Le secteur coton est handicapé par la faiblesse de sa branche « transformation ». En effet, une des caractéristiques de la filière est que la quasi-totalité du coton fibre est exportée en l’état (plus de 95%), créant un déficit de capacités en termes de valeur ajoutée et d’emplois. (DR)

Coton : La médiation a échoué

• Les producteurs toujours à couteaux tirés

• La campagne 2015/2016 menacée

• Descente de l’Autorité de contrôle à l’Unpc-B

La crise qui divise les producteurs de coton n’a pas encore trouvé une issue consensuelle. La dernière tentative en date est celle du ministère de l’Agriculture et de la sécurité alimentaire qui, la semaine dernière, a tenté de concilier les parties. Mais en vain.

Le ministère a proposé, entre autres, de faire un audit général de la gestion de l’Union nationale des producteurs de coton (Unpc-b) de 1998 à nos jours et d’organiser des élections à la base en vue de mettre en place un nouveau bureau, notamment un nouveau conseil de gestion.
Cependant, ces propositions ne satisfont pas les frondeurs avec à leur tête Zombièssé Doyé et François Tani. Pour eux, l’urgence, c’est d’auditer la gestion contestée du président actuel, Karim Traoré, et de mettre en place un conseil de gestion provisoire. Méfiants, les frondeurs voient dans les mesures préconisées par le ministère «du dilatoire».
C’est ainsi que dans leur déclaration du 7 avril dernier, ils soutenaient qu’il y a fautes graves et que le conseil de gestion actuel n’est plus légitime pour conduire un quelconque processus. D’où l’exigence de la mise en place d’«un comité de transition». Les frondeurs demandent aussi au Gouvernement, «garant de la loi 014/AN 99, de bien vouloir l’appliquer dans les délais les plus brefs, notamment en ses articles 145 et 155».
Cette crise dure depuis quelques mois, et les frondeurs n’en démordent pas. Ils avaient promis qu’ils passeraient à la vitesse supérieure si la rencontre avec le ministère de l’Agriculture ne donnait pas de résultats concrets.
La rencontre avec l’institution se présentait comme celle de la dernière chance alors que les opposants au président Karim Traoré brandissaient la menace d’une année blanche pour la production cotonnière.
Cette menace est prise au sérieux par les sociétés cotonnières pour qui le temps va être bientôt compté. Elles ne souhaitent cependant pas intervenir directement dans le dossier, alors que le sort de la campagne en préparation repose sur le dénouement de cette crise.
La fin de campagne de commercialisation dans le secteur du coton marque également la période de l’expression des besoins pour la future campagne. Les agents coton vont bientôt livrer les intrants pour préparer la campagne 2015/2016.
Au niveau des frondeurs, consigne a été donnée de prendre les intrants en attendant une éventuelle issue favorable. En cas de blocage, les frondeurs demanderont à leurs membres de retourner les intrants. Une incertitude donc quant à la production.
Par ailleurs, au moment nous bouclions cette édition, des informations concordantes faisaient état de la présence des agents de l’Autorité supérieure de contrôle de l’Etat dans les locaux de l’Unpcb. L’audit de gestion aurait-il déjà commencé ?
Courant janvier, des pièces comptables ont été ébruitées, incriminant des ministères et des services qui auraient reçu de l’argent de la part de l’Unpc-B. Les chèques pour sortir l’argent étaient endossés par le président de l’Unpc-B pour les concernés. Contraint de s’expliquer devant certaines personnalités dont les noms ont été liés aux sorties d’argent, le président de l’Unpcb a dû faire un démenti. Toute chose qui avait affaibli sa position.
La descente de l’Asce permettra de voir plus clair dans ce volet du dossier. Karim Traoré lui reste pour le moment droit dans ses bottes. En rappel, la crise a éclaté en novembre 2014.
Un groupe de manifestants, producteurs de coton, avait demandé la démission du président Karim Traoré pour cause de mauvaise gestion. Ce dernier, qui ne l’entend pas de cette oreille, a vu un groupe de partisans prendre fait et cause pour lui.
Depuis lors, on assiste à des marches et des contre-marches organisées par les protagonistes des deux camps. Le 24 mars dernier, les frondeurs ont été dispersés par les forces de l’ordre alors qu’ils organisaient un sit-in dans les locaux de l’Unpc-B. Des blessés ont été signalés. Suite à cette «répression», les frondeurs ont décidé de «tenir ferme».
FW


Les récriminations des frondeurs

Ceux qui demandent la tête de Karim Traoré lui reprochent les faits suivants :
– de signer des ordres de paiement, libeller et signer les chèques à son profit;
– de déclarer que ces ordres de paiement servent en même temps de pièces justificatives;
– d’exécuter des dépenses non budgétisées et non autorisées par l’organe suprême de décision;
– d’utiliser les biens de la structure à des fins personnelles,
– de falsifier des pièces comptables et d’en faire usage,
– d’abuser de la confiance des membres de la structure.


 

 

Que dit l’article 155 de la loi 14/99?

Les frondeurs demandent que le Gouvernement fasse application de la loi 14/99. Cette loi place une organisation comme l’Unpc-B sous le contrôle de l’autorité publique qui veille au respect des lois et règlements relatifs aux sociétés coopératives et aux groupements.
La question ici est de savoir qui déclenche cette procédure. Est-ce le ministère de tutelle, le parquet ou un représentant des frondeurs. Les frondeurs affirment, quant à eux, avoir rassemblé et remis les preuves à qui de droit. Pour eux, le président tombe sous le coup de l’article 155 dont voici l’intégralité.
Article 155: «Seront punis des peines prévues par le Code pénal:
– en matière de faux et usage de faux, les responsables des sociétés coopératives et des groupements ou de leurs organisations faîtières qui ont sciemment publié ou communiqué des documents comptables inexacts en vue de dissimuler la véritable situation de leur organisation;
– en matière d’abus de confiance et des biens sociaux, les responsables susmentionnés qui ont fait de leur pouvoir un usage contraire à l’intérêt de leur organisation à des fins personnelles ou qui ont procédé à la répartition des excédents en violation des dispositions de la présente loi;
– en matière de publicité mensongère, les responsables sus mentionnés qui ont sciemment fait un usage abusif des dénominations prévues aux articles 4 et 5 de la présente loi».

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Numéro d'édition: 105

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