Karité : Les acteurs resserrent les rangs

• De meilleurs revenus aux productrices

• Chocolats, confiseries, les nouveaux débouchés

• Le label qualité, caution d’un avenir prometteur

Karité

Des acteurs de la filière karité présents à Ouagadougou du 23 au 25 mars à l’occasion de la 8e Conférence internationale ont mis à profit les trois jours pour mener des réflexions intenses autour de l’avenir de leur commerce. C’est à l’initiative de l’Alliance globale Karité, mise en place pour être la plate-forme autour de laquelle petits et grands, à travers le monde, mettent en commun leurs préoccupations en vue de trouver les solutions qui satisfassent les intérêts stratégiques des uns et des autres.

Elle a enregistré un demi-millier de participants venus du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Nigeria, du Ghana, de la Guinée, du Mali, du Togo, du Tchad, de l’Europe, des Etats Unis, de l’Asie et du Burkina (dont 300 organisations féminines). La soixantaine de communications faites lors de ce forum a abordé des thématiques liées à l’amélioration des espèces d’arbres du karité, aux normes et pratiques de qualité ainsi qu’à l’autonomisation des femmes, première main d’œuvre de la filière, car ce sont elles qui collectent et traitent les noix de karité.
Elles sont près de 16 millions dans les zones rurales de l’Est et l’Ouest d’Afrique à soutenir l’industrie du karité. «Sans elles et leur expertise, il n’y a pas d’industrie de karité», estime Steven Koutsis, le chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis au Burkina Faso, dont le pays, à travers Usaid, travaille aux côtés de l’Alliance en faveur de l’accroissement de leurs revenus. Les participants à la conférence de Ouagadougou ont balisé les rapports entre les différents maillons de la chaîne de valeur, à savoir la production, la distribution et la transformation.
Même si la filière a pu passer les écueils de la crise financière de 2008-2009 qui a vu la consommation baisser au niveau mondial, ainsi que de ceux des conflits en Europe de l’Est (historiquement des marchés importants pour les produits dérivés du karité), de nombreux défis se posent à son essor.
A Ouagadougou, l’on a pris l’engagement de travailler plus efficacement dans le long terme. La nouvelle équipe dirigeante de l’Agk a le souci d’assurer de meilleurs revenus aux productrices. Les questions de durabilité de la filière et de qualité, sans lesquelles aucun marché ne peut exister, seront mieux encadrées par des normes qui se vulgarisent sur le terrain sous la houlette de l’Agk, en étroite collaboration avec de grandes marques industrielles et des groupements de femmes.
L’avenir prometteur est à ce prix, selon Antoine Turpin de la société néerlandaise Loders Croklaan, spécialiste de la production d’ingrédients et de matières grasses pour les industries agroalimentaires. Après avoir passé trois ans au Burkina et cinq au Ghana, il croit en l’avenir de cette filière, car premièrement il y a encore d’importants marchés à conquérir, comme l’Inde, les Etats Unis, pas pour le cosmétique, mais pour des applications agro-alimentaires dans le secteur du chocolat où le beurre de karité est utilisé pour augmenter le point de fusion et améliorer la durée de conservation du produit.
Ces marchés sont fermés pour le moment, mais grâce au travail de l’Alliance, en partenariat avec les associations nationales, des stratégies sont mises en œuvre pour comprendre comment les ouvrir, confient les organisateurs.
Christian KONE



Quelques chiffres sur l’industrie

Des chiffres communiqués lors de la conférence, il ressort que 200 à 300 tonnes d’amandes de karité (environ 3 millions de sacs) sont exportées annuellement de l’Afrique. Ceci représente 10 à 20% de ce que les arbres produisent. La valeur de la filière est d’environ 150 millions de dollars et environ 100 milliards de FCFA sont injectés dans la sous-région au niveau de tous les acteurs. 10% du karité vont dans la filière cosmétique, tandis que 90% vont dans l’agro-alimentaire.


Moumouni Konaté, nouveau président de l’Agk

photo-Moumouni-Konaté,-président-Alliance-Global-KaritéC’est le patron de la Savonnerie parfumerie du Houet, une société burkinabè spécialisée dans la production et la distribution de savon et autres produits cosmétiques à base de karité, qui a été porté à la tête de l’Alliance globale Karité, à l’issue de l’assemblée générale de l’association tenue en marge de la conférence. Moumouni Konaté est le premier homme à accéder à cette direction, car depuis sa création, l’Agk a été gérée par des femmes. Avec son comité exécutif composé de neuf membres, il compte, durant les deux de mandat, défendre les intérêts de tous les acteurs, sans favoritisme aucun, mais avec une attention particulière accordée aux femmes «parce qu’elles sont les plus nombreuses dans notre filière. C’est elles qui donnent la matière première, mais ceux qui font les produits finis gagnent plus que celles qui sont à la base. Chacun doit récolter le fruit de son travail, donc il faut payer à un prix que chacun estime juste». L’esprit du partenariat gagnant-gagnant sera promu pour que chaque acteur se sente bien dans la filière et soit motivé à jouer sa partition, assure le président de l’Agk. L’autre axe de travail va concerner la protection de la ressource, c’est-à-dire l’arbre à karité. «Le karité se trouve dans les champs et les gens les coupent à chaque fois qu’ils ont besoin d’espace. Nous allons travailler à responsabiliser les acteurs pour bien gérer la ressource et à augmenter le rendement par le biais de l’application des recherches scientifiques sur de nouvelles variétés qui mettent moins de temps à produire des fruits».

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Numéro d'édition: 103

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