La suspension des émissions d’expression directe sur les radios et télévisions : un coup dur pour la liberté d’expression oui, mais aussi un coup économique dur pour les médias privés. (DR)

Suspension des émissions : Un coup dur pour les finances

• Des radios crient à l’asphyxie

• Vite un consensus!

• Les promoteurs au pied du mur

7 mai 2015. La décision du Conseil supérieur de la communication tombe. «Les radios et télévisions du Burkina doivent suspendre durant 3 mois la diffusion de leurs émissions d’expression directe». Le régulateur justifie cette mesure par les nombreux dérapages et manquements sur les médias: «La suspension de ces émissions vise à circonscrire les graves atteintes aux droits, à l’honneur, à la dignité d’autrui, ainsi qu’à l’ordre public, fréquemment constatées dans ce type de programme».

Sitôt annoncée, la mesure déclenche un ballet de désapprobation et d’incompréhension, aussi bien au sein des médias que dans les autres sphères de la vie socio-politique du pays. Mais si la mesure du Csc fait planer un air impur sur la liberté d’expression selon certains, il y a également l’autre face de la médaille, l’asphyxie financière de certains médias audio-visuels pendant cette période creuse et pour lesquels ces émissions étaient une véritable rente financière.
Les émissions interactives sont devenues, au fil des ans, incontournables et pour les auditeurs et pour les médias audio-visuels car elles participent de la liberté de ton et d’expression si chère à tous. Même si de temps à autre des dérapages sont constatés, il n’empêche que ces émissions servent la participation citoyenne à la gouvernance du pays.
Que ce soit «Affairage» sur la radio Ouaga Fm, «On se mêle de quoi» sur la radio Légende, «Zoelesse» ou «Venegré» sur la radio Salankoloto ou encore «100 minutes pour comprendre» à la radio Savane Fm, ces émissions d’expression directe sont des moments de grande écoute ciblés par des annonceurs, des partenaires ou même des services administratifs pour faire passer des spots publicitaires en contrepartie d’une somme d’argent versée à l’organe de presse.
Bangnomboé Bakiono, le directeur de la radio «Ouaga Fm», confirme les dommages économiques de cette mesure du Csc, l’institution de régulation des médias au Burkina. «Suspendre Affairage jusqu’en juillet équivaut à perdre des annonceurs et des partenaires importants de la radio», s’insurge-t-il. Il se demande alors si le Csc a mesuré tout le poids de sa décision sur les médias privés. «Déjà qu’avec la Transition, les activités économiques ne sont pas au beau fixe, c’est un nouveau coup dur pour nous», renchérit le directeur de la radio Ouaga Fm.
Du côté des autres médias, c’est également la même complainte. A la radio Salankoloto, si les annonces pleuvent à l’heure de «Zuloesse» ou de «Venegré», c’est parce que ce sont des heures où l’audience est élevée. Et de l’avis de son directeur de programme, Parfait Ido, il va s’en dire que la suspension de ces émissions va ralentir du même coup la course des annonceurs. Des revenus financiers en moins qui ne réjouissent guère les patrons de presse. Ces derniers ne se sont pas privés de le signifier au Csc.
Ce qu’il faut saluer, c’est qu’il n’y a pas eu de défiance. L’honneur et l’autorité du régulateur sont saufs. Bien au contraire, les responsables de certaines radios ont trouvé les moyens de maintenir les émissions querellées en prenant soins de supprimer «l’expression directe» en attendant la levée de la mesure.
Les radios et les télés ne sont pas les seules victimes de la mesure du Csc. Elle engendre des dommages collatéraux au niveau des opérateurs de téléphonie mobile et du fixe. Les émissions interactives suscitent de nombreux appels de la part des auditeurs et des téléspectateurs. La suspension aura des conséquences économiques certaines.
Des concertations sont en cours justement pour attirer l’attention du Csc sur l’impact de sa décision sur l’économie des médias concernés. Dans sa seconde déclaration du 12 mai, le régulateur est à la recherche d’un consensus pour sortir honorablement de cette impasse tout en demandant au promoteur des médias audio-visuels de faire preuve de responsabilité : «Le Csc se félicite du grand débat national que suscite sa décision quant à l’avenir de ce type d’émissions, en espérant qu’en termes de respect des lois, chaque acteur jouera sa partition.
Toutefois, en réponse aux différentes réactions souvent passionnées, à la compréhension affichée par la plupart des promoteurs des médias audio-visuels et prenant en compte la disponibilité des organisations professionnelles à l’accompagner en vue d’un meilleur encadrement des émissions concernées, comme stipulé dans leur déclaration du 11 mai 2015, le Conseil a engagé une série de concertations avec les responsables des associations professionnelles et les promoteurs des radios et des télévisions afin de dégager une position consensuelle».
Les concertations entre les acteurs se sont poursuivies toute la semaine, au moins jusqu’au vendredi 15 mai. Les résultats de ces rencontres devraient aboutir en principe à la levée de la mesure.
CE


Des émissions en vogue et qui rapportent

Les annonceurs positionnent généralement leurs spots publicitaires avant, pendant ou après ces émissions d’expression directe à très forte audience. Le prix varie en fonction du créneau choisi. D’après nos informations, les prix varient entre 8.000 FCFA, 12.000 et 35.000 FCFA par passage, en fonction de la radio. Les émissions les plus convoitées par les annonceurs sont, entre autres, «Affairage» sur la radio Ouaga Fm, «Venegré» de Salankoloto, «100 minutes pour comprendre» à la radio Savane Fm, «Nekré» de Fémina Fm.

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Numéro d'édition: 110

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