Les scandales autour des produits alimentaires impropres à la consommation ont aussi éclaboussé le monde du cosmétique. Désormais, les clients font plus attention à ce qu’ils achètent. . (DR)

Produits périmés : Le cosmétique dans l’œil du cyclone

• La clientèle ouagalaise plus prudente

• Le scandale Obouf éclabousse le secteur

• Acheter au marché ou dans les boutiques de beauté ?

La hantise des produits périmés ou contrefaits gagne le secteur des produits cosmétiques. Autrefois peu pointilleuse sur la nature et la qualité des savons, des pommades, des gels, des fonds de teint ou autres produits du genre, la clientèle ouagalaise se fait aujourd’hui prudente. Les nombreux scandales de produits alimentaires impropres à la consommation ont éclaboussé le secteur des produits cosmétiques.

Même si les commerçants jouent la carte de l’indifférence ou se braquent, le constat est implacable, les clients regardent davantage les dates de péremption des produits avant de valider leurs choix. Reportage dans des boutiques de marque de produits de beauté, dans des pharmacies en passant par les marchés.
A la boutique Maxibell sur le boulevard Charles de Gaulle, le sujet semble tabou. Difficile donc d’obtenir une quelconque information du «boss» sur la provenance ou la qualité des produits cosmétiques. Mais les clients eux, pour ne pas dire les clientes de cette grande boutique remplie de produits cosmétiques de tout genre (lait à base d’hydroquinone ou sans, crème, tube, etc.) ne restent pas muettes. «Depuis l’affaire Obouf, je fais attention à la date de péremption de mon lait de corps», affirme Maryse O. Quant aux types de savons, elle indique que la plupart d’entre eux et particulièrement celui qu’elle utilise, ne comportent aucune date de péremption.
Direction l’alimentation «Boutirama plus» en face de l’hôpital pédiatrique. Là, nous arrivons à arracher des mots du gérant labélisé «Boussanga» assis derrière son comptoir. Sur toute une rangée, de produits cosmétiques destinés non seulement aux adultes mais aussi aux enfants sont exposés et à l’angle, d’autres produits sont installés triomphalement. «Ceux-là sont plus chers, c’est de la qualité», lance «Boussanga». Ce dernier explique que les produits cosmétiques qu’il vend viennent de la Côte d’Ivoire, des Usa ou de la France. « Boussanga » nous dit, droit dans les yeux, que tous ses produits comportent une date de péremption car, selon lui, les clients doutent quand il n’y en a pas. Mais un petit coup d’œil sur certains d’entre eux nous indique le contraire. Quand on le lui fait remarquer preuve à l’appui, il reconnaît que ce ne sont pas tous les produits qui l’ont. De toute façon, ajoute le gérant de l’alimentation «Boutirama plus», «nous ne vendons pas ici de contrefaçons ou des produits périmés. Si vous voulez trouver ce genre de produits, allez sur les marchés, ils sont nombreux les commerçants qui ne s’embarrassent pas, là-bas». Nous nous empressons d’aller vérifier les dires de «Boussanga» et nous voilà repartis pour, cette fois-ci, faire une halte au marché Zabr-daaga, un marché réputé pour ses produits cosmétiques de tout genre.
Là également, les langues des commerçants ne se délient pas facilement. Dès que nous annonçons l’objet de notre visite, ils s’éclipsent. Nous parvenons, néanmoins, à arracher des mots d’une vendeuse de nationalité nigériane, mais pas son nom. Elle nous raconte que les produits cosmétiques qu’elle vend dans sa boutique sont d’origine américaine, ghanéenne, ivoirienne et nigériane. Ces produits sont destinés aux personnes de tout âge. Comment fait-elle pour être sûre que ces produits répondent aux normes ? «Je regarde la date de péremption, si c’est proche, je ne prends pas, pour ne pas avoir de problèmes avec mes clients», en faisant un clin d’œil à l’affaire Obouf. Mais il n’y a pas que la date de péremption pour garantir la qualité d’un produit, il y a aussi la conservation; et dans la boutique de la nigériane, qui contient un important lot de produits, trône au-dessus juste un brasseur. Quand on demande aussi à la patronne de «Rama cosmétiques» si ses produits cosmétiques ont la même valeur que ceux vendus en pharmacie, elle certifie que oui: «C’est juste parce que les pharmacies vendent plus cher que nous les commerçants».
Pourtant, de l’avis de Allahsane Koné qui officie à la pharmacie Nayira, il y a une très grande différence. Il nous apprend que les pharmacies s’approvisionnent auprès des grossistes qui prennent leurs commandes auprès de laboratoires étrangers, ce qui constitue une garantie de qualité et justifie le prix un peu plus élevé que dans le circuit commercial. Allahsane Koné assure par ailleurs que leurs produits cosmétiques sont plus fiables parce qu’ils subissent toute une batterie de contrôles avant la mise sur le marché, alors que ceux vendus dans les autres sphères du marché, estime-t-il, sont souvent fournis par des circuits de contrefaçon, donc de qualité douteuse. Mais une jeune dame nommée Kadyssa émet des réserves. Elle indique que ce ne sont pas tous les produits cosmétiques que l’on peut prendre en pharmacie. «Moi, par exemple, j’utilise des produits dépigmentants que j’achète en pharmacie, ainsi que les pommades de mes enfants, mais je prends mon savon à base de mélange au marché».

L’avis du spécialiste
Quoi qu’il en soit, nous confie Allahsane Koné, mieux vaut prendre certaines précautions avant d’acheter un produit cosmétique et de l’utiliser, car il y va de la santé du corps au regard des nombreuses maladies qui surgissent au Burkina ces dernières années, parmi lesquelles le cancer. Il explique que les composantes du produit sont absorbées par la peau et déversées dans l’organisme. Il faut donc «se rassurer de la fiabilité de la source d’approvisionnement, être regardant sur les conditions de conservation, demander l’avis d’un dermatologue avant l’utilisation d’une pommade, d’une lotion, d’une crème ou d’une poudre et, enfin, demander conseil à un pharmacien avant l’utilisation d’un produit cosmétique». Mais ils sont combien les Ouagalais qui peuvent respecter cette prescription ?!
C.E


Vendeurs ambulants, sans trace

Que dire des vendeurs ambulants de produits cosmétiques de tout genre? Les produits sont transportés sous le soleil, sur des charriots ou même confinés dans des sacs. Si certains Ouagalais rencontrés assurent ne pas acheter ce genre de produits, il n’en demeure pas moins qu’il y a preneur.
Un jeune qui se fait appelé Yacoste indique qu’il est dans ce commerce depuis maintenant deux ans et que le marché est florissant, mais fait remarquer que ses clients se font exigeants : «Depuis l’histoire de produits périmés-là». Oloshi, vendeuse de ces produits cosmétiques depuis 8 ans à Sankariaré, dans l’arrondissement 1 de Ouagadougou, fait fi de ces préjugés que les gens ont sur les produits périmés.
Elle estime que la psychose n’a pas gagné toutes ses clientes puisqu’elle arrive à écouler convenablement ses marchandises. En faisant le bilan de sa vente par semaine, elle nous indique écouler 6 boules de savon, 3 tubes éclaircissants et quelques pommades.

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Numéro d'édition: 104

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