Les grandes zones (provinces) de productions maraichères au Burkina sont, entre autres, le Houet, l’Oubritenga, la Comoé, le Passoré, le Kénédougou, le Ganzourgou et le Mouhoun. (DR)

Production de la tomate: 98% de la production nationale exportés frais

• L’usine de transformation en souffrance

• Des comptoirs de commercialisation non opérationnels

• La limite de la Stfl

Une des questions qui sera probablement abordée lors de cette 18e Jnp sera le point exact de la mise en place de la Société transformation des fruits et légumes (Stfl). Très attendue par les producteurs, depuis 2009, l’usine se fait plus que désirer. Les pertes de productions sont énormes et une bonne partie s’exporte frais.

Il y a quelques années, la tomate était la première production maraîchère du Burkina Faso. De nos jours, les problèmes d’écoulement du produit font que les producteurs ont abandonné cette production au profit de l’oignon et de la pomme de terre, conservables plus longtemps avant d’être vendus. De Loumbila à Ouahigouya en passant par Yako, les espoirs de ces producteurs s’éteignent au fil des années. A Loumbila, où nous avons rencontré Amidou Kaboré, un des rares producteurs exclusifs de tomate depuis plus de dix ans, le problème de la mévente est encore évoqué avec amertume.

Une production parallèle
Désormais, il ne compte même plus «sur les acheteurs extérieurs». Il dit produire exclusivement pour le marché local. «La tomate n’est pas un produit qu’on peut stocker et attendre des acheteurs qui viennent quand ils peuvent. Si tu comptes sur ce genre de clients, tes produits vont pourrir sous tes yeux», se navre –t-il. Il dit avoir identifié des acheteurs sur le marché local. «Après toutes ces années de production, je n’ai même plus besoin de me déplacer avec mes produits. A la récolte, il me suffit juste d’appeler. Des femmes viennent de Ouagadougou pour acheter», se réjouit-il. Contrairement à lui, Aly Zida, producteur de tomate à Yako, produit ses tomates et les vend à ses contacts qui sont au Ghana. Selon lui, il a établi un réseau d’écoulement avec des Ghanéens depuis plus de dix ans. «A l’approche de chaque récolte, je les contacte et ont fixe un rendez-vous», assure-t-il. Il dit apprécié les prix proposés par ses acheteurs et surtout la «ponctualité».
Tomate

 

«Depuis ces années, même pas une seule fois ils ne sont venus en retard quand je les appelle. Je me rassure seulement que je pourrai remplir leur véhicule», se satisfait-il. Lassané Sawadogo, producteur de tomate à Ouahigouya, lui, n’a pas la chance de M. Zida. «A plusieurs reprises, mes tomates ont pourri sous mes yeux. Je me suis retrouvé avec des dettes à rembourser», confie-t-il. Pour lui, la tomate est devenue «une production parallèle». «Dès que je finis de produire mes pommes de terre, je mets de l’oignon et à côté quelques lignes de tomate pour le marché local», indique M. Sawadogo.

 

 

Sept comptoirs en souffrance à travers le pays

La tomate n’est pas un produit que l’on peut stocker et attendre des acheteurs qui viennent quand ils peuvent. Pour ce faire, certaines associations de femmes se sont réunies en vue d’une transformation du produit.  (DR)

La tomate n’est pas un produit que l’on peut stocker et attendre des acheteurs qui viennent quand ils peuvent. Pour ce faire, certaines associations de femmes se sont réunies en vue d’une transformation du produit. (DR)

Selon Hamidou Yonaba, Chef du service organisation des marchés et des infrastructures à la direction générale de la promotion de l’économie rurale, 98% de la tomate produite sur le sol burkinabè sont commercialisés frais, dont 50% vendus sur le marché local. Le reste de la production est vendue aux pays voisins comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin.
Les Ghanéens sont les principaux acheteurs de la tomate produite au Burkina. Hamidou Yonaba, qui est le principal intermédiaire entre les acheteurs et les producteurs, dit avoir effectué avec son équipe une sortie sur le Ghana pour des prospections en vue de résoudre le problème de la mévente de la tomate. «Les Ghanéens aussi sont venus ici cinq fois rencontrer les producteurs. Ils ont émis le vœu d’avoir une aire de stationnement de 3 à 4 ha à Koubri ou à Pô, qu’ils allaient aménager eux-mêmes, mais les maries n’ont pas donné satisfaction à leur requête jusqu’à ce jour», explique M. Yonaba.
Cette tentative ayant échoué, l’équipe a décidé d’opter pour l’organisation interne du marché par le biais d’un réseau de comptoirs de vente dans le but de fixer des prix uniques sur tout le territoire. A ce jour, sept comptoirs ont été installés physiquement à Mogtédo, Korsimoro, Yako, Ouahigouya, Niassan, Koudougou et au marché des fruits et légumes de Banfora. «Jusqu’aujourd’hui, ces marchés ne sont pas fonctionnels», s’indigne-t-il.
Pendant ce temps, le problème de mévente persiste au niveau des producteurs qui ont fait de la tomate une «production parallèle». L’option définitive pour non seulement résoudre le problème de la mévente et accroître la production de la tomate au Burkina était d’installer une unité de transformation de la tomate.
Un investissement qui coûte cher (plus de 17 milliards de F CFA) et qui dure trop longtemps maintenant. La construction de la Stfl a débuté depuis 2009 mais jusqu’à présent, l’usine n’est pas fonctionnelle. Plusieurs producteurs, à l’image de M. Kaboré, ont accueilli avec joie ce projet qu’ils croyaient au rythme des promesses voir le jour dans un avenir proche.

La Stfl va peut-être décevoir
Dans la conception actuelle de l’usine, tous les producteurs du Burkina ne trouveront pas satisfaction, selon M. Yonaba. L’unité installée à Loumbila, dont la construction physique est terminée, aura une capacité de transformation journalière de 500 tonnes de tomate par jour. Pourtant, on plafonne la production à 30 tonnes par hectare au Burkina. Selon lui, l’usine ne dispose pas de camions propres à elle.
Les camions doivent être loués pour le transport de la tomate des sites de production à l’usine. Pour des questions de rendement, le projet a prévu un rayon de couverture de 150 à 200 kilomètres à ne pas dépasser. Ce qui veut dire qu’au-delà, il faut forcement transporter soi-même sa production à l’usine.
Aussi, pour limiter les risques de mévente, l’usine ne fabriquera pas des concentrés en détail (petites boîtes de tomate), mais des fûts. Le gros problème, selon Hamidou Yonaba, c’est la variété de tomate produite au Burkina. Il souligne que pour la transformation, il faut de la tomate de «forte coloration rougeâtre», ce dont le pays ne disposerait pas pour l’instant.
Enfin, le choix du fournisseur des équipements (les Indiens) pose problème. M. Yonaba s’inquiète de la qualité, la performance ou la durabilité des équipements qui seront livrés, vu que, pratiquement, «ce sont les Italiens qui sont spécialisés au monde dans la transformation de la tomate».
Malgré ce regard pessimiste, cette unité reste l’unique espoir des producteurs et des précurseurs de cette filière. En attendant, les Ghanéens continuent de faire la loi sur le marché. Ils fixent les prix et les unités de mesure.
OS

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Numéro d'édition: 106

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