Economie

Me Sankara: «Nous sommes pour un capitalisme d’Etat»

A l’occasion du Club de L’Economiste du Faso, Me Sankara a donné la vision économique de son parti pour un Burkina plus compétitif. (Ph.: Yvan SAMA)
A l’occasion du Club de L’Economiste du Faso, Me Sankara a donné la vision économique de son parti pour un Burkina plus compétitif. (Ph.: Yvan SAMA)

Lors de son passage au Club de L’Economiste du Faso, Me Bénéwendé Sankara, président de l’Unir/Ps, a fait le tour de nombreux sujets dont la situation économique actuelle du Burkina. Accompagné de Nestor Bassière, vice-président du parti, il a aussi exposé la vision économique de sa famille politique. C’est une conception où le principe de la justice sociale est inscrit dans toute la démarche.

Le président de l’Unir/Ps fait une lecture réaliste et négative de la situation économique actuelle du pays. «Aujourd’hui, beaucoup de promoteurs sont en train de se plaindre. Notre croissance est en train de baisser. Il y a également une fronde qui ne s’explique pas. Mêmes les entreprises privées connaissent de plus en plus ce problème», indique Me Sankara, qui estime qu’après l’insurrection, on doit revendiquer autrement.
«Il faut savoir revendiquer parce que la légalité demeure. Si vous partez brûler tout, vous remettez votre pays en retard. Nous pensons qu’il faut que nos populations comprennent qu’elles doivent avoir des voies à emprunter et que ces voies ne sauraient être la violence», precise-t-il. Même si le président de l’Unir/Ps condamne la façon dont les populations et les travailleurs revendiquent en ce moment, il dit cependant reconnaître le bon-droit des manifestants.
Son constat est que jusque-là, la transition n’a pas posé des actes qui prennent véritablement en compte les fortes aspirations du peuple en matière de justice sociale. «Avant l’insurrection, nous avons dit qu’il fallait faire très attention parce que les mouvements qu’on observait çà et là n’étaient pas des actes d’incivisme. Une fois de plus, c’est parce que ces populations sont dans un désarroi et estiment que l’Etat est inactif que, finalement, elles utilisent des voies inappropriées pour se faire entendre», explique le leader politique.
C’est à l’aune de ce constat, qui fait ressortir «des fortes inégalités entre les citoyens», que le projet de société des Sankaristes est bâti. Sur le plan économique, il s’agit particulièrement d’organiser les activités autour du principe de la justice sociale : «Dans notre vision, nous sommes pour un capitalisme d’Etat, mais pas pour des monopoles qu’on va donner à des particuliers. Nous sommes contre les monopoles. C’est pénaliser le plus grand nombre», confie Me Sankara. D’après lui, il est indéniable qu’il faut travailler à créer les conditions pour construire une économie compétitive dans le contexte international, mais c’est une démarche dans laquelle l’Etat doit être un régulateur. «Sans suivi, sans supervision de l’Etat, vous risquez d’exposer votre propre population à une insécurité. Nous pensons qu’il faut que l’Etat joue son rôle de veille, de gendarme sur les importations pour permettre aux commerçants d’exercer librement leur commerce», nuance-t-il.
Bénéwendé Sankara propose un changement avec la situation actuelle. «A l’Unir/Ps, nous proposons un programme alternatif. Ce programme suppose qu’il faudrait changer toute la gouvernance pour expérimenter un autre type de développement à la hauteur des attentes des populations, quel que soit le segment. Le changement doit se faire sur la base d’un autre type de contrat social. Il va falloir faire en sorte que la justice sociale ne soit pas chimérique», fait-il savoir.
En dépit du rejet des monopoles, la vision économique de l’Unir/Ps se veut réaliste et inclusive pour tous. «Notre modèle ne veut pas dire aussi qu’il faut engager une chasse aux sorcières contre les promoteurs. Quoi qu’on dise, nous sommes dans un Etat où la propriété privée est garantie. Il faut une politique musclée qui peut s’imposer et qui apporte des solutions», précise-t-il.


 

De la nécessité d’organiser les commerçants

Une nouvelle loi sur le commerce, votée en 2013, catégorise strictement les commerçants en «détaillants», «demi-grossistes», «grossistes», «importateurs». Un principe qui, s’il est appliqué, va limiter les comportements actuels des uns et des autres. Me Sankara donne son appréciation : «Ce n’est pas la catégorisation en tant que telle qui est la source du tort. C’est la promotion. Quand tu es petit commerçant, tu veux devenir grand commerçant. On ne doit pas t’empêcher d’évoluer au profit des plus grands. Ce sera une injustice. Nous avons vécu une situation où à un moment donné ceux qui estiment qu’ils sont des petits commerçants ont pensé que les autres ne doivent pas faire du gros et être en même temps des détaillants. Il fallait donc une catégorisation. Je pense qu’il faut plutôt organiser les secteurs d’activités en leur permettant, avec les structures de l’Etat, d’avoir une certaine promotion. Il ne faut pas ériger des barrières, des cloisonnements pour favoriser des individus. Les plus riches ne doivent pas devenir plus riches alors que les plus pauvres sont obligés d’être plus pauvres».

Karim GADIAGA

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