trois fois et demie la consommation actuelle. Dans cette perspective et en vue de répondre à cette demande grandissante, la Sonabhy entend améliorer ses services dans l’approche, mais aussi dans le transport massif. Il s’agira de s’adapter au marché international du pétrole par des méthodes plus souples, plus efficaces et avoir une présence confirmée sur la côte. Ces projets de la Sonabhy ont été expliqués à l’occasion de son trentenaire, lors d’une conférence publique regroupant les anciens et actuels employés de la maison, ainsi que les acteurs concernés par le secteur, le 10 juin 2015. Les deux conférenciers du jour, Hilaire Kaboré, directeur du département exploitation, et Dominique Ouédraogo, chargée de mission à la direction de l’audit et de la qualité, sont aussi revenus sur l’historique de la Sonabhy. Au cours de ces 30 ans d’existence, plusieurs évènements ont marqué l’évolution de la Sonabhy.

Les grandes évolutions
Dès ses premières années, la Sonabhy, alors Société d’entreposage du Burkina (Seb), a connu des insuffisances dans sa capacité de stockage des hydrocarbures. Seulement 30% de la desserte atteignaient 24 localités, le plus gros lot, 70%, servait pour Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, avec une capacité de stockage de 2 semaines d’autonomie en 1963.
En 1966, 5 grands marketeurs étaient présents sur le marché des hydrocarbures au Burkina. Il s’agit de Shell, Total, Mobil-oil, Bp et Texaco. Il a fallu attendre 12 ans, soit en 1978, pour voir l’entrée de l’Etat dans le secteur. Elle s’est concrétisée par la prise de capital dans la société Shell (51%) qui devient Petrovolta & Shell. Cette entrée de l’Etat a permis la mise en place d’un stock de sécurité de 90 jours et 30 jours de stock de roulement, mais aussi de mieux réguler et fixer les prix des produits pétroliers, par la création de la Caisse générale de péréquation (Cgp).
Le 9 octobre 1985, la Sonabhy est créée en remplacement de la Société d’entreposage de Bingo (Sebhi). Son capital initial est fixé à 1 milliard de F CFA. Tout de suite après sa création, le secteur se professionnalise. Entre 1993 et 1995, on assiste à la création du dépôt de gaz de Bingo, 1re sphère de la Sonabhy et en 2005, celle du 1er centre emplisseur moderne. Dans la même année, commence l’approvisionnement direct de la Sonabel par la nationale des hydrocarbures.
Au cours de son évolution, explique Hilaire Kaboré, «la Sonabhy s’est caractérisée par sa régularité dans l’approvisionnement en hydrocarbures, par une meilleure maîtrise de la facture pétrolière et de la qualité des produits». Elle a aussi renforcé ses capacités de stockage. Et son activité contribue à la mobilisation des recettes pour les caisses de l’Etat. Et rien que pour l’année 2014, elle a versé 140 milliards de F CFA à l’Etat en termes de recettes (impôts et dividendes).

Projets

Cependant, l’insuffisance de la capacité de stockage est toujours d’actualité. La croissance du marché est de 10,7%, selon les conférenciers. Ainsi, près de 3,5 millions de tonnes d’hydrocarbures seront consommées en 2035. Ce qui engendrera 94.000 chargements de wagons ou camions citernes par an, soit 1.800 par semaine et 360 à charger et réceptionner par jour.
Aussi, la capacité de stockage devra être revue à la hausse 700.000 m3 pour 60 jours d’autonomie. Devant ces perspectives de transport massif à promouvoir, l’ère du pipeline est plus qu’envisagée. En attendant, dans le programme d’investissement 2015-2025, la Sonabhy entend créer des dépôts à Fada N’Gourma et au Nord du pays.
NK


Jean Sidibé aux commandes

Jean Sidibé (Ph.: MK)

Jean Sidibé (Ph.: MK)

Avant la naissance de la Sonabhy, le secteur des hydrocarbures était représenté au niveau local par deux sociétés. La Société burkinabè des hydrocarbures (Sebhy) ex Société d’entreposage des hydrocarbures de Bingo (Sehbi). Constituée en 1985, elle était une société à capitaux mixtes (70% à l’Etat, 30% aux sociétés de distribution). Son objectif, rationaliser le stockage et constituer les stocks de sécurité. La seconde est la Société d’entreposage de Bobo-Dioulasso (Seb), constituée par les compagnies distributrices de produits pétroliers, avec un financement initial du Gouvernement pour gérer le dépôt pétrolier de cette ville.
La Sonabhy a été créée sur la base des actifs de la Seb et de la Sebhy pour importer, stocker, transporter, conditionner, vendre et distribuer (la distribution à la pompe est assurée par les compagnies pétrolières traditionnelles, filiales de multinationales) les hydrocarbures liquides et gazeux.
La structuration de cette mission s’est faite sous la direction de Jean Sidibé, à l’époque Sg de la Sonabhy, anciennement directeur général de la Seb. Présent à la conférence publique sur l’historique de la société, M. Sidibé, aujourd’hui à la retraite, est revenu sur les tractations de la direction de Sitarail de l’époque pour avoir le monopole sur le transport des hydrocarbures des côtes à l’intérieur du Burkina. Il est aussi revenu sur la nécessité de la création du dépôt de Bingo et de l’externalisation de certains services de la Sonabhy, à savoir le transport.
Sur la nécessité de création de la Sonabhy, Jean Sidibé explique: «Le 10 septembre 1985, un rapport adressé au président du Faso par le ministre de la Promotion économique préconisait la création d’une Société nationale d’hydrocarbures afin de permettre, sur le plan financier, à l’Etat de réaliser des bénéfices pour renforcer sa trésorerie et de permettre aux consommateurs d’avoir des niveaux de prix supportables; sur le plan politique, de négocier directement avec les pays producteurs d’hydrocarbures dans l’optique de meilleurs prix; sur le plan stratégique, de garantir au pays une plus grande sécurité énergétique.
Ce rapport procédait des conclusions des huitièmes assises des Tribunaux populaires de la révolution (Tpr) tenues à Bobo-Dioulasso du 22 juin au 1 er juillet 1985, qui, après avoir conclu à une gestion laxiste des sociétés pétrolières privées, ont recommandé les actions suivantes: une diversification des sources d’approvisionnement en produits pétroliers; une centralisation des importations non seulement pour se protéger des fluctuations des prix, mais aussi pour assurer un stock de sécurité physique pour le pays; une plus grande participation de l’Etat dans la gestion du sous-secteur pétrolier. Ainsi naquit la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (Sonabhy) le 9 octobre 1985 par Kiti(decret) n° 85-035/Cnr/Pres/Preco, par apport des actifs des deux sociétés de stockage d’alors, à savoir la Seb et la Sebhy, dont les actionnaires ont été expropriés pour cause d’utilité publique et indemnisés par l’Etat».

Commentaires
Numéro d'édition: 114

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.