Les travaux de construction de la mine de Karma ont été interrompus en janvier dernier suite à la destruction des installations de celle-ci par les populations riveraines en colère, inquiètes de leur impact sur des sites sacrés. (DR)

Sécurisation des sites miniers: les limites de l’Onassim

• L’effort du Gouvernement doit être continu

• Rassurer les investisseurs

• L’adhésion des populations, un préalable

Le 14 mai dernier, True gold, société minière détentrice du permis d’exploitation de Karma, dans le Nord du pays, a repris ses activités. Les travaux de construction ont été interrompus en janvier dernier suite à la destruction des installations de la mine par les populations riveraines en colère, inquiètes de leur impact sur des sites sacrés.Un mouvement de colère qui a entraîné des dégâts estimés à 4 milliards de F CFA.

La reprise des travaux est le résultat de l’intervention du gouvernement de transition qui a mis en place un Comité de suivi et de liaison communautaire (Csl) pour la poursuite du dialogue avec les communautés touchées par le projet minier. Le Gouvernement a ainsi adressé une lettre officielle aux autorités locales, garantissant la sanctuarisation des lieux sacrés à l’origine du différend (la mosquée et le cimetière), ainsi que la protection du village.
Cette action du Gouvernement répond aux termes du contrat établi entre l’Etat burkinabè et les investisseurs. En effet, dès qu’un investisseur a un contrat dans le pays, il appartient à l’Etat d’assurer la sécurité de ses biens et des personnes.
Avec 30 milliards de F CFA déjà investis au Burkina, la mine de Karma a déjà réalisé les travaux de terrassement pour le site de l’usine, et les bâtiments de l’administration et médicaux sont à 100% achevés. Les magasins et le laboratoire sont, quant à eux, à un taux d’exécution de 90%.
Un gros investissement donc pour que l’Etat ne facilite pas la reprise des activités de la mine. Ainsi, depuis la reprise, c’est un dispositif de force de sécurité qui a été employé afin d’assurer la sécurité des travailleurs et des infrastructures dans la mine de Karma. Surtout que la mine a prévu de réengager la main d’œuvre locale pour accélérer la reprise des travaux, selon un communiqué de True gold publié le 19 mai dernier. «Nous allons continuer à investir entre 2 à 4 milliards de F CFA par an pour les communautés locales à partir de la première année d’entrée en production», a déclaré Christian Millau, président et chef de la direction de True gold mining.
Que d’investissements donc pour cette mine afin de continuer la vaste campagne de communication et de discussion avec les responsables communautaires de la région.
La gageure pour l’Etat, c’est d’éviter que ce genre de crises sociales ne se répète encore, que ce soit à Karma ou dans d’autres zones minières. Pour le cas de True gold, l’Office national de sécurisation des sites miniers (Onassim) était absent lors des casses. Encore que, face à la furia des populations, on se demande quel type de riposte l’office pouvait organiser. Manifestement, ses postes de sécurité n’ont pas la capacité de réaction nécessaire face à un mouvement de foule, alors que c’est le pire qui puisse arriver à un site minier. Il faut donc se donner les moyens d’empêcher de telles destructions.
Sur ce plan, l’Onassim a failli à sa mission. L’office semble avoir tiré les leçons de cette année mouvementée en optant pour la prévention et le dialogue renforcé avec les communautés riveraines : «Dans notre mode opératoire, il y a d’abord la sensibilisation. Il faut expliquer aux gens qu’il y va de leur intérêt et qu’il faut qu’ils s’associent aux structures en charge de la sécurité (…) Si tous les acteurs sur les sites miniers sont sensibilisés et que chacun connaît son rôle, on n’aura pas recours à la force», avait expliqué le Colonel-major Etienne F. Ouédraogo, directeur de l’Onassim, lors d’une tournée de sensibilisation du 11 au 15 mars dernier dans la région du Nord.
Les cas de conflits entre les sociétés minières et les populations se sont accentués après la Révolution des 30 et 31 octobre 2015 au Burkina. Les plus récents (hormis pour le cas de Karma ndlr) ont été observés dans le Bam avec Bissa gold, les 25 et 26 février derniers, dans la zone de Karatenga avec la société minière de valorisation de l’or, à Bouroum au Sanemtenga, avec la société minière de Tarpako les 16 et 17 février et le cas de Tarpako.
Ces conflits ont entraîné au total 600 pertes d’emplois, des pertes en biens et matériels d’une valeur de 4 milliards de F CFA que l’Etat devrait rembourser. Une perte sèche donc que l’Onassim devait éviter s’il avait plein pouvoir de gérer les conflits.
Notons que la plupart des grandes mines du pays se dotent elles-mêmes de personnel de gardiennage, souvent composé pour la plupart d’étrangers. Difficile donc de créer souvent une situation de confiance entre eux et les riverains. Il y a aussi le refus des sociétés minières et de géo-services de reverser une contribution financière à l’Onassim. Les agents qui interviennent donc pour le compte de l’Onassim dans la sécurisation des zones minières sont rémunérés à la hauteur des ressources de l’Office.o
NK


Plus 500 milliards de F CFA pour l’Etat

Dans le communiqué de True gold paru le 19 mai dernier, la part de recettes que la mine de Karma devra verser au Gouvernement est estimée à 1,601 milliard de dollars. Ainsi, au cours de la vie de mine, l’Etat burkinabè encaissera plus de 500 milliards de FCFA par le biais des redevances nettes de fonderie, d’impôts sur les sociétés et d’un intérêt porté à 10%. La mine a aussi prévu d’importants investissements dans l’infrastructure locale, l’éducation, etc.
Ces chiffres, estimatifs, ont été fournis à la suite de l’étude de faisabilité définitive du projet Karma en décembre 2013 et sur la base des hypothèses qui y sont établies. Les chiffres estimés peuvent être affectés par un certain nombre de facteurs, y compris le prix de l’or, les variations des prix des consommables, la main-d’œuvre, etc., a complété True gold.


 

Les objectifs de l’Onassim

– assurer la protection des sites miniers notamment, les personnes et leurs biens, les infrastructures minières sur toute l’étendue du territoire national ;
– assurer la sécurité des transferts des produits d’exploitation, des fonds et des personnels des sites miniers en mission ;
– assurer des escortes et des patrouilles de sécurisation sur les périmètres miniers et les axes routiers environnants;
– maintenir et rétablir l’ordre public sur le périmètre des sites miniers ;
– assurer la prévention de l’insécurité notamment, à travers des actions de sensibilisation et de concertation avec les intervenants du domaine minier ;
– assurer, s’il y a lieu, le dédouanement, in situ, des équipements et matériels des sociétés minières ;
– lutter contre toutes formes de criminalités sur les sites miniers ;
– lutter contre la fraude douanière sur les sites miniers ;
– assurer les missions de police judiciaire dans le périmètre des sites miniers ;
– veiller à la protection de l’environnement sur le périmètre et aux environs des sites miniers.
Dans le cadre de ses activités, l’Onassim peut faire appel à tout expert dont l’intervention est nécessaire à l’action de l’Office.

Source : Décret n° 2013-1309/Pres/Pm/Mef/Mats/Mef du 31 décembre 2013 portant création de l’Office national de sécurisation des sites miniers (Onassim)

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Numéro d'édition: 111

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