Le 7 avril 1994 commençait le génocide rwandais contre les Tutsi. Vingt et un ans plus tard, les archives de la présidence française sur cette période ont été déclassifiées. (Ph: DR)

Génocide rwandais : La France ouvre ses archives, jusqu’où?

C’est un pas historique que vient de franchir la présidence française en annonçant, le 7 avril dernier, la déclassification des archives sur le Rwanda, de 1990 à 1995, et donc sur le génocide des Tutsi en 1994. La symbolique est forte, en raison notamment du choix du jour pour l’annonce conïcident avec la commémoration du 21e anniversaire du génocide des Tutsi au Rwanda. Une décision qui a été, dans l’ensemble, bien accueillie par le peuple rwandais, en ce sens que ces archives permettront d’en savoir davantage sur le drame rwandais et de savoir si la France a vraiment armé et entraîné les milices génocidaires, comme on l’accuse de l’avoir fait.A la suite de fuites organisées en marge de procédures judiciaires, une bonne partie du fonds Mitterrand relatif à cet événement a été divulguée, il y a une dizaine d’années. Notes adressées au chef de l’Etat, comptes-rendus de Conseil des ministres ou de conseils restreints circulent déjà sur Internet et ont même été rassemblés dans un livre publié en 2012 sous le titre «Rwanda, les archives secrètes de Mitterrand».
L’ouverture des archives de l’Elysée permettra de vérifier l’authenticité de ces documents, mais ne devrait pas apprendre grand-chose aux spécialistes. En effet, il est à craindre que des documents cruciaux ne soient concernés par cette déclassification ou tout simplement vidés de certains aspects sensibles de leur contenu. Notons qu’à chaque fois que la demande de déclassification de documents militaires a été déposée, la France a répondu par une fin de non-recevoir. Aussi, des questions importantes resteront pour le moment sans réponse.
Qui se trouve derrière l’attentat qui a coûté la vie au président Hutu Juvénal Habyarimana et qui a servi de déclencheur au génocide ?
Quels rôles ont joué des barbouzes français, notamment l’ancien super gendarme Paul Barril ? La France a-t-elle livré des armes au pouvoir hutu après l’embargo onusien ?
A-t-elle, ensuite, permis aux auteurs du génocide de s’échapper après la conquête de Kigali par les rebelles tutsis du Front patriotique rwandais ? En attendant, l’Elysée promet que l’Assemblée nationale, le Quai d’Orsay et la Défense ouvriront eux aussi leurs tiroirs, mais «à leur rythme» sur le génocide rwandais.
NK


A qui profitera cette déclassification ?

Entre Paul Kagamé et la France, on ne peut savoir qui des deux camps profitera le plus de cette déclassification. Le génocide rwandais constitue jusqu’à présent le fonds de commerce politique du président rawandais. Quand toute la vérité sera faite autour de ce génocide, l’on se demande si M. Kagamé pourrait encore avoir une source de légitimité de sa vindicte contre la France.
D’un autre côté, Paris acceptera-t-elle vraiment, même au nom de la continuité de l’Etat, de préparer son propre bûcher et d’y monter ?
Le dossier rwandais est lourd et il n’est pas évident que du côté de Kigali comme de Paris tous soient exempts de griefs. En tout état de cause, le chemin qui mène à la manifestation de toute la vérité semble encore long. o

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Numéro d'édition: 105

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