Me Mamadou Traoré, Bâtonnier de l’Ordre des avocats, présentant les lettres qui avertissaient et qui sont restées sans réponses. (Y.S)

Justice et Assises criminelles : Vers un bras de fer avec les avocats?

• Les avocats restent fermes

• Trois conditions pour y participer

• Les négociations s’ouvrent

Le Bâtonnier de l’ordre des avocats, Me Mamadou Traoré, a rencontré la presse le 4 mai 2015 pour donner sa version des faits par rapport au refus des avocats de participer aux Assises criminelles qui devaient se dérouler du 4 au 18 mai. Pour que le Bâtonnier commette un avocat pour les Assises criminelles qui ont été reportées, il y a prioritairement trois conditions à remplir.

Le premier : il faut qu’il y ait une suite judiciaire et disciplinaire aux dossiers en rapport avec des acteurs de la justice. Me Traoré est catégorique : «Il ne faut pas que le crédit de la justice soit entaché par le comportement de certains acteurs. On ne veut pas donner l’impression qu’on participe à une comédie publique». Il faut donc commencer par balayer dans la maison. Car, précise-t-il, «la corruption au sein de la justice est la marque de fabrique des Etats faibles».
La deuxième situation qui irrite les avocats, c’est la décision des magistrats de ne plus faire passer les dossiers des accusés assistés par des avocats à la Cour correctionnelle. Troisième doléance : il faut que les dossiers pour les Assises criminelles soient transmis à temps (pas 8 jours avant comme c’est le cas).
A écouter le Bâtonnier, la question pécuniaire qui est de revoir à la hausse les honoraires de la commission d’office (de 100.000 à 300.000 F CFA) n’est qu’un élément des revendications, qui plus est ne date pas de maintenant. Correspondances à l’appui, le premier des avocats du Burkina confie que c’est depuis 2006 que cette doléance est posée.

«L’Ordre des avocats n’est pas un ordre de moines tibétains. Nous n’avons pas fait vœu de pauvreté» a affirmé Me Traoré lors de la conférence de presse. (Y.S)

«L’Ordre des avocats n’est pas un ordre de moines tibétains. Nous n’avons pas fait vœu de pauvreté» a affirmé Me Traoré lors de la conférence de presse. (Y.S)

En effet, les lettres adressées au directeur de la justice militaire (à l’occasion des Assises militaires), avec ampliations aux secrétaires généraux des ministères de la Défense et de la Justice, datées du 4 février 2014 et du 21 février 2014, n’ont pas obtenu de réponses. Et Me Traoré de clarifier : «Il ne faut pas que l’on dise que les avocats veulent prendre les Assises criminelles en otage».
Comme si la colère de Me Traoré est montée d’un cran quand il se souvient de la récente sortie du ministère de la Justice, il martèle : «Les magistrats sont payés, les journalistes sont payés, les ministres sont également payés. Soyons réalistes : si les avocats demandent une amélioration de leurs honoraires, où est le problème? Je ne connais aucun fonctionnaire qui effectue une mission gratuitement.
En matière de citoyenneté et de patriotisme, nous n’avons de leçon à recevoir de personne». Les comparaisons ne sont pas finies : «De même qu’on achète une 4×4 pour les missions d’un ministère, de même on doit permettre à l’avocat de défendre efficacement un client qui risque la peine capitale et n’a malheureusement pas les moyens de se procurer un défenseur. L’Ordre des avocats n’est pas un ordre de moines tibétains. Nous n’avons pas fait vœu de pauvreté». Ce n’est pas tout, car il ajoute: «Vous savez que les Assises, ce n’est pas seulement à Ouagadougou. Il y en a à Koudougou, à Bogandé, à Dori, etc.
Vous savez combien d’avocats ont cassé leur voiture en rejoignant ces juridictions, et qui n’ont jamais été dédommagés? Et les frais aux compléments de dossier, les frais d’hôtel, de carburant? Vous imaginez que si l’avocat est absent de son cabinet, la vie s’arrête quelque peu. Nous sommes une profession libérale. Nous devons payer le loyer, nos employés, et sommes assujettis aux impôts comme tout autre». Alors, conclut le premier des avocats du Burkina: «Il ne faut pas que dans une volonté de populisme, on tente de présenter les avocats comme des personnes qui refusent de faire leur travail», surtout que de par le passé, foi de Me Traoré, des prestations et assistances judiciaires ont été offertes gracieusement par l’Ordre.
Quel sort réserver aux Assises criminelles reportées, si leurs revendications ne sont pas satisfaites, surtout qu’il y a le dossier Ousmane Guiro (ancien Dg des douanes) qui y est inscrit? Le Bâtonnier lance: «Nous, on s’en fout que le dossier Guiro soit dans ces Assises.
Nous ne sommes pas dans un enjeu politique. Nous ne voulons pas faire de la figuration dans ces Assises». A entendre le Bâtonnier, les avocats restent sur leur position et ne bougeront pas si leurs revendications ne sont pas prises en compte.
Alexandre Le Grand ROUAMBA


Les résolutions qui avertissaient

A l’issue de l’assemblée générale des avocats du Barreau du Burkina tenue le 5 janvier 2015, une résolution (la 4e) avait déjà été prise. Voici son contenu : «L’assemblée générale extraordinaire décide de la suspension de la participation des avocats aux Assises criminelles par le refus catégorique des commissions d’office. Soumet la levée de cette mesure :
– aux suites judiciaires et disciplinaires aux dossiers de corruption et autres manquements professionnels pendants au ministère (ndlr, Justice) et dont sont auteurs des acteurs de la chaîne judiciaire,
– au respect de la préséance des avocats aux audiences par devant les juridictions».

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Numéro d'édition: 109

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